Bopha: cri du coeur philippin à Doha

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Le sud des Philippines vient d'être dévasté par le typhon Bopha, qui a fait jusqu'ici plus de 500 morts, 400 disparus et 200 000 sans-abri.

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Claire SNEGAROFF
Agence France-Presse
Doha

«Plus de retard, plus d'excuses» : frappées par un typhon dévastateur, les Philippines ont lancé à Doha un appel à l'action jeudi, veille de la clôture des négociations sur le climat qui butaient toujours sur l'aide financière que les pays du Sud demandent aux nations développées.

«Je lance un appel au monde entier, aux dirigeants du monde entier : ouvrez les yeux et regardez la réalité en face», a déclaré le chef de la délégation de l'archipel, Naderev Sano, aux représentants de plus de 190 pays.

Le sud des Philippines vient d'être dévasté par le typhon Bopha, qui a fait jusqu'ici plus de 500 morts, 400 disparus et 200 000 sans-abri.

«C'est un retour brutal à la réalité pour ma délégation, sur la réalité du changement climatique, a déclaré le délégué philippin. Et alors que nous sommes assis ici, que nous hésitons et différons les décisions, le bilan des morts augmente.»

«S'il vous plaît, plus de retard, plus d'excuses. S'il vous plaît, faites de Doha l'endroit dont on se souviendra comme celui où nous avons trouvé la volonté politique de faire avancer les choses», a poursuivi M. Sano, qui a fini son allocution sous des applaudissements nourris.

Dans la nuit de vendredi à samedi, les délégations ont multiplié les consultations pour parvenir à un accord, lequel, quelle que soit sa teneur, sera loin d'apporter une réponse à la hauteur du défi des changements climatiques.

L'un des dossiers les plus épineux restait jeudi après-midi la question de l'aide financière que les pays du Sud attendent des pays développés pour faire face aux effets du réchauffement.

Ils demandent 60 milliards de dollars d'ici à 2015 pour assurer une transition entre l'aide d'urgence décidée en 2009, de 30 milliards de dollars pour 2010-2012, et la promesse des 100 milliards par an d'ici à 2020.

Or, pour l'heure, les grands bailleurs de fonds que sont les États-Unis, l'Union européenne dans son ensemble ou encore le Japon n'ont posé aucun montant sur la table des négociations.

«Les pays en développement s'inquiètent du fait qu'ils doivent chaque année revenir sur ce sujet et ne pas avoir de vision d'ensemble jusqu'en 2020», a expliqué Steve Herz, de l'ONG américaine Sierra Club, qui a principalement mis en cause les États-Unis pour ce blocage.

«Ils bloquent les travaux sur les finances à long terme, ne proposent pas d'objectifs à moyen terme et ne sont même pas prêts à s'engager sur une poursuite du versement de l'argent public engagé dans l'aide d'urgence», a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Cette question risque de bloquer les progrès sur les autres grands dossiers en négociation à Doha, notamment sur l'acte 2 du protocole de Kyoto, dont les détails n'étaient pas encore réglés non plus.

«Un accord sur Kyoto décidera du succès de cette conférence», a déclaré le ministre des Affaires étrangères de Nauru, Kieren Keke, qui préside l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS), particulièrement vulnérables aux changements climatiques.

Sa portée ne sera que symbolique puisque les engagements, essentiellement ceux de l'UE et de l'Australie après le désistement du Japon, de la Russie et du Canada, ne concerneront que 15 % des gaz à effet de serre (GES) globaux.

Mais les pays en développement insistent pour garder en vie cet instrument qui oblige les pays du Nord à agir, au nom de leur «responsabilité historique» dans les changements climatiques.

De nombreux pays du Sud, AOSIS en tête, insistaient pour que Kyoto 2 dure cinq ans, et non huit comme le veut l'UE, afin de ne pas figer trop longtemps des ambitions de réduction de GES jugées trop faibles. «Ce point est quasiment réglé», a déclaré à l'AFP un négociateur européen.

Il reste encore à s'entendre notamment sur la question du surplus de quotas d'émissions de GES hérités de Kyoto 1 que les pays de l'ex-bloc de l'Est comme la Pologne veulent voir reconduits.

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