Québec silencieux sur les fuites du puits à Leclercville

À cinq semaines de la date à laquelle... (Photo David Boily, archives La Presse)

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À cinq semaines de la date à laquelle il doit remettre son rapport sur le «développement durable de l'industrie du gaz de schiste», le BAPE continue de poser des questions aux autorités.

Photo David Boily, archives La Presse

Depuis quelques mois, il y avait un problème avec le puits de gaz de schiste de Talisman à Leclercville, assez pour déployer d'importants moyens afin de le corriger. Talisman a entrepris au début du mois des travaux pour colmater une fuite à 2000 m de profondeur. Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) a autorisé ces travaux le 9 décembre.

Mais ce n'est pas dans le rapport que le gouvernement a remis au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Ce rapport, daté du 12 janvier, est censé donner plus de précisions au BAPE sur les fuites observées dans les puits de gaz de schiste.

Le MRNF y indique que l'on n'observait «aucune migration de gaz» dans les deux puits de Talisman à Leclercville, mais qu'une «pression non stabilisée de gaz» était atteinte après fermeture de l'évent.

Le MRNF n'a pas pu indiquer à La Presse hier s'il y avait un lien entre les informations contenues dans son rapport et les travaux entrepris par Talisman.

«Ou ça manque de transparence, ou il y a négligence, mais, de toute manière, il y a un grave problème», dit Serge Fortier, du Comité de citoyens interrégional de la vallée du Saint-Laurent.

Selon Stéphane Perreault, porte-parole de Talisman, le fait d'observer une «pression non stabilisée de gaz» ne veut pas «nécessairement» dire qu'il y a un problème important à corriger. Et même si le MRNF décrit de manière identique les deux puits dans son rapport au BAPE, «il n'y a pas de travail prévu» dans le second puits, selon M. Perreault.

André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique, estime que le MRNF se comporte comme un promoteur de projets gaziers. «Il fait tout pour brouiller les pistes», dit-il.

C'est Talisman qui a découvert la fuite l'automne dernier et qui en avisé le MRNF, selon M. Perreault. Le MRNF aurait fait des inspections par la suite. La fuite se situe entre le tubage d'acier du puits et le coffrage de ciment qui l'entoure.

«L'émanation provient de la portion horizontale du puits, celle qui a été fracturée, dit M. Perreault. On est en train d'injecter le ciment dans la partie qui a été détectée.»

M. Perreault n'a pas été en mesure d'expliquer comment le gaz a pu se frayer un chemin. «L'imperfection entre le tubage et le coffrage peut avoir diverses origines», dit-il.

Selon le MRNF, puisque le gaz s'est échappé entre le tubage et le coffrage, il n'a jamais menacé la nappe phréatique. Mais certains citoyens du coin ne sont pas rassurés. «À mon avis, ils ont perdu le contrôle sur ce puits, dit Pierre Bluteau, de Leclercville. Ils sont obligés de remettre du béton à 2 km de profondeur. Ils essaient à tout prix de sauver leur investissement. Selon moi, ce serait mieux de le condamner.»

M. Perreault nie que Talisman fasse des compromis sur la sécurité pour conserver la valeur investie dans le puits défectueux. «Dans ce cas, l'entreprise a décidé qu'il fallait faire des travaux, dit-il. Ce genre de phénomène n'est pas rare. Des travaux correctifs, on doit parfois en faire.»

Cet incident doit servir d'avertissement, selon Serge Fortier. «Contrairement à ce que dit l'industrie dans ses présentations, la technologie de coffrage n'est pas fiable. C'est la preuve qu'ils ne réussissent pas toujours leur coup, que les puits ne sont pas toujours étanches. Et on parle de Talisman Energy, qui est peut-être la plus expérimentée.»

De nouvelles questions du BAPE

À cinq semaines de la date à laquelle il doit remettre son rapport sur le «développement durable de l'industrie du gaz de schiste», le BAPE continue de poser des questions aux autorités.

Cette semaine, le secrétariat de la Commission a demandé au ministère de la Sécurité publique de lui fournir «la liste des municipalités pour lesquelles une cartographie des zones à risque de glissement de terrain a été réalisée».

Puis, il a demandé au MRNF de lui faire un rapport complet des opérations gazières pour les années 2008, 2009 et 2010: les types de travaux (géologiques, géophysiques, forages ou autres travaux connexes), le nombre de permis, leur superficie totale, le nombre de permis qui ont fait l'objet d'une dispense ou d'une permission de transfert des sommes dépensées.




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