La dernière course du guépard

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«Nous avons espoir de relâcher très prochainement trois guépards, dans un environnement totalement sauvage, avec le moins possible d'interaction humaine», affirme ainsi Damien Vergnaud (photo), propriétaire d'une réserve privée de 10 000 ha aux portes du désert du Karoo, dans l'arrière-pays du Cap.

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Christophe BEAUDUFE
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

Le guépard, l'animal terrestre le plus rapide du monde, a survécu à tous les bouleversements de la planète depuis quatre millions d'années. Mais en quelques décennies, l'homme a réussi à le placer sur la liste des espèces menacées, en raison de la réduction et du morcellement rapide de son espace vital.

Ce chasseur, connu pour ses pointes de vitesse à 120 km/h, est d'autant plus en danger qu'il est le seul gros félin à s'adapter très mal dans les parcs naturels protégés, où il est victime de la concurrence avec les autres prédateurs.

Au début du XXe siècle, la population mondiale de guépards se montait à environ 100 000 individus. Cet élégant félin, efflanqué comme un lévrier, était répandu dans toute l'Afrique, au Moyen-Orient, en Iran et dans plusieurs pays d'Asie.

Il en reste à peine 10 000 en liberté aujourd'hui, en Afrique, et une toute petite population d'une centaine d'individus en Iran. Dans la seule Afrique, affirme l'ONG de défense des félins «Panthera», le guépard a disparu de 77% de son territoire original.

«Le principal obstacle à la survie de l'espèce dans la nature, c'est la réduction et la fragmentation de son habitat, ainsi que les conflits avec l'homme», note pour l'AFP le professeur Laurie Marker, du CCC (Fonds de protection du guépard) basé en Namibie, le pays d'Afrique qui, pour l'instant, a su le mieux protéger sa population.

Si aucune mesure spécifique n'est prise, la disparition du guépard sauvage est programmée pour les années 2030, selon les experts.

Contrairement à l'éléphant ou au rhinocéros, autres espèces menacées, le guépard n'est pourtant pas la cible des braconniers. Mais il cumule les handicaps pour survivre dans un monde où les territoires sauvages se réduisent d'année en année.

«Les guépards ne s'adaptent pas dans les réserves protégées, en raison d'une concurrence trop intense avec les autres prédateurs, qui prospèrent dans ces parcs», explique Laurie Marker, «et la plupart des réserves sont incapables de maintenir des populations viables de guépards».

Parce qu'il est le plus faible des prédateurs, il est systématiquement perdant en cas d'affrontement avec des lions ou des léopards, plus lourds et plus puissants que lui. Dans le meilleur des cas, ils lui volent ses proies avant que le guépard ait eu le temps de manger. Au pire, ils le tuent.

Ce sprinteur émérite d'une cinquantaine de kilos a donc besoin d'espaces ouverts très vastes, avec une faible densité de carnivores.

En Afrique, on estime ainsi que 90% des guépards vivent hors des zones naturelles gérées par l'homme. Ce qui les met à la merci des fusils des fermiers, qui défendent leur bétail.

Autre handicap: la consanguinité naturelle de l'espèce. Les scientifiques pensent que, lors de la dernière glaciation il y a 10 000 ans, la population mondiale de guépards a été réduite à une poignée d'individus. Qui se sont reproduits entre proches parents, au détriment de la diversité génétique. Cette consanguinité entraîne, entre autres conséquences, un taux de fécondité très faible.

Pour favoriser le brassage des gènes, les guépards ont donc besoin, plus encore que d'autres espèces, de pouvoir se déplacer librement et migrer d'un territoire à l'autre. Ce qui devient de moins en moins possible en Afrique, en raison du développement des infrastructures humaines. Or, les chercheurs savent qu'une espèce scindée en micropopulations isolées les unes des autres est menacée d'extinction rapide.

À court terme, c'est donc l'élevage de cet animal, très facile à apprivoiser, qui permet de conserver le patrimoine génétique. Des éleveurs privés, notamment en Afrique du Sud, échangent entre eux des animaux et entretiennent une population en bonne santé.

Pionnier de la reproduction en captivité, le centre Ann van Dyck, dans la région de Johannesburg, a déjà obtenu à lui seul 800 naissances depuis les années 70.

Un chiffre encourageant pour la survie de l'espèce. Mais pour quel avenir?

«Nos recherches et nos expériences démontrent que des guépards qui n'ont pas vécu au moins dix-huit mois avec leur mère dans leur habitat naturel ont beaucoup de mal à revenir à l'état sauvage», affirme le Dr Marker.

Si l'apprentissage de la chasse et l'identification des dangers sont, en effet, deux éléments indispensables à la survie dans la brousse, certains éleveurs veulent tout de même croire au miracle.

«Nous avons espoir de relâcher très prochainement trois guépards, dans un environnement totalement sauvage, avec le moins possible d'interaction humaine», affirme ainsi Damien Vergnaud, propriétaire d'une réserve privée de 10 000 ha aux portes du désert du Karoo, dans l'arrière-pays du Cap.

Dans l'espace qui leur sera dévolu, les guépards trouveront des proies, mais aucun autre prédateur pour les leur disputer. Une première étape pour une tentative de retour à la nature.

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