Les océans s'acidifient à la vitesse grand V: «une catastrophe en cours»

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Quand l'acidité augmente, la vie n'est tout simplement plus possible pour certaines algues et certains crustacés. Dans les eaux canadiennes, le phénomène est encore plus prononcé, car plus une eau est froide plus elle absorbe facilement le CO2 qui cause l'acidification.

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Les océans du monde seront trop acides pour une grande partie de la vie marine d'ici la fin du siècle et les eaux canadiennes seront particulièrement touchées par le phénomène. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport du Secrétariat sur la Convention sur la diversité biologique (SCDB).

Le rapport synthèse rendu public en Corée du Sud hier par l'organisme situé à Montréal fait le point sur ce phénomène méconnu mais dévastateur.

Il est causé par les émissions industrielles de gaz carbonique (CO2), celles-là mêmes qui sont la principale cause des changements climatiques.

«Il y a une catastrophe en cours, mais les gens ne la voient pas», dit Alfonso Mucci, directeur du département de sciences de la Terre et des planètes à l'Université McGill, où il enseigne la géochimie et l'océanographie.

«On est embarqués dans quelque chose d'énorme, mais les gens ne semblent pas en avoir conscience. Il faut faire quelque chose.»

À la base de ce phénomène: les océans absorbent environ la moitié du CO2 industriel. Le gaz, une fois dissous dans l'eau, forme de l'acide carbonique et rend l'eau plus acide.

Le changement est déjà très marqué. Selon le rapport du SCDB, l'acidité des océans a augmenté en moyenne de 26% depuis l'ère préindustrielle.

Vie marine en déclin

Quand l'acidité de l'eau augmente, les plantes et animaux qui y vivent sont touchés. Le plus souvent, les impacts sont négatifs.

Pour certaines algues microscopiques et certains crustacés, la vie n'est tout simplement plus possible.

«Les organismes marins forment leur squelette à partir du carbone qui se trouve naturellement dans l'eau avec l'érosion des continents, dit M. Mucci. Si l'eau est plus acide, il y a moins de carbone disponible. On dit que la saturation diminue. Les organismes ont de plus en plus de difficulté à former leur squelette. Et si l'eau devient sous-saturée, elle devient carrément corrosive pour les squelettes.»

Une des deux principales formes de carbone dissous, l'aragonite, est plus sensible à l'acidification. Les organismes qui utilisent l'aragonite pour bâtir leur squelette seront touchés les premiers.

«Si on prend les projections du business as usual pour les émissions de CO2 - et on dépasse largement ce scénario, actuellement -, tous les océans du globe vont être sous-saturés en aragonite d'ici un siècle, dit M. Mucci. Il va y avoir un changement complet de l'écologie marine.»

Dans les eaux canadiennes, plus froides, le phénomène est encore plus prononcé, selon le rapport du SCDB. La raison en est simple, explique M. Mucci: plus une eau est froide, plus elle absorbe facilement le CO2.

«La plus grande partie des eaux de surface de l'océan Arctique sera sous-saturée en aragonite d'ici 50 ans», affirme-t-on dans le rapport.

Le changement va donc aussi frapper plus durement les eaux froides comme l'Atlantique Nord et l'est du Pacifique, sur les côtes canadiennes.

Il y aura des répercussions dans tout l'écosystème marin. «Par exemple, les ptéropodes produisent un squelette d'aragonite et ils sont à la base de chaînes alimentaires, notamment pour les saumons juvéniles», dit M. Mucci.

Une cadence jamais vue

L'acidité des océans a augmenté de 26% depuis le début de l'ère industrielle. Mais ce n'est qu'un début: «à moins que les émissions de CO2 ne diminuent rapidement», l'augmentation de l'acidité sera de 170% d'ici 2100. Ce n'est certes pas la première fois que l'acidité des océans change, mais cela ne s'était jamais produit aussi rapidement. Un événement «naturel» particulièrement rapide, en termes géologiques, s'est produit il y a 56 millions d'années. Environ 2000 à 3000 gigatonnes de carbone ont été relâchées dans l'atmosphère en environ 10 000 ans. Plusieurs espèces marines avaient disparu. Cette fois, on estime que 5000 gigatonnes de carbone seront relâchées dans l'atmosphère sur 500 ans. C'est deux fois plus de carbone sur 20 fois moins de temps.

Des poissons étourdis

Des poissons qui ne retrouvent plus leur maison et qui ne détectent plus leurs prédateurs: les effets de l'acidification de l'océan seront dévastateurs d'ici la fin du siècle. «Les larves de poissons des récifs exposés à des taux élevés de CO2 perdent leur capacité de percevoir des signaux chimiques importants, comme les odeurs de différents types d'habitats, la distinction entre congénères et membres d'autres espèces ou l'odeur des prédateurs.» Les fonctions visuelles et auditives sont aussi touchées. Ces effets sur le comportement sont observables aussi chez les adultes, notamment chez des espèces commercialement importantes, comme la saumonée léopard (Plectropomus leopardus).

Des coraux condamnés

Les coraux ne vivent pas que sous les tropiques. Ils tapissent aussi le fond des mers froides partout sur la planète. Leur habitat va disparaître sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés d'ici la fin du siècle: l'eau sera trop acide pour eux. On estime que plus de 95% des coraux étaient dans des eaux saturées en aragonite vers 1765. Mais à la fin du siècle, seulement 30% de ces endroits aujourd'hui colonisés par les coraux seront encore saturés, donc propices à leur formation. Le reste des océans sera trop acide.

Source: Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, An Updated Synthesis of the Impacts of Ocean Acidification on Marine Biodiversity

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