Le charbon pourrait avoir vécu son âge d'or

L'âge d'or du charbon semble toucher à sa fin : la consommation mondiale de ce... (Photo Jason Lee, archives Reuters)

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Martine PAUWELS
Agence France-Presse

L'âge d'or du charbon semble toucher à sa fin : la consommation mondiale de ce combustible fossile très polluant va fortement ralentir sur les cinq prochaines années en raison d'une perte d'appétit de la Chine et de la montée en puissance des énergies renouvelables, estime l'Agence internationale de l'énergie.

La planète devrait consommer 5,8 milliards de tonnes de charbon en 2020, ce qui représente une baisse de plus de 500 millions de tonnes par rapport aux estimations précédentes, indique l'AIE dans son rapport annuel sur le marché du charbon, publié vendredi près d'une semaine après l'adoption à Paris d'un accord mondial pour contenir le réchauffement climatique.

Après avoir atteint 3,3 % par an entre 2010 et 2013, la croissance de la demande mondiale va ainsi ralentir à une moyenne annuelle de 0,8 % jusqu'en 2020, et la part relative du charbon dans la production d'électricité va diminuer de 41 à 37 %.

La tendance est déjà enclenchée. « Pour la première fois depuis les années 1990, la croissance de la demande mondiale de charbon a été stoppée en 2014 », constate l'agence énergétique, estimant même « probable » un repli cette année de cette énergie fossile la plus émettrice de CO2.

Deux raisons majeures expliquent cette baisse de régime, selon elle : le renforcement des politiques environnementales, dont l'accord de la COP21, et surtout la transformation économique de la Chine, premier consommateur mondial qui engloutit actuellement la moitié des ressources mondiales en charbon.

Le géant asiatique, qui connaît aussi un net ralentissement de sa croissance économique, développe une économie davantage axée sur les services au détriment d'une industrie lourde très énergivore.

L'Inde, nouvel eldorado du charbon 

Pour produire de l'électricité, il développe aussi à marche forcée des énergies alternatives comme l'hydroélectricité, le solaire, le photovoltaïque et le nucléaire dans le souci de réduire une pollution atmosphérique endémique : plus de 55 gigawatts (GW) de nouvelles capacités électriques ont été installés en 2014, soit l'équivalent de 55 centrales nucléaires.

« Des données officielles provisoires montrent que la demande chinoise de charbon s'est repliée en 2014 et que cette baisse devrait s'accélérer en 2015. Une diminution de la consommation de charbon en Chine pour deux années consécutives serait inédite depuis 1982 », souligne l'AIE.

Le « King Coal » (roi charbon) a aussi de moins en moins la cote dans les zones développées de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notamment l'Europe et les États-Unis, sous l'effet conjugué d'installations vieillissantes, d'une demande électrique morose, de l'instauration de taxations sur le carbone et de soutiens aux renouvelables, de plus en plus compétitifs.

Désinvestissement

En novembre, plusieurs pays de l'OCDE ont décidé de limiter leur soutien à l'exportation de centrales au charbon. De plus en plus d'investisseurs prennent aussi leurs distances avec cette énergie fossile, et des groupes comme Total ou Engie s'en sont désinvestis totalement ou partiellement, pressés notamment par des organisations de défense de l'environnement.

Avec l'Asie du Sud-Est (Indonésie, Vietnam, Malaisie, etc.), l'Inde sera le principal moteur de la croissance du charbon ces prochaines années. Celui-ci est perçu par les autorités comme une énergie incontournable pour développer le secteur manufacturier du pays et déployer l'accès à l'électricité à quelque 240 millions de ses habitants qui en sont encore privés, souligne l'AIE.

« L'Inde deviendra le deuxième consommateur mondial de charbon devant les États-Unis, et le premier importateur de charbon thermique », prédit l'agence basée à Paris, tout en estimant que cela restera insuffisant pour contrebalancer significativement la tendance générale.

D'autant plus que le charbon, dont les prix évoluent à des niveaux très bas, est confronté à un autre écueil : la concurrence accrue du gaz, son principal rival pour la production d'électricité, dont les prix ont reculé dans le sillage de ceux du pétrole.

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