Des centrales électriques américaines émettant 30% moins de CO2

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Les centrales électriques génèrent environ un tiers de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis.

PHOTO CHARLIE RIEDEL, ARCHIVES AP

Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
WASHINGTON

Barack Obama passe à l'offensive sur le climat : dans l'impasse au Congrès, il met en place de nouvelles normes sur les émissions des centrales électriques, visant en particulier le charbon, énergie fossile la plus émettrice de gaz à effet de serre.

L'Agence de protection de l'environnement (EPA) a dévoilé lundi ses propositions pour une réduction drastique des émissions de CO2 pour l'ensemble des centrales électriques existantes : baisse de 30 % d'ici 2030 par rapport à 2005.

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«En encourageant les énergies plus propres et en réduisant le gaspillage énergétique, ce programme rendra l'air que nous respirons plus sain tout en contribuant à ralentir le changement climatique», a commenté sa directrice, Gina McCarthy, évoquant «une obligation morale» d'agir.

Les centrales électriques génèrent environ un tiers de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis.

Même si le gaz naturel monte en puissance, le charbon reste une composante essentielle du paysage énergétique américain. Les centaines de centrales à charbon réparties sur le territoire fournissent environ 37 % de l'électricité du pays, devant le gaz naturel (30 %) et le nucléaire (19 %).

Le programme, salué comme une étape majeure par les ONG environnementales, mais contre lequel nombre de républicains sont vent debout, devrait entraîner, à moyen terme, la fermeture de nombreuses centrales à charbon, dont plus de la moitié ont au moins 40 ans.

L'EPA prévoit de finaliser sa réglementation d'ici un an. Chaque État devra ensuite lui proposer, d'ici juin 2016, son plan d'action détaillé lui permettant d'atteindre l'objectif fixé.

Dès dimanche, la responsable climat de l'ONU, Christiana Figueres, avait estimé que ce projet enverrait «un signal positif» à tous les pays du monde entier, en démontrant que «l'un des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre prend l'avenir de la planète et de ses habitants au sérieux».

Les États-Unis se sont engagés en 2009 à réduire, d'ici 2020, leurs émissions de gaz à effet de serre de 17 % par rapport à leur niveau de 2005.

Mais le climat est un dossier politiquement sensible dans le pays : les républicains, qui contrôlent une partie du Congrès, s'opposent à toute nouvelle loi, certains contestant la réalité du changement climatique, d'autres la responsabilité des activités humaines.

Paralysée au niveau législatif, la Maison-Blanche a décidé d'agir au niveau réglementaire, par le biais de l'EPA, en s'appuyant sur la Loi sur la propreté de l'air (Clean Air Act), une approche décriée par certains industriels qui agitent le spectre de pertes massives d'emplois.

Blocage devant les tribunaux ou le Congrès?

Parmi les pistes envisagées, la mise en place de systèmes de quotas d'émissions de CO2, afin d'encourager les groupes énergétiques à investir dans des énergies alternatives ou des technologies moins polluantes : ceux qui émettent plus que le plafond fixé doivent acheter des quotas supplémentaires sur le marché, ceux qui émettent moins peuvent, à l'inverse, en revendre.

Un marché régional existe déjà dans le nord-est des États-Unis et rassemble une dizaine d'États, allant du Maine au Maryland. Une initiative similaire a été lancée en Californie.

Obama a tenté de mettre en place ce système de quotas au niveau fédéral, mais s'est heurté à l'hostilité du Congrès où le projet de loi a été rejeté. Samedi, lors de son allocution hebdomadaire, il a défendu cette approche : «Nous limitons les quantités de produits chimiques toxiques - tels que le mercure, le soufre et l'arsenic - que les centrales peuvent rejeter dans l'air ou l'eau. Mais elles peuvent rejeter des quantités illimitées de CO2 dans l'air. Cela n'a pas de sens».

Pour Andrew Steer, président du World Resources Institute, cette annonce représente «une avancée capitale» qui va de façon significative «accélérer les investissements dans les énergies propres aux États-Unis».

Alden Meyer, de l'Union of Concerned Scientists, estime de son côté que la mise en place de normes sur les centrales thermiques, «pièce centrale» de la stratégie climat de Barack Obama, sera scrutée avec énormément d'attention à l'étranger, à l'approche de la Conférence internationale sur le climat de Paris fin 2015.

Sur le fond, bien sûr, mais aussi les réactions qu'elle provoquera dans la classe politique et au sein de la société américaine : «Cette initiative survivra-t-elle aux tentatives de blocage devant les tribunaux ou le Congrès? Sera-t-elle soutenue par le prochain président?»

Interrogé sur la démarche de l'EPA, le républicain John Boehner, président de la Chambre des représentants, a affiché clairement la couleur. «Je ne suis pas qualifié pour parler des raisons scientifiques du changement climatique», a-t-il lancé. «Mais je suis assez malin pour comprendre que toutes les initiatives de cette administration sur le changement climatique reviennent à faire du mal à notre économie et à tuer des emplois américains».




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