Même à +2°, de grandes villes menacées par la montée des eaux

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Les projections prennent en compte la dilatation de l'océan quand il se réchauffe, la fonte des glaciers mais aussi la dégradation des calottes du Groenland et de l'Antarctique, irréversible au-delà d'un certain seuil.

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Catherine HOURS, Marlowe HOOD
Agence France-Presse
Paris

Shanghai, Bombay, ou Hong Kong: sous l'effet du dérèglement climatique, de grandes villes sont vouées, à long terme, à partiellement disparaître sous les eaux, même si le monde parvient à limiter le réchauffement planétaire à 2°C, soulignent des chercheurs américains dans un rapport publié dimanche.

À + 2°C, le niveau des mers continuera à s'élever, pour couvrir des territoires aujourd'hui peuplés de 280 millions de personnes, pointe l'étude de l'institut de recherche Climate Central, publiée à trois semaines de la conférence sur le climat de Paris. Mais à +4°C, le phénomène concernerait plus de 600 millions d'habitants.

«Un réchauffement de +2°C représente une menace pour l'existence à long terme de nombreuses grandes villes et régions côtières», souligne Ben Strauss, un des auteurs.

Mais les mesures prises pour réduire rapidement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, qui dérèglent le climat et persistent dans l'atmosphère, feront malgré tout une différence: «nous avons encore devant nous un vaste éventail de choix», ajoute le chercheur.

Deux cents ans (ce qui est peu probable) ou 2000, il est difficile d'estimer la vitesse à laquelle la mer va monter, souligne l'étude.

En tout cas, si les émissions continuent sur leur lancée, entraînant un réchauffement de +4°C, le niveau des océans gagnera 8,9 m (chiffre médian), avance le rapport.

Avec un réchauffement à +3°C, qui est la trajectoire tracée par les promesses actuelles des États pour freiner les émissions, les mers monteraient de 6,4 m, couvrant des zones de plus de 400 millions d'habitants aujourd'hui.

À +2°C, la mer gagne 4,7 m (3 à 6,3 m), et on passe à environ deux fois moins de personnes affectées. A +1,5°C maximum, objectif réclamé par les pays les plus vulnérables comme les petits États insulaires, l'élévation reste à 2,9 m et encore moitié moins de population concernée (137 millions).

L'Asie en première ligne 

En terme de population, la Chine serait en première ligne: à +4°C, la montée des eaux concernerait un territoire aujourd'hui peuplé de 145 millions de personnes, un chiffre divisé par deux à +2°C, selon cette étude, qui ne tient compte ni de l'évolution démographique ni de la construction d'infrastructures comme des digues.

Parmi les autres pays particulièrement affectés: Inde, Bangladesh, Vietnam, Indonésie, Japon, États-Unis, Philippines, Égypte, Brésil, Thaïlande, Birmanie, Pays-Bas... Parmi les villes principales, Hong Kong, Calcutta, Dacca, Jakarta, Shanghai, Bombay, Hanoi, Rio, Buenos Aires, New York ou Tokyo.

Un lien sur le site de Climate Central permet de visualiser les impacts, par grande ville côtière.

Un premier diagnostic sur les États-Unis, paru en octobre dans les Comptes-rendus de la revue Académie américaine des sciences, promettait l'engloutissement de Miami et la Nouvelle-Orléans.

Les projections prennent en compte la dilatation de l'océan quand il se réchauffe, la fonte des glaciers mais aussi la dégradation des calottes du Groenland et de l'Antarctique, irréversible au-delà d'un certain seuil.

D'une région à l'autre, cette élévation ne sera pas égale: «Dans la plupart des cas, elle peut se traduire en centimètres par siècle, mais les deltas et les zones urbaines» sont plus vulnérables, notamment parce qu'ils sont moins protégés par les sédiments.

L'étude se base notamment sur des données satellitaires sur les niveaux océaniques.

Plusieurs chercheurs contactés par l'AFP ont souligné sa validité.

«Il y a quelques erreurs par endroits, mais c'est le mieux qu'on puisse faire avec les données disponibles publiquement», estime Steven Nerem, de l'université du Colorado, qui a analysé la méthodologie de l'étude.

Jean-Pascal van Ypersele, du groupe international d'experts sur le climat (GIEC), évoque pour l'AFP «une étude solide».

Pour l'océanographe Ben Marzeion de l'université de Brême (Allemagne), l'étude montre que «le report de mesures peut faire peser un incroyable fardeau sur de très nombreuses générations à venir».

Depuis la Révolution industrielle, le monde a gagné 0,8°, un rythme inédit généré par les gaz issus pour l'essentiel des énergies fossiles. La communauté internationale s'est fixé l'objectif de rester sous les +2°C au total, et doit se retrouver le 30 novembre à Paris pour tenter de sceller un pacte universel permettant d'y arriver.

Ben Strauss, co-auteur de l'étude, veut croire qu'il sera «possible de changer, l'économie comme la politique»: «Certaines réunions historiques ont dessiné des frontières territoriales. La COP de Paris affectera la frontière globale entre terre et mer».

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