La morue du Maine menacée de disparition

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Les stocks de morues se situent actuellement à 3 ou 4 % au-dessus de la limite des niveaux permettant à ces poissons de maintenir durablement leurs populations dans le golfe du Maine.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
WASHINGTON

La morue du golfe du Maine, principale source de revenue de l'industrie de la pêche dans le nord-est des États-Unis, est menacée de disparition par un réchauffement régional de l'océan beaucoup plus rapide que partout ailleurs sur la planète, conclut une étude jeudi.

Les stocks de morues stagnent et sont aujourd'hui au bord de l'effondrement, selon les travaux de ces chercheurs publiés dans la revue américaine Science.

Ils ont déterminé que ces stocks se situent actuellement à 3 ou 4 % au-dessus de la limite des niveaux permettant à ces poissons de maintenir durablement leurs populations dans cette région.

Même des réductions dans les prises de pêche n'ont pas pu freiner le déclin rapide des bancs de morues, surprenant pêcheurs et responsables des pêcheries.

Face à une importante diminution des populations, les autorités avaient institué en 2010, un ensemble de restrictions sur les prises de pêche, mais sans que ces mesures contribuent à un rebond des stocks.

«Les responsables de la gestion des pêcheries ont continué à réduire les quotas de pêche, mais les populations de morues continuaient à diminuer», explique Andrew Pershing, le responsable scientifique de l'Institut de recherche du golfe du Maine (GMRI) et principal auteur de l'étude.

«Il s'est avéré que le réchauffement des eaux dans le golfe du Maine est moins hospitalier pour les morues - un poisson d'eau froide - et les réponses des autorités de la pêche ont été trop lentes pour répondre à ce changement drastique de l'environnement», juge-t-il.

Les analyses de températures effectuées par ces scientifiques, dont l'Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA), montrent que la diminution des stocks de morues résulte en grande partie du réchauffement accéléré de l'océan dans le golfe du Maine, qui est 99 % plus rapide que partout ailleurs sur la planète.

Ce phénomène s'explique par le changement de position du Gulf Stream, un courant chaud qui prend sa source dans les Caraïbes ainsi que par les oscillations du climat dans les océans Atlantique et Pacifique. Ces facteurs viennent amplifier le réchauffement continu du globe.

Situation différente au Canada

Les chercheurs ont constaté que ce réchauffement de l'eau perturbait la ponte des morues femelles, réduisant le nombre des progénitures.

De plus, ces températures plus chaudes provoquent une plus grande mortalité parmi les jeunes morues et donc une réduction de la population adulte.

Les modèles historiques utilisés par les autorités régionales de la pêche au cours de la dernière décennie ne prenaient pas en compte l'impact de la montée rapide et relativement récente des températures de l'eau. De ce fait, les quotas étaient trop élevés, soulignent les auteurs.

Les morues sont des poissons d'eau froide et le golfe du Maine est à la limite géographique de leur habitat, notent-ils.

Alors que l'océan dans cette région se réchauffe rapidement, les populations de morue seront réduites même avec des quotas de pêche plus stricts ce qui va conduire à une plus petite industrie de la pêche en Nouvelle-Angleterre, prédit l'étude.

Une étude publiée le 27 octobre au Canada conforte ces conclusions sur le rôle du réchauffement régional, en constatant des signes de rebond des populations de morues de l'Atlantique Nord au large de Terre-Neuve et du Labrador, où les eaux sont beaucoup plus froides.

Considérée comme l'une des plus abondantes populations mondiales de morues avant un déclin désastreux dans les années 90 à cause de la surpêche industrielle, les stocks de morues se reconstituent depuis dix ans grâce à la mise en place d'un moratoire sur la pêche de ce poisson en 1992 par le gouvernement canadien.

Ainsi les stocks de morues sont passés en une décennie de quelques dizaines de milliers de tonnes à des centaines de milliers de tonnes, selon cette recherche publiée dans le Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences.

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