Le braconnage de rhinocéros en forte hausse en Afrique du Sud

Le paisible paysage de broussailles et d'acacias de la réserve animalière de... (Photo: AFP)

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Associated Press
Réserve de Vaalkop Dam

Le paisible paysage de broussailles et d'acacias de la réserve animalière de Finfoot s'est transformé, une nouvelle fois, en scène de crime. La réserve privée, située dans la réserve naturelle de Vaalkop Dam, en Afrique du Sud, a déploré la mort de huit rhinocéros en novembre.

Le but des braconniers, qui abattent les pachydermes à la carabine, est de récupérer leur précieuse corne. Ils les scient des museaux des cadavres de rhinocéros pour les envoyer en Asie, où les clients sont prêts à payer très cher pour quelques grammes de poudre de corne, à laquelle certains attribuent toutes sortes des vertus médicales ou aphrodisiaques.

En 2012, le bilan des massacres de rhinocéros a atteint un chiffre record en Afrique du Sud. Le 27 novembre, le bilan s'élevait à au moins 588 rhinocéros tués, selon le ministère de l'Environnement.

La hausse constatée au cours des dernières années est impressionnante. Des années 1990 jusqu'en 2007, le nombre de rhinocéros tués était d'une quinzaine par an, selon un rapport du réseau TRAFFIC, spécialisé dans la faune sauvage. En 2008, il y en a eu 83. En 2009, ce nombre est passé à 122, puis à 333 l'année d'après, et à 448 en 2011.

Sans mesures énergiques contre le braconnage, le nombre de rhinocéros tués dépassera bientôt celui des naissances, préviennent les experts. Ce qui mettrait toute la population de rhinocéros en péril, dans un pays qui accueille 90 pour cent du nombre total de ces animaux sur le continent africain, soit 20 000 individus.

«C'est une véritable guerre dans laquelle nous nous sommes engagés», affirme Marc Lappeman, qui dirige la réserve Finfoot avec son père, Miles. Il a lancé des patrouilles armées pour protéger les rhinocéros encore en vie. «Nous sommes prêts à mourir pour ces animaux», affirme-t-il.

Dans un rapport publié en août, TRAFFIC écrit: «Le fait que le bilan du braconnage continue à augmenter d'année en année malgré une sensibilisation accrue, l'attention constante des médias et des efforts pour faire appliquer la loi montrent à quel point la crise des rhinocéros est devenue envahissante en Afrique du Sud».

La majeure partie du braconnage a lieu dans l'immense parc national Kruger, qui s'étend sur 19 400 kilomètres carrés dans le nord-est du pays, à la frontière avec le Mozambique et le Zimbabwe. Les braconniers viennent surtout du Mozambique. En tuant un rhinocéros et en récupérant sa corne, ils gagnent en une nuit l'équivalent de plusieurs mois de salaire.

À peu près à la même période où les derniers rhinocéros ont été tués à la réserve Finfoot, des ouvriers ont attrapé un homme en guenilles en train de rôder dans le parc. Il était équipé d'un téléphone portable tout neuf et de plus de 1000 rands (112 $ CAN) en billets de 100, raconte M. Lappeman.

L'Afrique du Sud a déployé des soldats dans le parc, accompagnés de chiens renifleurs, mais leur petit nombre n'est pas suffisant pour contrôler un domaine immense.

Malgré l'arrestation de centaines de suspects cette année et la mort par balle de certains braconniers, le trafic continue. Car ce commerce international vaut des millions de dollars, explique Julian Rademeyer, journaliste et auteur de «Killing for Profit», un livre sur le sujet publié en novembre.

«Le problème des stratégies d'application de la loi est qu'elles s'arrêtent à nos frontières», souligne le spécialiste. La loi est d'autant plus difficile à faire respecter que l'Afrique du Sud est en proie à la corruption. Plusieurs affaires judiciaires ont révélé que des gardes de parcs nationaux avaient aidé des braconniers.

En Afrique du Sud et au Swaziland, le rhinocéros peut être chassé légalement, ce qui a poussé les réseaux criminels à obtenir des permis de chasse sous de faux prétextes. Les trafiquants embauchent des prostituées ou des pauvres pour qu'ils fassent semblant d'être des chasseurs de gros gibier et obtiennent un permis pour tuer un rhinocéros par personne, explique Julian Rademeyer. Leurs «trophées» sont ensuite envoyés en Asie, où les cornes sont coupées et vendues.

Les médecins répètent depuis longtemps que la corne de rhinocéros, qui est constituée de kératine comme les ongles des humains, ne possède aucune valeur médicale. Mais la demande continue d'augmenter. Au Vietnam, notamment, la rumeur veut que la corne guérisse du cancer ou soigne la fièvre et les maux de tête. On lui prête aussi des vertus aphrodisiaques.

Le Vietnam est considéré comme particulièrement souple à l'égard de l'importation de cornes de rhinocéros. Des diplomates de l'ambassade du Vietnam en Afrique du Sud ont été liés, par le passé, à des affaires de trafic.

Julian Rademeyer ose une prédiction pessimiste. Avec une demande en hausse et la participation de responsables de haut rang au trafic de cornes de rhinocéros, le braconnage «va probablement empirer gravement avant que cela n'aille mieux», estime-t-il.

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