Protection du caribou forestier: le Québec traîne la patte

Le caribou occupe actuellement 2,4 millions de km2... (Photo fournie par Pierre Pouliot du ministère des Ressources naturelles et de la faune)

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Le caribou occupe actuellement 2,4 millions de km2 de la forêt boréale canadienne, soit la moitié moins que son aire de répartition au XIXe siècle.

Photo fournie par Pierre Pouliot du ministère des Ressources naturelles et de la faune

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Le Québec a fait des progrès en 2015 pour assurer la protection du caribou forestier. Mais la province n'en fait pas encore assez et avance trop lentement pour permettre le rétablissement de cette espèce en péril.

C'est le constat effectué par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), qui dévoile ce matin son troisième bulletin annuel sur les efforts des gouvernements pour la conservation du caribou forestier au Canada.

Les conclusions de la SNAP vont dans le même sens que celles du forestier en chef du Québec, Gérard Szaraz. Dans un avis rendu public en mai dernier, celui-ci affirmait que la survie à long terme du caribou forestier était menacée si le Québec ne changeait pas ses méthodes d'exploitation de la forêt.

Le caribou forestier a été désigné espèce menacée par Ottawa en 2003. Au Québec, il a le statut d'espèce vulnérable depuis 2005.

Dans son rapport, la SNAP constate que «la plupart des habitats essentiels à la survie et à l'épanouissement du caribou forestier demeurent sans protection». Les nouvelles aires protégées annoncées au Canada en 2015 ne représentent par ailleurs que 1% de la superficie de l'habitat désigné comme essentiel au pays. De plus, seules quelques provinces semblent être en voie de protéger adéquatement l'espèce sur leur territoire. Le Québec n'est malheureusement pas parmi les meilleurs élèves. La Belle Province a annoncé en 2015 l'établissement d'une aire protégée de 5000 km2 dans le secteur de la rivière Broadback. Mais le gouvernement a ignoré plusieurs secteurs alors qu'il y avait consensus pour les protéger, signale Alain Branchaud, directeur général de la SNAP au Québec. «On souhaite que ça soit modifié. On voudrait aussi que le gouvernement crée une grande aire protégée dans le secteur des montagnes Blanches, entre le Saguenay et la Côte-Nord. C'est un secteur prioritaire pour la protection du caribou forestier.»

Le ministère ne fait pas le poids

Selon M. Branchaud, l'un des problèmes du Québec, c'est que le ministère de l'Environnement a moins d'influence que le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles et que celui de la Forêt, de la Faune et des Parcs. «La collaboration n'est pas au rendez-vous entre ces trois ministères. Celui de l'Environnement ne fait pas le poids pour arriver à désigner des aires protégées désignées par la science.»

La SNAP fonde aussi beaucoup d'espoir sur l'arrivée d'un nouveau gouvernement à Ottawa après 10 ans de règne conservateur.

La Loi sur les espèces en péril prévoit que le ministre fédéral de l'Environnement doit rendre compte tous les six mois des efforts qui ont été faits pour protéger les habitats d'une espèce en péril. Dans le cas du caribou forestier, comme pour toutes les autres espèces, rien de tel n'a été fait au cours des dernières années.

«Nous pensons que ces rapports, s'ils étaient réalisés, permettraient de faire pression sur les provinces afin qu'elles mettent en place les mesures nécessaires pour protéger le caribou», avance Alain Branchaud.

En 2012, le gouvernement fédéral a publié son Programme de rétablissement du caribou forestier. Depuis, la SNAP publie annuellement un rapport qui fait état des progrès accomplis au fédéral et dans les provinces. Le caribou occupe actuellement 2,4 millions de km2 de la forêt boréale canadienne, soit la moitié moins que son aire de répartition au XIXe siècle.

***

L'importance du caribou forestier

Les scientifiques considèrent le caribou forestier comme un indicateur de la santé de la forêt boréale, laquelle stocke notamment d'importantes quantités de carbone.

Menace industrielle

L'exploitation de la forêt constitue la principale menace pour le caribou forestier. La perte d'habitat favorise l'émergence du coyote et du loup, deux prédateurs de cette espèce, qui tolère mal les dérangements.

Saskatchewan et Manitoba

Les deux provinces se sont engagées en 2015 à prendre les mesures nécessaires pour assurer une probabilité de survie des populations de caribou supérieure à 60%, le seuil minimum prévu par Ottawa.

Ontario

L'Ontario n'a pas pris de mesures concrètes en 2015, mais la province a exempté des industries des dispositions sur la protection des espèces en voie de disparition. La SNAP et d'autres organismes ont intenté une poursuite contre le gouvernement.

Alberta

Après l'élection du gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley, au printemps dernier, la province a suspendu les ventes de droit d'exploitation énergétique à l'intérieur des habitats de caribou.

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