COP23: la hausse des émissions 2017 met les États sous pression

Une raffinerie installée à Rodeo, en Californie.... (PHOTO Rich Pedroncelli, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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Une raffinerie installée à Rodeo, en Californie.

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Agence France-Presse
Bonn

Les émissions mondiales de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, une mauvaise nouvelle pour le climat et la communauté internationale réunie pour la seconde semaine de négociations climatiques à Bonn.

Après trois années stables, les émissions liées à l'industrie et à la combustion d'énergies fossiles devraient croître de 2% (entre 0,8 et 2,9%) cette année par rapport à 2016 et atteindre un niveau record, soulignent les chercheurs du Global Carbon Project.

Leur étude vient confirmer les sombres conclusions du dernier rapport de l'agence Environnement de l'ONU (Pnue), qui relevait que le monde ne faisait pas assez pour tenir les objectifs de l'accord de Paris visant à garder le réchauffement planétaire sous 2°C, voire 1,5°C.

Pour y arriver, «il faudrait que les émissions atteignent leur «pic» ces prochaines années puis diminuent rapidement», rappelle une des auteurs, Corinne Le Quéré, de l'université britannique d'East Anglia, pour qui ces résultats sont «une grande déception».

«Recul pour le genre humain»

À l'origine du boom des émissions, la Chine, qui a vu sa production industrielle bondir. Mais pas seulement. Les États-Unis (où la consommation du charbon a crû pour la première fois en cinq ans face à la cherté du gaz) et l'UE font moins bien que les années précédentes.

«Cette nouvelle est un recul pour le genre humain», a réagi Amy Luers, directrice de Future Earth, plateforme de recherche soutenant le Global Carbon Project. «Nous devons renverser cette tendance. Ce qui signifie en priorité fournir un accès à une énergie propre aux centaines de millions de personnes encore privées d'électricité».

Illustration d'impacts croissants, le dérèglement menace presque deux fois plus de sites naturels du Patrimoine de l'Unesco qu'il y a trois ans, soit un quart d'entre eux (récifs coralliens, glaciers, forêts...), alerte l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Avec le réchauffement croissant, la Terre se rapproche de «points de bascule» irrémédiables: fonte de calottes polaires, disparition de glaciers... a prévenu un rapport scientifique remis lundi à l'ONU.

À Bonn, les délégués négocient les règles d'application de l'accord de Paris (notamment sur la transparence des actions nationales), qui ne seront pas finalisées avant fin 2018 et la COP24. Ils doivent aussi lancer un «dialogue» d'un an pour préparer la révision des engagements climatiques nationaux, présentés par chaque pays avant la COP21.

«Côté négociations, il y a du progrès», a estimé la responsable climat de l'ONU Patricia Espinosa, à mi-parcours. «Côté action, on voit des signaux positifs, mais nous sommes aussi conscients qu'il y a un fossé à combler. Nous devons agir vite».

Mercredi et jeudi la COP sera plus politique. S'exprimeront notamment l'Allemande Angela Merkel, le Français Emmanuel Macron, les président gabonais Ali Bongo, guinéen et de l'Union africaine Alpha Condé, sénégalais Macky Sall, des Premiers ministres, nombre de ministres de l'Environnement et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Qu'en attendre?

L'«effrayant» bilan des émissions 2017 «montre qu'il faut plus que des discours chaleureux», dit Mohamed Adow, dont l'ONG Christian Aid défend les pays vulnérables. «Le charbon doit être abandonné, les (énergies) renouvelables accélérées».

«Dire qu'on reste dans l'accord de Paris, cela ne suffit pas», insiste Teresa Ribera, de l'Institut des relations internationales (Iddri). «Il faut expliquer comment on change les choses, «notre système électrique, les transports en ville» etc. Il y a beaucoup d'initiatives locales, mais les dirigeants on ne les entend pas».

Charbon «propre» ?

Des gouverneurs d'États américains sont venus présenter à la COP23 leur politique volontariste. Mais selon un rapport, cela ne compensera pas entièrement le désengagement fédéral décidé par Donald Trump.

Lundi soir, des responsables de l'administration Trump étaient à Bonn pour défendre les énergies fossiles, au cours d'une réunion qui a été perturbée par des défenseurs des énergies vertes.

