Le Jour de la Terre à l'heure de la radicalisation

Une marche pour le Jour de la Terre... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Une marche pour le Jour de la Terre avait lieu dimanche à Montréal.

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Cela fait plus de 15 ans, depuis l'adoption du protocole de Kyoto, qu'il n'y a aucun progrès politique dans le dossier climatique. Au contraire, le seul traité international contraignant dans le domaine du climat est mort l'an dernier sans laisser de descendant. Le Canada lui a donné le coup de grâce en devenant le seul pays à s'en retirer. Et depuis 15 ans, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. En fait, elles n'ont jamais augmenté si vite que dans les années 2000.

Tout est en place pour une radicalisation des mouvements écologistes, et c'est ce qu'on constate.

Les groupes autochtones d'Amérique du Nord ont promis de lutter par tous les moyens contre les projets de pipelines. Des scientifiques réputés entrent dans l'arène politique. Et les tactiques de désobéissance civile sont jugées de plus en plus acceptables par une partie du mouvement écologiste et certains observateurs.

«On va assister à une montée de mouvements plus radicaux face aux sables bitumineux et aux projets de pipelines cette année, affirme Steven Guilbeault, d'Équiterre. Ça va de plus en plus mal de plus en plus vite. Et les gens comprennent que la réponse politique globale est totalement inadéquate.»

En février, Michael Brune, le directeur général de l'une des plus vieilles organisations écologistes américaines, s'est fait arrêter après s'être enchaîné aux grilles de la Maison-Blanche en signe de protestation contre le projet de pipeline Keystone XL. C'était la première fois en 120 ans d'existence que le Sierra Club encourageait et participait à une tactique de désobéissance civile.

Dans une lettre ouverte au New York Times, M. Brune a évoqué la «fière tradition de désobéissance civile aux États-Unis» qui a servi à «renforcer nos valeurs les plus fondamentales». Trois semaines plus tard, à la veille d'une grande manifestation contre Keystone, la tactique a reçu un appui de Thomas L. Friedman. Le chroniqueur centriste du Times encourageait le militant Bill McKibben et son organisation, 350.org, à «faire les fous». «Je parle de fou comme s'enchaîner à la Maison-Blanche et bloquer la circulation au Capitole», a-t-il écrit.

Michael Brune avait été arrêté en compagnie de James Hansen. Le célèbre climatologue a récemment pris sa retraite de la NASA parce qu'il veut «aider à faire comprendre au public l'urgence d'agir contre les changements climatiques».

Un autre scientifique réputé a lui aussi sauté dans l'arène publique récemment. Un des plus réputés climatologues canadiens, Andrew Weaver, est candidat du Parti vert à l'élection provinciale de Colombie-Britannique du 14 mai prochain.

«En 2009, j'ai été interviewé pour le documentaire Revolution de Rob Stewart et j'ai dit que les scientifiques avaient fait leur travail et que c'était au tour des politiciens, relate M. Waever en entrevue avec La Presse. Nous sommes en 2013 et nous sommes toujours enlisés. J'ai passé 25 ans de ma vie à étudier et expliquer la science. Maintenant, je crois que comme scientifique je dois en faire plus. Et il y a combien de scientifiques en politique? Marc Garneau et c'est à peu près tout?»

Sa position sur les sables bitumineux est plus nuancée que celle de James Hansen, pour qui leur exploitation est «la fin de partie pour le climat».

«Les sables bitumineux sont une ressource remarquable, mais cela ne veut pas dire qu'il faut se précipiter pour les exploiter le plus vite possible, dit M. Weaver. C'est comme si on dépensait tout notre héritage sur un gros party. Et il y a tellement de choses qui clochent avec leur exploitation actuellement en matière de pollution.»

Une position nuancée qui l'empêche de faire comme plusieurs autres et saisir les projets de pipelines comme symboles d'une lutte plus grande pour stabiliser le climat. «Je ne suis pas contre les sables bitumineux, dit-il.

Pour moi, ils sont le symptôme d'un mal plus grand, soit notre dépendance aux hydrocarbures.»

Pour l'écosocioloque Laure Waridel, l'engagement de scientifiques est révélateur. Il s'est concrétisé d'ailleurs hier dans la participation à la Marche pour la Terre, dont elle est porte-parole. Pour sa deuxième année, l'événement appelle à «stopper le développement des énergies fossiles».

«C'est intéressant de voir qu'on a rallié des groupes de scientifiques, de médecins et des syndicats même si le thème est plus radical que l'an dernier, dit Mme Waridel. C'est la manifestation de quelque chose de beaucoup plus profond. Les scientifiques réalisent que de partager leurs connaissances n'est pas assez. Il faut qu'ils se mobilisent autrement.»

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