Qu'arrive-t-il au caribou?

Le déclin des populations de caribous du globe... (Photo: PC)

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Le déclin des populations de caribous du globe est évident. Les causes sont multiples, mais le réchauffement climatique devrait envenimer davantage la situation.

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Pierre Gingras

Le père Noël devra-t-il troquer son traîneau contre un autre moyen de transport d'ici quelques années?

Certains indices montrent en effet que la plupart des populations de caribous et de rennes dans les territoires nordiques du globe sont en chute libre. Un déclin mystérieux à bien des égards, estiment plusieurs chercheurs.

Par exemple, au Nouveau-Québec, le troupeau de la rivière George subit actuellement une baisse dramatique. Bien qu'il ait jadis été considéré comme un des plus importants du monde, sa population, qui était d'environ 800 000 têtes en 1993, est passée à 385 000 en 2001 et à 74 000 l'été dernier. En dépit de certaines mesures de conservation mises de l'avant tout récemment, on s'attend à ce que la situation se dégrade encore, indique Steeve Coté, chercheur de Caribou Ungava, organisme scientifique regroupant des chercheurs de l'Université Laval, de l'Université de Sherbrooke et du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec.

Dans l'ouest du Québec septentrional, le troupeau de la rivière aux Feuilles était estimé à plus 600 000 bêtes il y a une décennie, une donnée très prudente puisqu'on avance parfois le chiffre de 1,2 million de têtes. Si l'inventaire aérien prévu l'été dernier n'a pu avoir lieu, plusieurs indices biologiques démontrent que sa population décline elle aussi.

Dans les Territoires du Nord-Ouest, le troupeau Beverley, qui fait l'objet d'un suivi depuis 40 ans, a subi une baisse de l'ordre de 98?% au cours des 15 dernières années, passant de 270 000 têtes à quelques dizaines de bêtes l'an dernier. Le troupeau de Bathurst, dans la région de Yellowknife, connaît aussi un sort semblable.

Ailleurs, en Alaska, au Groenland et en Russie, la population de plusieurs grandes hardes est aussi en chute, notamment celles de Taymir, en Russie, qui est passée de 1 million de têtes en 2000 à environ 700 000 au cours de l'été 2009, indiquent les données divulguées lors de la conférence de CARMA à Vancouver, il y a deux semaines. Cette organisation internationale regroupe des chercheurs, des gestionnaires gouvernementaux et des peuples autochtones des pays nordiques où vivent caribous, rennes sauvages et rennes semi-domestiqués. (Caribous et rennes ne forment qu'une seule et même espèce.)

Curieusement, au même moment, certaines hardes déclinent alors que les conditions d'habitat sont propices et que la nourriture disponible permettrait même une hausse de la population. Parfois le déclin est très rapide alors qu'ailleurs, il s'étend sur une longue période. Par contre, d'autres troupeaux, moins nombreux il est vrai, prennent de l'ampleur.

Encore plus d'insectes piqueurs

Si la pénurie de nourriture, la prédation, la chasse excessive, l'exploration minière et pétrolière, la présence de parasites ou encore une certaine compétition alimentaire avec le renne semi-domestique peuvent être en cause dans le déclin des populations, d'autres facteurs semblent avoir une importance grandissante.

«La situation est très complexe et elle se produit au moment même où les changements climatiques sont manifestes dans le Grand Nord. Ces perturbations auront des impacts importants sur les caribous. Qu'on pense aux précipitations déjà plus abondantes ou aux conditions de verglas plus fréquentes, autant de facteurs qui présenteront des difficultés accrues pour se nourrir l'hiver», explique Steeve Côté.

Chercheur spécialisé en écologie des milieux terrestres et en dynamique des populations, Jean-Pierre Tremblay, du groupe Caribou Ungava, explique pour sa part que ces modifications climatiques risquent aussi d'avoir des effets insoupçonnés. Si le climat plus doux devrait favoriser une plus grande diversité de même qu'une croissance plus rapide et plus abondante de la végétation, le caribou risque de ne pas en profiter pour autant.

«Le synchronisme entre la végétation et l'animal devient déséquilibré. Par exemple, la mise bas se produit à une époque déterminée, toujours au moment de l'année où la végétation est la plus riche. Si les plantes poussent trop rapidement, elles auront perdu une bonne partie de leurs qualités nutritives à l'époque de la reproduction, ce qui affectera les femelles et aura un impact considérable sur la survie des jeunes», fait-il valoir.

Par ailleurs, la végétation plus abondante produira plus d'ombre sur le lichen et réduira ainsi sa croissance. Or, le lichen est une ressource essentielle pour la survie du mammifère en hiver. Un couvert végétal plus dense retiendra en outre plus de neige au sol, ce qui augmente la dépense d'énergie des animaux pendant leurs déplacements en plus de rendre le lichen moins accessible. Autre aspect prévisible: la végétation plus luxuriante sera un terrain propice pour une prolifération accrue d'insectes piqueurs. Ces bestioles harcèlent les bêtes, ce qui les oblige à se déplacer davantage et à moins bien se nourrir. Une autre dépense énergétique additionnelle. 

L'avenir s'annonce très difficile pour les grands ongulés. «Ce sont des animaux qui évoluent dans un climat froid. Ils se déplaceront encore plus au nord quand ils le pourront. Mais au Québec, par exemple, cela ne sera pas possible. Le caribou y est déjà», indique Steeve Côté.

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