L'accord de Paris à l'épreuve de la transition énergétique mondiale

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Des activistes manifestent pour réclamer que le Musée du Louvre annule ses contrats avec les géants du pétrole Total et Eni, à Paris, le 9 décembre.

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Céline SERRAT, Marlowe HOOD
Agence France-Presse
PARIS

En embarquant 195 pays dans la lutte contre le réchauffement de la planète, l'accord de Paris a fait naître de grands espoirs, mais pour qu'ils ne soient pas déçus, l'immense chantier de la transition énergétique mondiale doit décoller.

«Paris n'a pas sauvé la planète, mais a conservé les chances de sauver la planète», résume Bill McKibben, fondateur de 350.org, une organisation qui milite pour que les acteurs économiques (investisseurs, institutions, entreprises, etc.) se désengagent des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), responsables de 3/4 des émissions de gaz à effet de serre.

Après des années de négociations difficiles et dotés d'un objectif commun très ambitieux (limiter la hausse de la température mondiale bien en deçà 2 °C), les pays vont pouvoir aborder actions et solutions pour la production d'énergie, les transports, le bâtiment, l'agriculture.

Les évènements extrêmes et les records - comme l'annonce attendue mercredi pour 2015, année la plus chaude jamais enregistrée - ne manqueront pas de rappeler à chacun la nécessité de faire de l'action climatique un axe majeur des politiques économiques.

D'ailleurs, les puissants du monde entier aborderont cette semaine à Davos les risques liés au dérèglement climatique, et le sujet sera au menu du G20 cette année.

«L'année 2016 doit transformer "l'essai climatique" de la COP21 en amplifiant l'action sur le terrain», espère l'ex-ministre français Pascal Canfin, directeur général de WWF France.

«De plus en plus d'acteurs se mobilisent dans le déploiement de solutions, comme les énergies renouvelables ou l'efficacité énergétique», poursuit-il, car la «démonstration est faite qu'elles sont maintenant compétitives et comportent de nombreux co-bénéfices comme l'amélioration de la qualité de l'air».

S'ils représentent encore une petite fraction du marché mondial de l'énergie, solaire et éolien se déploient toujours davantage, de la Chine (1er investisseur dans les renouvelables) à l'Europe, en passant par les États-Unis et l'Afrique (Maroc, Éthiopie, etc.).

Le potentiel de la géothermie est aussi scruté: à la COP21, une alliance mondiale entre 36 pays et une vingtaine d'institutions a vu le jour.

L'Inde, tout en misant encore fortement sur le charbon, a de son côté lancé à Paris une «Alliance internationale du solaire» avec 120 autres pays.

«Résistance des lobbies pétroliers»

Amélioration des technologies, baisse des coûts et volonté politique: tout converge pour que les énergies «vertes» gagnent du terrain. Elles ont bénéficié en 2015 d'un montant record d'investissement de 300 milliards d'euros (près de 478 milliards de dollars).

Mais si le monde doit faire sa révolution énergétique, il faudra changer d'échelle. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que pour atteindre 50 % d'énergies renouvelables en 2050, quelque 32 000 milliards de dollars d'investissement seront nécessaires.

D'où des initiatives comme celle de Bill Gates à la COP21 («Breakthrough energy coalition») pour réunir des investisseurs privés autour de l'innovation technologique et la commercialisation de solutions.

Malgré ces signaux indiquant qu'une transition est en train de s'opérer, le monde est tellement dépendant des énergies fossiles que la bataille pour limiter le dérèglement climatique reste incertaine.

«Évidemment, cette transformation se heurte à de nombreux lobbies qui cherchent à préserver leur rente issue de l'économie fossile», souligne Pascal Canfin.

«Les industries gazières et pétrolières sont très riches et puissantes», relève aussi Alden Meyer de l'Union of concerned scientists, un centre de recherche basé à Washington.

D'autant que dans certains pays (Arabie saoudite, Venezuela, Nigeria, Algérie, Russie, etc.), les revenus pétroliers et gaziers représentent une énorme part du PIB.

«Transformer l'économie mondiale n'est pas une mince affaire, il va y avoir beaucoup de jeu politique, de résistance, une certaine inertie», prédit Saleemul Huq, un spécialiste du développement et conseiller de pays en développement.

«Mais l'accord de Paris requiert d'en passer par là», dit-il en comptant sur la capacité des premiers pays qui iront vers «une ère post-fossiles» à entraîner les autres.

«Il y a encore des dirigeants accrochés à cette vieille notion qu'il y a un nécessaire compromis entre développement et prospérité économiques d'un côté et action climatique de l'autre», regrette Alden Meyer, mais il y a aussi «une prise de conscience de plus en plus grande des coûts associés aux impacts» du réchauffement et «à l'inaction».

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