Le réchauffement climatique a un lourd impact sur la forêt boréale

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«Les modèles climatiques et les modèles associés aux conditions climatiques propices aux feux montrent que le risque de feu à travers le Canada est en train d'augmenter à cause des changements climatiques», explique Louis De Grandpré, chercheur en biologie forestière.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

L'impact du réchauffement climatique commence à peser lourd sur la forêt boréale, particulièrement sur la Côte-Nord.

Une trentaine de scientifiques provenant de plusieurs pays se réuniront d'ailleurs à Sept-Îles du 11 au 15 juillet à l'occasion d'une conférence de l'Union internationale des instituts de recherches forestières (UIIRF-IUFRO) non seulement pour discuter, mais aussi pour aller constater ces impacts sur le terrain.

Le choix de la Côte-Nord n'est pas un hasard: l'épidémie de tordeuse des bourgeons de l'épinette en cours offre aux scientifiques du monde entier un exemple des effets des changements globaux sur une infestation d'insectes.

«Les populations ont augmenté plus au nord qu'elles ne l'avaient fait dans les trois épidémies précédentes», explique Louis De Grandpré, chercheur en biologie forestière, en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Le climat (plus chaud) semble être plus propice à maintenir les populations de tordeuse plus au nord qu'il ne l'était avant. S'il ne fait pas assez chaud durant l'été, ça limite sa distribution vers le nord.»

M. De Grandpré souligne que les modèles climatiques prédisent une progression continue de l'insecte ravageur vers le nord avec le temps et le réchauffement.

Mais déjà, signale-t-il, la longévité de sa présence est du jamais-vu: «Auparavant, le climat faisait s'effondrer les populations parce qu'il faisait trop froid pour l'insecte (...) Là, sur la Côte-Nord, l'épidémie dure depuis 2006, ça fait déjà dix ans. Le climat semble favoriser le maintien des populations, ce qui n'était pas le cas auparavant.»

Cette présence persistante se traduit par des conséquences négatives sur la ressource, notamment une réduction de croissance du sapin - auquel la tordeuse s'attaque plus massivement que l'épinette - et, éventuellement, une mortalité prématurée à la suite d'une défoliation soutenue sur une période de trois à cinq ans.

«Dans certains peuplements plus affectés, on constate jusqu'à environ 20% de mortalité depuis 2006. Il y a une perte, si ce n'est pas récolté tout de suite», souligne M. De Grandpré qui ajoute que la récolte immédiate de peuplements morts n'est pas toujours possible en raison de l'étendue du territoire et, surtout, de l'épidémie.

Le chercheur s'inquiète également d'un autre effet pervers du réchauffement: la tordeuse s'attaque davantage au sapin parce qu'il débourre (ouverture de nouveaux bourgeons) plus rapidement que l'épinette noire. Or, l'insecte a tendance à s'adapter à son environnement.

«Maintenant que la tordeuse est plus au nord (où il y a plus d'épinette noire et moins de sapin), ça pourrait favoriser les individus qui émergent plus tard parce qu'ils seraient plus synchrones avec l'ouverture des bourgeons de l'épinette noire», note Louis De Grandpré.

Risque d'incendie accru

Cette intensification de la présence de la tordeuse a aussi un effet de cascade qui se traduit par un accroissement du risque d'incendies de forêt.

«Il y a une fenêtre temporelle où le risque de feu est plus grand à cause de la tordeuse; quand il commence à y avoir de la mortalité, des branches et du combustible fin vont tomber au sol, et ce bois plus sec, durant le temps où il se trouve au sol, augmente considérablement le risque de feu», fait-il valoir.

Il précise qu'on ne parle pas d'un risque permanent, mais tout de même présent sur une période prolongée.

«Si les conditions sont propices au développement d'un feu, il peut y avoir pendant quelques années un risque de feu plus grand. Mais ça ne dure pas dans le temps parce que ce bois pourrit rapidement et va s'imbiber d'eau.»

«Quand le couvert forestier s'ouvre à cause de la mortalité, la végétation pousse en sous couvert assez rapidement et ça peut diminuer le risque de feu», explique-t-il.

Mais, au-delà de la présence du combustible, le simple fait d'avoir des températures plus élevées représente en soi un accroissement du risque.

«Les modèles climatiques et les modèles associés aux conditions climatiques propices aux feux montrent que le risque de feu à travers le Canada est en train d'augmenter à cause des changements climatiques», avertit le chercheur.

Intitulée «Changements reliés au climat dans l'aire de répartition des ravageurs forestiers de la forêt boréale et leurs incidences écologiques, économiques et sociales» la conférence scientifique de Sept-Îles est organisée par des chercheurs du Service canadien des forêts (SCF) de Ressources naturelles Canada (RNCan) en collaboration avec l'Université du Québec à Montréal et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

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