Gaz de schiste: l'eau d'abord, le gaz ensuite

Selon James Bruce, qui a produit un mémoire... (Photo: David Boily, Archives La Presse)

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Selon James Bruce, qui a produit un mémoire pour l'Institut C.D. Howe, il faut bien analyser les impacts de la fracturation hydraulique sur les eaux souterraines avant d'aller de l'avant avec l'exploitation du gaz de schiste.

Photo: David Boily, Archives La Presse

L'Institut C.D. Howe ajoute sa voix à celle des experts qui estiment que l'exploitation du gaz de schiste pose un risque potentiel pour l'eau souterraine.

Dans un mémoire publié hier, l'organisme de recherche en matière de politique publique affirme que l'on manque de connaissances sur les ressources en eau souterraine pour se lancer sans risque dans l'exploitation gazière, surtout par la technique de la fracturation hydraulique.

«On ne devrait pas fracturer le schiste en profondeur avant d'avoir acquis une connaissance complète de l'eau souterraine et des formations rocheuses qui contiennent l'eau douce», a affirmé à La Presse l'auteur du mémoire, James Bruce.

M. Bruce est membre du comité d'experts sur les eaux souterraines du Conseil des académies canadiennes. Il a travaillé pour Environnement Canada et l'Organisation météorologique internationale.

La fracturation hydraulique consiste à injecter à très haute pression de l'eau, du sable et des produits chimiques dans les puits pour faire éclater la roche et en extraire le gaz.

Le Québec n'est pas la province qui connaît le moins bien son eau, au contraire, dit M. Bruce. «Il y a eu des études sur la rive sud du Saint-Laurent qui étaient assez complètes, dit-il. Je ne connais pas beaucoup d'endroits au Canada qui ont été mieux étudiés. Mais je n'irais pas jusqu'à dire que ces études nous permettent de conclure qu'on peut aller de l'avant avec l'exploitation gazière. Il faut pousser l'analyse beaucoup plus loin.»

La Presse a demandé à M. Bruce comment mettre dans la balance la protection de l'eau souterraine avec l'intense pression qu'exerce l'industrie pour exploiter le gaz de schiste partout au Canada. «Nous devrions nous soucier d'abord de protéger l'eau, et ensuite de l'exploitation pétrolière et gazière, a répondu M. Bruce. C'est ce que je pense et beaucoup de gens pensent comme moi.»

La veille, on avait appris que la société chinoise PetroChina verse 5,4 milliards à la société EnCana pour participer à l'exploitation du gisement de Cutbank Ridge, en Colombie-Britannique. Le même jour, des audiences publiques étaient annoncées pour la construction d'un terminal méthanier à Kitimat, sur la côte ouest du pays, afin d'exporter le gaz vers l'Asie.

«L'eau est notre ressource la plus précieuse, insiste M. Bruce. Seulement, il n'y a pas d'argent à faire avec cela!»

Deux ans de plus pour l'étude américaine

Alors que l'investissement s'emballe, les connaissances sur ce sujet controversé avancent moins vite que prévu. Il faudra attendre deux ans de plus pour connaître les résultats de l'étude de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) sur les effets de la fracturation hydraulique sur l'eau souterraine.

D'abord annoncé pour 2012, le rapport définitif ne sera remis qu'en 2014. Un rapport préliminaire sera toutefois publié l'an prochain.

L'EPA a rendu public le plan de son étude, qui fait plus de 120 pages. Il sera soumis aux commentaires du public et à l'examen d'un comité d'experts.

La divulgation des produits chimiques encore bloquée

De son côté, le gouvernement du Québec maintient qu'il ne peut dévoiler quels produits chimiques l'industrie gazière a employés, en dépit d'un article de la Loi sur la qualité de l'environnement qui donne le droit à quiconque d'être informé de «tout rejet» dans l'environnement.

En décembre, en réponse au député péquiste Scott MacKay, la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, avait déclaré à l'Assemblée nationale qu'elle déposerait avec plaisir des rapports à ce sujet. Mais la réponse est venue du cabinet du ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand.

Le débat se fera devant la Commission d'accès à l'information, qui est déjà saisie d'une demande du Centre québécois sur le droit de l'environnement (CQDE).

«La ministre dit être transparente et ne l'est pas, dit M. MacKay, qui est critique de l'opposition officielle en matière de mines. On est obligé de constater qu'elle ne protège pas l'intérêt du public. Alors elle défend des intérêts privés.»

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