Le promoteur de Keystone XL fustige une agence américaine

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Une section du projet de pipeline Gulf Coast en Oklahoma. Ce projet est construit par TransCanada Corp. et est une partie du projet Keystone XL.

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(OTTAWA) Le promoteur du pipeline Keystone XL a accusé l'équivalent américain du ministère de l'Environnement d'empiéter sur la souveraineté du Canada, hier, après qu'il eut prévenu que les risques environnementaux de son mégaprojet avaient été sous-estimés.

TransCanada estime que l'Environmental Protection Agency (EPA) a outrepassé son mandat lorsqu'elle a appelé le gouvernement américain à travailler avec Ottawa pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'industrie des sables bitumineux.

«La recommandation que le département d'État explore des moyens pour les États-Unis de s'impliquer dans la réduction des GES des sables bitumineux canadiens ignore la souveraineté fondamentale du gouvernement canadien, ainsi que les mesures significatives prises par le Canada et l'Alberta en ce sens», dénonce l'entreprise dans une déclaration écrite.

Dans un rapport préliminaire publié au début de mars, le département d'État américain, qui pilote l'évaluation environnementale de Keystone XL, a avancé que le projet aurait un effet négligeable sur les émissions de GES. La raison: l'oléoduc n'entraînerait pas une hausse de production marquée de l'industrie des sables bitumineux.

Or, l'EPA, un autre bras du gouvernement américain, a contesté cette conclusion. Dans une lettre rendue publique lundi, elle rappelle que les émissions de GES globales du pétrole bitumineux sont 17% plus élevées que celles du pétrole traditionnel, lorsqu'on tient compte de la totalité du cycle de production.

«Si l'intensité des émissions de GES du pétrole bitumineux n'est pas réduite, les émissions additionnelles de CO2 du pétrole bitumineux transportées dans l'oléoduc pourraient atteindre 935 millions de tonnes métriques sur une période de 50 ans», écrit Cynthia Giles, de l'EPA.

En guise de comparaison, les émissions de GES du Canada ont totalisé 702 millions de tonnes en 2011.

L'EPA, qui relève aussi la difficulté de nettoyer du pétrole bitumineux en cas de déversement, s'oppose donc à l'évaluation initiale du département d'État pour cause d'«informations insuffisantes».

Cette prise de position a donné de nouvelles munitions aux écologistes des deux côtés de la frontière qui s'opposent à l'expansion de l'industrie des sables bitumineux.

Nathan Lemphers, de l'Institut Pembina, a noté qu'un million de personnes ont exprimé des commentaires dans le cadre de l'évaluation publique de Keystone XL.

«Clairement, l'EPA a beaucoup plus de poids que les autres groupes, et considérant l'importance accordée par le président Obama à la lutte contre les changements climatiques depuis quelques mois, il est clair que le département d'État va devoir considérer cette opinion», a dit M. Lemphers.

La lettre de l'EPA pourrait aussi avoir d'importantes répercussions au Canada. Le Sierra Club souhaite participer aux audiences publiques sur l'inversion du pipeline Enbridge vers Montréal. Et son directeur, John Bennett, compte l'invoquer pour appuyer son opposition au projet.

«Ce rapport remet en question les prétentions d'Enbridge et des sociétés pétrolières, selon lesquelles ce pétrole n'est pas différent des autres, dit M. Bennett. L'EPA vient de dire avec autorité que le bitume dérivé des sables bitumineux est différent, qu'il cause plus de problèmes et qu'il coûte plus cher de le nettoyer en cas de déversement.»

Conservateurs critiqués

À la Chambre des communes, le Nouveau Parti démocratique a profité de l'occasion pour rappeler que le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, a semblé remettre en question les risques liés aux changements climatiques au cours d'une récente entrevue éditoriale à La Presse.

«L'échec des conservateurs de s'attaquer aux changements climatiques cause des problèmes majeurs aux États-Unis, a dénoncé le député néo-démocrate Peter Julian. Les ressources naturelles sont importantes pour notre économie. Quand le ministre reconnaîtra-t-il qu'il est très mauvais pour notre économie et pour le Canada de nier la menace climatique?»

Le ministre Oliver, qui sera justement à Washington aujourd'hui, a affirmé que son gouvernement respectera le processus décisionnel aux États-Unis. Il a fait valoir que d'autres carburants fossiles, notamment le charbon, présentent une menace beaucoup plus importante pour le climat que les sables bitumineux.




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