«Il ne fait pas de doute que les énergies fossiles vont continuer à être utilisées», a déclaré George David Banks, assistant du président Trump pour l'énergie, entouré de représentants de l'industrie du charbon et du nucléaire. Mais «il est dans l'intérêt de tous que, lorsque des énergies fossiles sont utilisées, elles soient aussi propres et efficaces que possible», a-t-il ajouté, plusieurs fois interrompu par des militants aux cris de «menteurs!» ou «il n'y a pas de gaz propre!»

Interrogé dimanche sur cette réunion américaine, Frank Bainimarama, Premier ministre de Fidji, président de la COP23, avait accueilli l'initiative fraîchement. «Je ne veux pas me lancer dans un débat avec les États-Unis. Mais nous connaissons tous les effets du charbon, de son extraction et bien sûr de sa combustion, sur le climat».

McKenna gazouille contre le charbon

 La ministre fédérale de l'Environnement a lancé une flèche au gouvernement des États-Unis relativement à sa position procharbon dans le cadre des discussions sur le climat sous l'égide des Nations unies en Allemagne.

Catherine McKenna est à Bonn pour la COP23, dans le cadre de laquelle les pays travaillent à la mise en vigueur de l'Accord de Paris sur le climat et la reddition de comptes pour les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Lundi, il était surtout question du seul événement organisé par les États-Unis - qui ne sont plus engagés envers l'Accord de Paris - au cours duquel les responsables de l'administration Trump ont vanté les vertus du «charbon propre» et de l'énergie nucléaire comme solutions pour réduire les émissions, étant donné que la dépendance aux carburants fossiles dans le monde ne se dissipera pas du jour au lendemain.

L'événement a connu des embûches, alors que des manifestants occupaient largement l'espace dans la salle et ont interrompu les discussions pendant plus de 10 minutes avec une chanson.

Ayant déclaré son intention de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris, le président Donald Trump a dépêché George David Banks, son conseiller sur les questions d'énergie et d'environnement, pour être l'hôte de l'événement faisant la promotion du charbon, du gaz naturel et du nucléaire, en plus des technologies qui permettraient de réduire leur impact sur l'environnement.

L'Agence internationale de l'énergie anticipe que la demande mondiale pour le charbon et le gaz naturel ne diminuera pas au cours des 25 prochaines années, a affirmé M. Banks, lundi. Le charbon produit déjà les deux cinquièmes de l'approvisionnement mondial en énergie, et la construction de 1600 centrales au charbon additionnelles est prévue. Et d'ici 2040, l'Asie du Sud-Est générera la moitié de son électricité à partir de centrales au charbon.

«Sans doute, les carburants fossiles continueront d'être utilisés et nous ferions valoir qu'il est dans l'intérêt mondial de s'assurer que l'usage de carburants fossiles soit aussi propre et efficace que possible», a déclaré le délégué américain.

M. Banks a reconnu que la décision de promouvoir les carburants fossiles dans le cadre d'une conférence internationale sur les changements climatiques était «provocatrice», mais a argué que bien que les énergies renouvelables ont un bel avenir, la majeure partie de l'innovation nécessaire à stocker et à distribuer l'énergie venant des sources solaires et éoliennes était encore dans ses balbutiements.

Pendant ce temps, Mme McKenna faisait valoir les vertus des solutions de rechange au charbon dans une série de gazouillis en fort contraste avec la position des États-Unis.

«La combustion du charbon est responsable de 41 pour cent des émissions mondiales. La source unique la plus importante au monde. Éliminer graduellement le charbon constitue une occasion immense», a-t-elle écrit.

La ministre a ajouté que le charbon était «le plus puissant carburant fossile dans le monde», et qu'il fallait travailler tous ensemble pour faire la transition vers des formes d'énergie plus propres.

Quelque 23 pays, États et Villes ont déjà éliminé le charbon ou ont un plan pour y arriver, incluant le Canada - avec un échéancier d'ici 2030 -, a-t-elle souligné.

Plus tard cette semaine, Mme McKenna et la ministre britannique Claire Perry doivent démarrer une alliance visant à rallier d'autres pays à signer une promesse d'abandonner le charbon comme source d'énergie.




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