Giec de la biodiversité: scientifiques rêveurs, États réticents

Les scientifiques rêvent de la création d'un mécanisme international... (Photo: AFP)

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Agence France-Presse
Nairobi, Kenya

Les scientifiques rêvent de la création d'un mécanisme international d'expertise sur la biodiversité qui leur permettrait de mieux se faire entendre des décideurs, comme le Giec pour le climat, mais certains pays, soucieux de protéger leur souveraineté, traînent les pieds.

L'ONU a cependant décidé d'aller de l'avant: le Programme des Nations Unies pour l'Nnvironnement (PNUE), a annoncé jeudi à Nairobi sa décision d'organiser une réunion intergouvernementale consacrée à ce sujet «le plus tôt possible en 2009». L'idée de la création d'un Giec de la biodiversité avait été émise par la France en janvier 2005, à l'occasion d'une conférence internationale à Paris.

Le principe en avait été approuvé en mai 2008 lors d'une réunion des Nations unies mais des blocages sont apparus quand il a fallu entrer dans le concret lors d'une première réunion intergouvernementale en novembre, à Putrajaya, en Malaisie.

Certains pays comme le Brésil ou la Colombie, qui abritent une faune et une flore d'une exceptionnelle richesse, ont manifesté leurs réticences.

«Ils ne souhaitent pas qu'on aille se mêler de ce qui se passe chez eux», estime Maxime Thibon, expert de la Fondation française pour la biodiversité, présent à Nairobi.

Car, contrairement au climat qui est un phénomène global, l'érosion de la biodiversité se produit localement.

D'autres pays, comme la Chine, s'interrogent sur la nécessité de mettre en place un nouvel outil alors qu'il existe déjà de nombreuses conventions internationales, comme la CITES pour les espèces menacées ou la Convention sur la diversité biologique (CBD).

Mais si le climat a son Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), il n'existe pas de mécanisme similaire pour évaluer l'érosion de la biodiversité dans le monde.

Il s'agit pourtant d'un enjeu majeur, tant pour la réduction de la pauvreté, l'approvisionnement en eau potable, les conflits liés à l'utilisation et à l'appropriation des ressources renouvelables, que pour la santé.

Mais du fait de la complexité de ces questions, la communauté scientifique qui traite de ce sujet est très fragmentée et, du coup, elle n'arrive pas à se faire entendre des décideurs politiques.

Un projet de création d'un Ipbes (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) est à l'étude. Le ministre français du Développement durable Jean-Louis Borloo, a notamment plaidé en sa faveur à Nairobi.

«Bien sûr, il y a des problèmes de souveraineté mais il faut trouver des solutions», a-t-il lancé.

Le Brésil se défend de vouloir freiner le projet: «nous ne sommes pas du tout contre», assure à Nairobi Carlos Minc, ministre brésilien de l'Environnement. Il souhaite cependant que ce futur mécanisme soit placé sous une forme de tutelle de la CBD, ce qui en limiterait la portée estiment les partisans de cet Ipbes.

Les Etats-Unis sont «intéressés par l'idée», assure Daniel Reifsnyder, chef de la délégation américaine dans la capitale kényane.

La réunion intergouvernementale annoncée par le PNUE doit permettre de «fixer la méthode et le calendrier pour que ce Giec de la biodiversité soit opérationnel en 2010», souligne le Français Christophe Aubel, directeur de la ligue Roc.

2010 est l'échéance du compte à rebours de l'engagement international de «ralentir significativement» l'érosion de la biodiversité et sera pour l'ONU «l'année de la biodiversité».




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