COP21: accord historique pour sauver la planète

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Le président français François Hollande, le ministre français des Affaires étrangères et président de la conférence Laurent Fabius et le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, samedi.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
PARIS

Paris, ville des révolutions, vient de vivre «la plus belle et sa plus pacifique des révolutions», a déclaré le président François Hollande samedi soir: après près de deux semaines de tractations intenses, les 195 États ont accepté sans objection un accord «historique» sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES), au terme de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP21.

Des activistes déguisés en ours polaires ont manifesté... (PHOTO ALAIN JOCARD, AFP) - image 1.0

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Des activistes déguisés en ours polaires ont manifesté près de l'Arc de Triomphe, le 12 décembre.

PHOTO ALAIN JOCARD, AFP

C'est la première fois que tous les pays s'entendent sur cet enjeu, alors que depuis plus de 20 ans, l'ONU tente en effet de les convaincre de se concerter pour réduire leurs émissions, qui contribuent au réchauffement de la planète, selon le consensus scientifique.

>>> Le texte de l'accord final

Le Canada a rapidement salué l'adoption de l'accord. Par l'entremise de son compte Twitter, le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, s'est dit «particulièrement enchanté que des cibles ambitieuses soient comprises dans cette entente».

«Oui, le 12 décembre reste une grande date pour la planète, a déclaré M. Hollande à la plénière finale samedi soir après l'adoption du texte. À Paris, il y a bien des révolutions depuis des siècles, mais aujourd'hui, c'est la plus belle et la plus pacifique des révolutions, la révolution pour le changement climatique. Vive les Nations unies! Vive la planète! Et vive la France!»

L'accord conclu représente un tour de force pour le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui présidait la Conférence.

À la surprise générale, au début d'une plénière attendue depuis le début de la journée et qui tardait encore pourtant à se mettre en branle, M. Fabius, a invité la COP21 à adopter le document, tout à fait banalement et sans aucun objection. Il a ainsi signé sa victoire, devant l'assemblée qui l'a ensuite acclamé.

«Je regarde la salle, je vois que la réaction est positive, je n'entends pas d'objection. L'Accord de Paris pour le climat est accepté», a-t-il déclaré avant d'être enterré sous les applaudissements.

Des clameurs et des applaudissements ont résonné partout dans les vastes hangars du Bourget, l'aéroport qui accueille la conférence. Même dans l'immense salle de presse, des journalistes ont poussé des cris et applaudi à l'annonce de l'adoption.

C'est une grande victoire pour la diplomatie française qui voulait à tout prix éviter l'échec de la conférence précédente à Copenhague en démontrant que les négociations multilatérales peuvent fonctionner.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a rendu hommage à M. Fabius devant toute l'assemblée des délégués samedi soir.

«C'est un succès monumental pour les peuples et la planète», a-t-il lancé.

Mais c'est aussi une victoire pour la diplomatie canadienne du jeune gouvernement Trudeau, qui y a fait un de ses premiers tours de piste, qui a joué sa partie et qui voulait marquer une rupture avec le précédent gouvernement Harper hostile à ce genre d'exercice.

La ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, avait même été choisie comme facilitatrice par Laurent Fabius pour rapprocher les parties.

Samedi soir, peu après l'acceptation de l'accord, tandis que la plénière se poursuivait, la porte-parole de la ministre a fait savoir qu'elle était «aux anges» devant l'issue de ce sommet fatidique.

L'accord de 31 pages qui entrera officiellement en vigueur en 2020 comportait pourtant de sérieux écueils qui ont mené à la confection de plusieurs ébauches.

Mais samedi, une journée après l'échéance prévue de vendredi, autant Laurent Fabius que François Hollande et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avaient exhorté les délégués à adopter l'accord, un accord «historique» selon eux, un accord de la dernière chance, en insistant sur l'urgence d'agir.

En cas d'échec, «les citoyens du monde, nos enfants ne le comprendraient pas, et je crois, ils ne le pardonneraient pas», avait affirmé M. Fabius en plénière samedi midi.

Le président François Hollande pour sa part affirmé que «l'Histoire est là» et qu'il fallait saisir cette chance.

En soirée après l'adoption, même des pays comme la Chine et les États-Unis qui ont été des négociateurs pugnaces ont par la suite vanté l'accord. Par la voix de son porte-parole en plénière, la Chine a dit que l'accord était «juste et équitable».

Le secrétaire d'État des États-Unis, John Kerry a d'abord félicité la France. Puis il a dit que cet accord «permettra d'assurer la transition vers une économie mondiale propre et d'empêcher les conséquences les plus dévastatrices des changements climatiques».

Le Venezuela, un producteur pétrolier dont l'obstruction était redoutée, s'est pourtant lui aussi joint au concert d'éloges.

