L'évaluation environnementale va passer à côté de «risques énormes»

Parmi les 80 études proposées par le comité... (Photo: François Roy, Archives La Presse)

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Parmi les 80 études proposées par le comité de l'Évaluation environnementale stratégique (EES) il y a deux semaines, figurent «beaucoup trop celles qui seront utiles à l'industrie dans le cadre opérationnel», dit Marc Durand, professeur retraité de l'UQAM.

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Gaz de schiste
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L'Évaluation environnementale stratégique (EES) sur le gaz de schiste va passer à côté des principales questions et de «risques énormes» qui concernent le public, affirme l'ingénieur en géologie appliquée Marc Durand, au moment où s'amorce la période de consultation sur le plan de travail de cette évaluation.

Parmi les 80 études proposées par le comité de l'EES il y a deux semaines, figurent «beaucoup trop celles qui seront utiles à l'industrie dans son cadre opérationnel», dit M. Durand.

Ce professeur à la retraite de l'UQAM est intervenu à maintes reprises dans le dossier du gaz de schiste depuis le début de l'année.

Il souligne qu'aucune étude proposée par le comité de l'EES ne porte sur l'amélioration des connaissances des nappes d'eau souterraines, alors que c'est l'une des priorités déterminées par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

«Idée saugrenue»

Au contraire, l'EES compte plutôt étudier la possibilité d'injecter les eaux usées de l'industrie dans des puits profonds, comme cela se fait aux États-Unis, une «idée saugrenue au Québec», en raison des mêmes lacunes dans les connaissances des eaux souterraines, écrit M. Durand dans une opinion rendue publique sur son compte Facebook.

Il ajoute qu'aucune étude ne permettra de savoir dans quel état l'industrie laissera le sous-sol à long terme, après l'abandon des puits. Cette question peut être difficile à résoudre, mais elle est cruciale parce qu'elle pose un «risque énorme», estime M. Durand, dont l'opinion à ce sujet est fortement contestée par l'industrie.

Il cite des chiffres de l'industrie qui montrent que des puits de gaz «classiques» abandonnés fuient dans une forte proportion, «jusqu'à 60% des puits pour la tranche datant de 25 ans et plus». «On a toutes les raisons de croire que ce sera encore pire pour les puits de gaz de schiste, dit M. Durand en entrevue à La Presse. L'industrie n'a pas d'étude là-dessus parce qu'il n'y a pas encore de puits de gaz de schiste abandonné. Je sais qu'on va me reprocher de ne pas citer d'étude là-dessus, mais il n'y en a pas. Mais il me semble que ce serait à l'industrie de faire la preuve que sa technique est sûre.»

Préoccupation partagée

Cette préoccupation est partagée par le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste au Québec, un regroupement de 153 universitaires.

«Le suivi à long terme des puits fracturés après la fermeture est très sommairement évoqué mais ne se retrouve pas comme projet de connaissance à acquérir, déplore le Collectif. Les puits de gaz de schiste ne sont aucunement comparables aux anciens puits. Ces nouveaux puits sont construits avec une combinaison nouvelle de quatre technologies et, de plus, 80% du méthane est laissé en place. Tout cela suppose des structures devant résister des siècles à des pressions de méthane encore en place après l'abandon.»

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