700 kilomètres à pied contre le gaz de schiste

Trois générations d'une même famille ont pris part... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Trois générations d'une même famille ont pris part à la marche entre Rimouski et Montréal contre le gaz de schiste: Colin St-Cyr-Duhamel (le fils), Philippe Duhamel (le père) et Éric Duhamel (le grand-père).

Photo: Alain Roberge, La Presse

Ils sont partis de Rimouski il y a 33 jours et arrivent demain à Montréal. Ils sont dans la vingtaine pour la plupart, mais il y a aussi une famille représentée par trois générations et une jeune mère de 26 ans avec son bébé de 11 mois.

Jamais moins d'une trentaine, parfois près d'une centaine à la fois, ils demandent un moratoire d'une génération sur l'exploitation du gaz de schiste au Québec. «On a choisi notre trajet en fonction de la formation géologique, et on la parcourt d'un bout à l'autre», dit Philippe Dumont, étudiant âgé de 23 ans qui se dit «bien impliqué dans le mouvement écologiste».

Sept cents kilomètres à pied, ça use surtout la patience de vivre ensemble, mais c'est motivant, affirment plusieurs marcheurs.

Colin St-Cyr-Duhamel, 21 ans, étudiant et marionnettiste de Montréal, a découvert un Québec qu'il ne soupçonnait pas. «C'est impressionnant de voir comment toutes ces petites communautés sont capables de se mobiliser et comment on a été accueillis», dit-il.

Son père, Philippe Duhamel, traducteur âgé de 49 ans, s'occupe de la logistique de la marche avec son propre père, Éric, 74 ans. Mais ils marchent aussi. «J'ai fait 600 des 700 kilomètres, dit le grand-père, enseignant à la retraite. Je le fais pour mes petits-enfants. Il faut aller vers les énergies vertes. Les énergies fossiles, c'est fini. Le gaz de schiste, c'est comme si on avait pressé le citron au maximum et qu'on était rendu à gratter la pelure pour en tirer du jus.»

Hier, la marche passait dans le patelin de Lise Perreault, à Richelieu. L'an dernier, elle a subi le voisinage d'un forage gazier. Pour elle, la marche montre qu'on peut faire quelque chose. «Souvent, dit-elle, les gens croient que ça ne donne rien de résister. Mais on éveille les consciences. Moi, je crois qu'il n'y a pas une seule redevance qui nous rendra notre eau et nos terres agricoles.»

Comme d'autres, Marie-Neige Besner, 21 ans, de Maniwaki, a perdu un peu la notion du temps et commence à ressentir la fatigue. «On se lève tous les jours à 7h, on marche et, le soir, il y a un défilé et un spectacle.» Mais elle se réjouit de l'accueil qu'elle a reçu. «Les gens qui viennent marcher avec nous sentent qu'ils font une différence», dit-elle.

Marie-Pier Darveau, 26 ans, étudiante de Québec, a marché 12 jours avec sa fille, Laure, 11 mois. «Ça la concerne encore plus que moi, dit-elle. Les risques du gaz de schiste n'en valent pas la peine. Et d'être là avec mon bébé, j'espère que ça montre que tout le monde peut faire sa part.»

Pour Jason Rivest, 27 ans, étudiant de Montréal, «le gaz de schiste est la catastrophe écologique la plus grave qu'on puisse voir venir au Québec». Ce qu'il a vu le long du chemin l'a encouragé. «On a rencontré des gens formidables, et c'est impossible que l'industrie gagne contre eux.»

Olivier Houde, 28 ans, marche autant contre le gaz de schiste que pour la démocratie. «La façon dont tout s'est décidé montre qu'il y a des lacunes dans le système démocratique», dit-il.

La marche a attiré Pablo Lugo, 42 ans, qui a emmené son fils de 2 ans, Carlos David. M. Lugo, immigré d'origine colombienne de Joliette, a fait la grève de la faim pendant 40 jours contre le gaz de schiste l'hiver dernier. «Les gens font trop confiance aux multinationales. En Colombie, elles débarquent et prennent les ressources. Ici, au Québec, si 80% des gens sont contre, il faut les respecter.»

Les marcheurs arriveront demain à Montréal. Ils invitent le public à se joindre à eux à partir de midi pour la traversée du pont Jacques-Cartier, après quoi ils iront rejoindre une manifestation qui doit commencer à 14h devant le siège d'Hydro-Québec.

Et après? «On va tout faire pour que les compagnies foutent le camp, dit Éric Duhamel. On va faire comme ils ont fait en Allemagne pour bloquer le nucléaire. On va faire de la résistance pacifique.»

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