«Donner» l'eau canadienne pour en garder le contrôle

Une pétition qui a recueilli plus de 225... (Photo archives Bloomberg)

Agrandir

Une pétition qui a recueilli plus de 225 000 signatures jusqu'à présent circule en Colombie-Britannique afin de demander au gouvernement que Nestlé paie plus cher son accès à l'eau.

Photo archives Bloomberg

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La côte ouest des États-Unis a soif. Et le sud de la Colombie-Britannique souffre aussi de la sécheresse. Alors que le rationnement s'impose cet été à Vancouver, une pétition réclame que les embouteilleurs comme Nestlé paient plus cher l'accès à l'eau. Mais attention: malgré ses bonnes intentions, cette pétition pourrait avoir un impact désastreux sur la protection de l'eau britanno-colombienne, avertit l'ancienne députée libérale provinciale et environnementaliste Judi Tyabji. Nous l'avons jointe vendredi à Powell River, au nord de Vancouver.

Depuis quelques semaines, une pétition sur les réseaux sociaux s'insurge contre le fait qu'un embouteilleur comme Nestlé ne paiera que 2,25$ par 1000 mètres cubes (1 million de litres d'eau) d'eau puisée en Colombie-Britannique et demande que le gouvernement instaure un prix plus élevé. Plus de 225 000 personnes ont signé la pétition. Mais vous, vous êtes contre. Pourquoi?

En 1994, le gouvernement fédéral a conclu l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Le premier ministre Jean Chrétien avait réussi à renégocier la clause sur l'eau, qui la définissait comme une marchandise. Les nappes d'eau souterraines, les lacs et rivières à l'état naturel ont été exclus, à moins que l'État ne les réglemente de façon à en tirer un profit. Par conséquent, à partir du moment où le gouvernement fait de l'argent avec de l'eau, il en fait une marchandise, et les règles de commerce s'appliquent. Ce qui veut dire qu'on perd le contrôle sur le volume des stocks.

En somme, tant que le gouvernement «donne» son eau, il peut choisir à qui il la donne et combien il en donne. S'il la vend, il doit la vendre à tous ceux qui veulent l'acheter.

En Colombie-Britannque, nous avons un été très sec, cette année. [...] Si un usager industriel ou commercial se trouve dans un secteur où la nappe souterraine est trop basse, le gouvernement peut en restreindre l'accès. La pétition demande que le gouvernement perçoive plus d'argent. L'opposition néo-démocrate parlait d'un «partage des profits» et de «redevances»; c'est un langage marchand. Si le gouvernement avait accepté ça, nous n'aurions pas pu empêcher l'accès à l'eau pour un usage commercial, même en cas de sécheresse extrême. Pire: si la nappe devait s'assécher, un embouteilleur pourrait poursuivre le gouvernement parce qu'il est incapable de livrer la marchandise.

Vous avez résumé votre position sur Facebook le 11 juillet alors que la pétition comptait alors plus de 200 000 signataires. Quelle a été la réaction?

Des personnes m'ont demandé de lancer une nouvelle pétition, en disant qu'elles regrettaient de ne pas pouvoir retirer leur signature... Mais notre ministère de l'Environnement a confirmé lundi que les tarifs n'excéderaient pas le coût d'extraction payé par l'État. Puisque le gouvernement ne fera pas de profits, l'eau ne sera donc pas une marchandise. Le NPD a modifié son discours, réclamant maintenant un prix «juste». Je ne crois pas qu'il ait compris les enjeux liés à la marchandisation.

Les voisins au sud de la Colombie-Britannique souffrent d'une sécheresse critique. Les Britanno-Colombiens sont-ils prêts à partager leur eau?

Beaucoup de gens ici disent: «Nous comprenons que nos voisins en aient besoin. Et nous ne voulons pas être de mauvais voisins si nous avons de l'eau en surplus. Nous ne voulons pas nécessairement nous enrichir, mais actuellement, le principal obstacle est l'ALÉNA.» Je propose qu'à la prochaine élection fédérale, ça soit un enjeu à soumettre aux candidats. Aurez-vous le courage de dire à nos voisins américains que nous sommes prêts à travailler avec eux, mais seulement si l'on change ces clauses de l'ALÉNA?

La multinationale Nestlé était la cible principale des signataires de la pétition. Or, selon le gouvernement, ce n'est pas le plus grand embouteilleur d'eau de la province. Est-ce une cible légitime?

Je pense que les pétitionnaires ont utilisé l'image de Nestlé pour illustrer leurs arguments, mais il est important de savoir que les règles qui s'appliquent à Nestlé s'appliquent aux producteurs de vin et de bière. On ne peut pas faire une règle seulement pour Nestlé...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer