Les mondes polaires en mutation

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L'océanographe Louis Fortier est le directeur d'ArcticNet, le... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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L'océanographe Louis Fortier est le directeur d'ArcticNet, le réseau de recherche canadien sur l'Arctique. C'est aussi l'homme derrière l'Amundsen, brise-glace scientifique canadien lancé en 2003 et sur lequel il posait ici en 2006.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

Charles Côté
La Presse

Un congrès mondial sur les mondes polaires se tient à Montréal à partir de lundi. Plus de 2500 participants et près de 100 exposants sont attendus. C'est le chapitre final d'une aventure scientifique démarrée en 2007 avec l'Année polaire internationale. L'ambition était de susciter une poussée de projets de recherche sans précédent sur ces mondes en mutation. La Presse a interviewé Louis Fortier, de l'Université Laval, un des plus grands spécialistes de l'Arctique. M. Fortier prononcera une des cinq conférences principales du congrès.

Q: Quelle est l'importance des recherches qui seront présentées cette semaine à Montréal?

R: L'Année polaire internationale, qui s'est étalée en fait sur 2007 et 2008, est la quatrième de l'histoire. La précédente était en 1958. Dans le contexte du changement climatique, c'était important qu'on présente cet événement de nouveau. Le Canada a vraiment joué un rôle de leader, avec de nouveaux investissements de 150 millions, pour 20 grands projets scientifiques, dont 9 ont été réalisés sous l'égide d'ArcticNet.

Q: Quelles sont les recherches qui se démarquent?

R: La plus importante recherche a porté sur la polynie circumpolaire. La polynie, c'est une ouverture dans la glace qui subsiste toute l'année. La glace de mer pivote et celle attachée à la terre est fixe, alors il y a toujours des fissures qui se forment. À bord de l'Amundsen, on a étudié l'écosystème qui s'y forme. Un autre grand projet, encore là sur l'Amundsen, a été de terminer l'étude sur la santé des Inuits.

Q: Comment ces recherches peuvent-elles influencer les décisions futures au sujet de l'Arctique?

R: L'hivernage de l'Amundsen dans la mer de Beaufort en 2007-2008 nous a permis de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes. Par exemple, on a observé que, l'hiver, la morue arctique fuit les phoques en plongeant en profondeur. Elle se rassemble en grands bancs à la marge du plateau continental. C'est une information importante parce que c'est là qu'on envisage de faire de l'exploration pétrolière. L'Office national de l'énergie devra en tenir compte avant d'autoriser des forages dans la mer de Beaufort.

Q: Quels changements prévoit-on dans l'environnement polaire?

R: La disparition de la banquise va toucher toutes les espèces arctiques. Tout l'écosystème va basculer vers un nouvel équilibre. Ça va être fini, les ours polaires, les phoques, l'omble arctique et le reste. Les espèces actuelles vont être remplacées par d'autres, venues du Sud. L'écosystème va être plus productif, mais différent. Les services traditionnels sur lesquels comptent les Inuits vont être touchés. Et les gens du Sud vont en profiter. Si la morue arctique est remplacée par la morue atlantique, les grands chalutiers vont les suivre. On peut dire la même chose pour le pétrole et les autres ressources minérales.

Q: Y a-t-il des signes montrant que l'Arctique est plus accessible?

R: Il y a déjà beaucoup plus de navigation. Il y a eu 54 transits par le passage du Nord-Ouest en 2010, alors qu'entre 1904 et 2004, il y en avait eu environ 60 en tout. En 2010, il y a eu trois échouages, dont celui du Clipper Adventurer. Et c'est l'Amundsen qui est venu le secourir. On est à peu près sûrs que le trafic va se développer de façon importante, alors il faut s'y préparer.

Q: Quel est le but du congrès de Montréal?

R: C'est un peu la conférence de clôture de l'Année polaire internationale. Notre but est d'aller de la connaissance vers l'action, dans un contexte de changement climatique. On fait de la recherche pour trouver les solutions pour les gens là-bas. C'est la partie la plus difficile: bien arrimer ce que les scientifiques ont à dire avec ce que les stratèges et décideurs ont à faire.

Q: Le gouvernement Harper a été critiqué récemment pour avoir diminué le financement de la station d'observation atmosphérique PEARL, dans l'extrême Nord canadien. Est-ce justifié?

R: D'un côté, je ne comprends pas qu'on veuille faire des économies de bouts de chandelle avec cette station. Mais de là à lapider le gouvernement, alors qu'ils ont mis 85 millions pour remettre à niveau une vingtaine de stations dans l'Arctique, il y a une marge. À ArticNet, on aime beaucoup le projet de construction de la station du Haut-Arctique canadien à Cambridge Bay. On investit plusieurs centaines de millions pour cette immense base de recherche et de logistique. Il faut aussi parler du brise-glace de classe polaire qui va être inauguré en 2018. C'est un investissement de 1 milliard. Pour le gouvernement conservateur, l'intention est d'affirmer la souveraineté canadienne, mais cela aura des retombées scientifiques très importantes.

Q: Une foire commerciale sur le Plan Nord précède immédiatement votre congrès. Que pensez-nous de ce projet du gouvernement Charest?

R: Moi, je l'aime, le Plan Nord. Je suis apolitique. J'ai regardé les 80 propositions du plan. Dans la plupart des cas, les initiatives sont bien pensées. Pour une fois, les ministères ont fait leurs devoirs. Le gouvernement sait qu'il a besoin de plus d'information scientifique et il se prépare à répondre à ces questions avec les universités. La Russie tire 20% de son PNB du Grand Nord. Pourquoi ne pas faire la même chose? C'est vrai qu'il y a des gens qui habitent là, mais on peut satisfaire leurs besoins. On est une société assez riche économiquement et en matière de connaissances pour le faire correctement.

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