«Nous reviendrons de Paris plein de vie et d'espoir, a dit sa représentante pendant la plénière. Nous sommes prêts à appuyer l'accord et appuyer ses responsabilités.»

L'entente a conservé l'objectif de contenir bien en-deçà de 2 degrés Celsius l'augmentation de la température moyenne, mais aussi de s'efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 degré, ce qui «réduit significativement les risques des impacts liés aux changements climatiques», a indiqué M. Fabius en s'adressant en plénière aux délégués, dans l'enceinte du Bourget.

Il faut «tout faire même pour être à 1,5 degré, parce que c'est notre responsabilité, parce que c'est l'enjeu décisif, parce qu'un réchauffement qui irait au-delà pourrait gravement atteindre les équilibres de la planète», a soutenu peu après le président François Hollande, qui a mis tout son poids dans la balance pour convaincre le délégués, lui qui joue son prestige et celui de son pays pour éviter un échec.

Le Canada s'était d'ailleurs rallié à de petits États insulaires afin que l'objectif de 1,5 degré soit retenu.

«L'accord est ambitieux, juste, équilibré, et reflète la position des parties, a déclaré M. Fabius. Il contient les principales avancées dont beaucoup pensaient qu'elles seraient impossibles à obtenir. Il est différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant.»

Tout au cours de ces longues négociations, la ministre canadienne Catherine McKenna avait d'ailleurs plaidé en faveur d'un accord «robuste». Le Canada recherchait justement un accord contraignant et durable pour toutes les parties, avec l'obligation juridique pour chaque pays de soumettre une cible.

Le Canada souhaitait aussi voir intégrées dans le texte des notions telles qu'une comptabilisation appropriée des émissions et les droits des peuples indigènes - des éléments qui apparaissent d'ailleurs dans l'accord.

L'entente prévoit notamment un financement minimal de 100 milliards US par an des pays développés pour aider les pays pauvres à lutter contre les changements climatiques, avec des mécanismes de révision à la hausse. Un nouvel objectif chiffré sera annoncé avant 2025.

L'accord reconnaît notamment la notion de justice climatique et de différenciation, c'est-à-dire les efforts financiers que les pays riches et pauvres doivent faire pour lutter contre les changements climatiques, en fonction de leurs responsabilités et leurs moyens.

Le texte contient aussi la révision à la hausse des engagements, c'est-à-dire un cycle quinquennal toujours à la hausse des engagements de réduction des gaz à effet de serre de chaque pays.

Mme McKenna s'était déjà réjouie «l'engagement à augmenter progressivement» cette cible tous les cinq ans, ainsi que l'engagement «à la transparence dans le processus de rapport et d'examen de chaque pays».

Mais il n'y a pas d'indication sur la date de la première révision des engagements des pays et rien sur la révision des efforts avant 2020.

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Le président français François Hollande et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon

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Hollande proposera aux pays volontaires de s'engager davantage avant 2020

Le président François Hollande a annoncé samedi à la tribune de la Conférence de Paris sur le climat qu'il proposerait aux «pays qui veulent aller plus vite» dans la lutte contre le changement climatique de revoir leurs engagements avant 2020.

«Dès demain, je ferai la proposition que les pays qui veulent aller plus vite puissent réactualiser avant 2020 tous leurs engagements», a déclaré le chef de l'Etat français.

L'accord prévoit une première révision obligatoire de réduction des émissions polluantes en 2025 mais cette date est jugée trop tardive par les ONG ainsi que nombre de scientifiques.

«Cet accord, votre accord, n'est pas un aboutissement, c'est un début», a encore lancé François Hollande devant l'assemblée plénière de la COP21, assurant que «la France mettra tout en oeuvre, non seulement pour appliquer cet accord (...) mais pour accélérer le mouvement».

«Je m'engage, au nom de la France, à réviser au plus tard en 2020 nos engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre», a-t-il enchaîné sous les applaudissements, répondant là-aussi à une demande de nombreuses ONG.

«Je m'engage à réviser la contribution financière, notamment pour les pays vulnérables», a-t-il poursuivi, évoquant leur «adaptation» au changement climatique.

«Je m'engage, avec d'autres pays, s'ils veulent nous rejoindre, à former une coalition pour aboutir à un prix du carbone» favorable aux investissements verts.

Rappelant que les Droits de l'homme et du citoyens avaient été proclamés à Paris en 1789, le président Hollande a assuré que la Conférence sur le climat avait «proclamé les droits de l'humanité».

«À Paris, il y a eu bien des révolutions depuis des siècles, mais aujourd'hui, c'est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d'être accomplie, la révolution pour le changement climatique», a-t-il conclu, chaleureusement applaudi.

- Agence France-Presse

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