Climat: «Le temps des compromis est terminé»

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Selon la militante Naomi Klein, le public ne doit pas voir le réchauffement climatique comme un problème isolé des autres grands défis de notre époque afin d'être en mesure de s'y attaquer adéquatement.

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Dans son nouveau livre lancé cette semaine, l'auteure et militante canadienne Naomi Klein appelle à une mobilisation pour changer le «capitalisme débridé» qui plombe la lutte contre le réchauffement climatique. «Nous avons déjà perdu des décennies, dit-elle. Le temps des compromis est terminé.» La Presse l'a rencontrée.

Q: Votre nouveau livre, This Changes Everything, est un cri de ralliement pour la lutte contre le réchauffement climatique, et aussi un grand ras-le-bol envers les politiciens, dont les promesses ne se sont pas concrétisées.

R: Le temps des mesures volontaires, des partenariats, des discours, des promesses - c'est fini. Depuis que les gouvernements ont commencé sérieusement à parler de s'attaquer aux changements climatiques, en 1990, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 61%. Des études crédibles montrent que la fenêtre pour éviter les pires dégâts se refermera en 2017... Il faut passer à l'action et c'est la société qui doit se mobiliser.

Q: Pendant plusieurs années, des environnementalistes ont cherché à convaincre des géants comme ExxonMobil de faire une transition vers les énergies renouvelables, une démarche qui a échoué, dites-vous.

R: Il y a trois ans, j'ai reçu un rapport britannique qui avait été préparé pour les marchés financiers. Les auteurs montraient que les sociétés énergétiques possèdent les droits sur des réserves d'hydrocarbures représentant cinq fois le volume qui peut encore être brûlé avant d'atteindre un point de non-retour pour le climat. Ces quantités astronomiques de pétrole constituent essentiellement une déclaration de guerre contre la planète.

Quand j'ai lu ça, je me suis dit: «Nous sommes foutus.» Ça montre qu'Exxon a déjà conclu que la parole des gouvernements n'a pas de valeur, les limites sur l'utilisation des hydrocarbures ne seront pas appliquées. Et ils ont raison: les ententes conclues au sommet de l'ONU à Copenhague en 2009 sont des cibles volontaires. C'est à nous, à la société, de faire en sorte que le modèle d'affaires de compagnies comme Exxon ne fonctionne pas.

Q: Vous êtes aussi critique envers les groupes environnementaux qui tentent de trouver une solution qui inclut l'usage des hydrocarbures ou qui recommandent d'utiliser des ampoules moins énergivores...

R: Durant ma recherche, j'ai découvert que la plus grande organisation environnementale du monde, Nature Conservancy, exploite elle-même des puits de pétrole dans une réserve naturelle au Texas. Ça en prend beaucoup pour me scandaliser, mais ça, ça m'a scandalisée.

Q: Dans votre livre, on sent de la déception envers la présidence de Barack Obama, surtout autour de la crise économique de 2008-2009, qui aurait pu servir de tremplin pour une révolution verte.

R: La crise de 2009 est le plus grand acte manqué que j'ai pu voir dans ma vie adulte. Après son élection, Obama avait un chèque en blanc pour monter un stimulus économique. Des milliards et des milliards étaient envoyés aux banques, sans condition. Au même moment, les constructeurs automobiles de Detroit faisaient faillite et demandaient au gouvernement de les sauver. Obama venait de gagner avec une majorité claire, en faisant campagne sur une plateforme de changement, incluant la lutte contre les changements climatiques et le grand projet de rebâtir la classe moyenne. Et il avait le Congrès de son côté... (Pause). Je pourrais pleurer rien qu'à y penser (rires)!

Nos politiciens ont grandi dans un monde néolibéral où l'État ne doit rien dicter aux entreprises. Obama ne voulait pas s'occuper du dossier des compagnies automobiles ou des banques, il voulait que le problème se règle, point. Il disait: «Je ne vais pas dire aux banquiers comment faire leur travail.» Eh bien, pourquoi pas? Ils viennent de détruire l'économie mondiale!

Ça nous prend un changement idéologique. Je crois que c'est plus facile à comprendre au Québec, car ici, il y a déjà un débat sur l'idéologie. Les gens savent que le néolibéralisme existe, qu'il ne fait pas l'unanimité... Aux États-Unis et au Canada anglais, le néolibéralisme est si dominant que les gens ont du mal à même imaginer qu'une autre façon de faire les choses est possible.

Q: Mardi prochain aura lieu à New York le sommet de l'ONU sur la lutte contre les changements climatiques. Avez-vous espoir de voir les choses changer?

R: J'ai espoir parce que nous avons un mouvement authentique de gens qui veulent du changement. Avant le sommet, il y aura à New York ce qui pourrait être la plus grande marche jamais organisée dans le monde sur le climat. Ils vont avoir une «alarme climatique», où les cloches des églises et autres vont toutes sonner en même temps. Aussi, il faut lier la question des changements climatiques à d'autres questions qui touchent la vie des gens, comme la santé, l'emploi, les inégalités... Si le public voit le réchauffement climatique comme un problème à part, isolé des autres grands défis de notre époque, nous sommes cuits.




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