La fonte des glaciers du Groenland est sous-estimée

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«Quand les glaciers sont moins épais, ils perdent de l'altitude et sont davantage exposés à des masses d'air plus chaudes ce qui accroît l'ampleur de la fonte des glaces», souligne Amber Leeson.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
Washington

La fonte des glaciers du Groenland et ses conséquences sur la montée du niveau des océans seraient sous-estimées, mettent en garde des scientifiques dans deux recherches séparées publiées lundi.

Les modèles informatiques actuels sur l'évolution de ces glaciers «sont trop simplistes pour prédire de façon exacte la montée du niveau des océans dans le futur car ils pourraient fondre plus rapidement qu'on ne le pensait jusqu'alors dans un avenir proche», explique Beata Csatho, professeur de géologie à l'Université de Buffalo. Elle est le principal auteur de ces travaux parus dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Actuellement les climatologues s'appuient sur des simulations basées sur l'activité et l'évolution de quatre grands glaciers, Jakobshavn, Helheim, Kangerlussuaq et Petermann, pour leurs projections de fonte des glaces du Groenland, la deuxième plus importante masse glaciaire de la planète après l'Antarctique.

Ces chercheurs ont, avec des observations satellitaires, étudié près de 100 000 points de différentes altitudes sur l'ensemble des glaciers du Groenland et comment ils ont changé entre 1993 et 2012, permettant de saisir une image beaucoup plus complète de leur évolution sur une longue période.

Ils ont déterminé que de 2003 à 2009, période pour laquelle les données sont les plus précises, les glaciers du Groenland ont fondu de 243 milliards de tonnes par an faisant monter le niveau des océans d'environ 0,68 millimètres annuellement.

«De telles données sont essentielles pour élaborer et valider des modèles capables de prédire comment les glaciers pourraient évoluer et contribuer à la montée des océans au cours des prochains siècles», souligne Cornelis van der Veen, professeur à l'University du Kansas, un des co-auteurs de l'étude.

Une autre recherche, publiée lundi dans la revue britannique Nature Climate change, révèle que les prévisions en matière de disparition des glaces du Groenland n'ont pas jusqu'alors pris en compte l'action des lacs supraglaciaires.

Un réseau de canaux

Précédemment, l'impact de ces lacs dans la perte de glace était considéré comme négligeable. Mais cette nouvelle étude montre que de plus en plus de ces poches d'eau vont se former à l'intérieur des glaciers du Groenland au cours de la seconde moitié du siècle, altérant potentiellement l'écoulement dans les masses glaciaires et accélérant leur fonte.

«Les lacs supraglaciaux peuvent accélérer la vitesse à laquelle les glaciers fondent et notre étude montre que d'ici 2060 leur superficie totale va doubler au Groenland», explique Amber Leeson, de l'Université de Leeds au Royaume-Uni et l'un des principaux auteurs.

Les lacs supraglaciaux sont plus sombres que la glace, par conséquent ils absorbent davantage de chaleur du soleil, accroissant la fonte. Quand ils s'étendent, leur eau s'infiltre dans les fractures des glaciers, atteint leur socle ce qui peut accélérer leur glissement dans l'océan ainsi que leur désintégration, selon ces glaciologues.

«Quand les glaciers sont moins épais, ils perdent de l'altitude et sont davantage exposés à des masses d'air plus chaudes ce qui accroît l'ampleur de la fonte des glaces», souligne Amber Leeson.

Jusqu'à présent, ces lacs se forment à basse altitude à proximité des côtes du Groenland sur une bande d'environ cinquante kilomètres où il fait moins froid.

Les résultats de cette étude basée sur des observations de satellites de l'Agence spatiale européenne (ESA) et un modèle climatique, indiquent qu'avec la montée de la température résultant du changement climatique ces lacs supraglaciaires vont se former jusqu'à 110 km à l'intérieur du Groenland d'ici 2060, doublant la superficie couverte aujourd'hui.

Ces nouveaux lacs seront situés loin des côtes, par conséquent leurs eaux ne s'écouleront pas directement dans l'océan mais s'infiltreront à l'intérieur des glaciers, alimentant un réseau de canaux. Et cette eau lubrifiera davantage le socle des glaciers accélérant leur glissement vers la mer, expliquent les auteurs.

Sans prendre en compte ces lacs, les modèles prévoyaient jusqu'alors que la fonte des glaces du Groenland ferait monter le niveau des océans de la planète de 22 centimètres d'ici 2100.

Mais la contribution de l'Arctique à la montée des océans a été très sous-estimée, concluent ces chercheurs sans fournir de nouvelle estimation.

«Nos conclusions contribueront à améliorer la prochaine génération de modèles informatiques qui donneront des projections plus exactes des niveaux futurs des océans», concluent les chercheurs.

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