Réchauffement climatique: 2017, le point de non-retour

Selon l'AIE, si les tendances actuelles se confirment,... (Photo: Pawel Kopczynski, Reuters)

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Selon l'AIE, si les tendances actuelles se confirment, le charbon détrônera le pétrole et redeviendra la source dominante d'énergie en 2035, comme au XIXe siècle. Sur la photo, la centrale de Jaenschwalde en Allemagne.

Photo: Pawel Kopczynski, Reuters

Les prédictions sur le réchauffement climatique semblent parfois concerner un avenir lointain, mais selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), il ne reste que cinq ou six ans pour empêcher des changements catastrophiques.

En 2017, selon le rapport annuel de l'Agence, il y aura suffisamment de centrales thermiques et d'installations pétrolières pour faire en sorte que la planète se réchauffe de plus de 2ºC, limite au-delà de laquelle les conséquences pourraient être catastrophiques, selon les scientifiques.

«Quand on regarde l'infra- structure existante du secteur énergétique et qu'on regarde les investissements actuels et prévus, on voit qu'il y a un risque que le secteur énergétique s'enferme dans une situation sans grande marge de manoeuvre», affirme l'économiste en chef de l'Agence, Fatih Birol.

Le rapport rappelle le consensus scientifique et politique selon lequel il faut limiter à 450 parties par million le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère pour qu'il y ait au moins 50% de chances que le climat se stabilise après un réchauffement de 2ºC.

L'AIE présente deux autres scénarios; dans le premier, les tendances actuelles se poursuivent et le réchauffement atteint 6ºC, et dans le deuxième, certaines mesures sont mises en place et le réchauffement atteint 3,5ºC.

L'AIE note que «peu de signes laissent penser que le changement d'orientation nécessaire des tendances énergétiques mondiales est amorcé» et souligne que «les subventions encourageant la surconsommation de combustibles fossiles ont dépassé 400 milliards» en 2010.

«C'est inquiétant de voir que les subventions à l'industrie fossile continuent d'augmenter alors que le G20 avait proposé de les abolir en 2009, dit Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA). Au Canada c'est toujours 1 milliard par année, alors que les programmes pour l'éolien et l'efficacité énergétique dans les maisons sont abolis ou menacés de l'être.»

Selon l'AIE, si les tendances actuelles se confirment, le charbon détrônera le pétrole et redeviendra la source dominante d'énergie en 2035, comme au XIXe siècle.

Pour stabiliser le climat, il faut au contraire que la consommation de charbon diminue à partir de 2020, souligne l'Agence.

Les technologies évoquées pour diminuer l'impact néfaste du charbon, comme la capture et la séquestration du carbone, n'ont pas d'impact sur la période considérée, selon l'Agence, parce qu'elles ne sont pas encore éprouvées et elles coûtent cher.

Par ailleurs, le nombre d'automobiles devrait doubler d'ici 25 ans, ce qui fera augmenter la demande en pétrole. Il faudra mettre en production l'équivalent du double du pétrole actuellement produit par le Moyen-Orient. Le Canada fait partie de ces nouvelles sources avec ses sables bitumineux, indique l'Agence.

On souligne au passage que l'énergie est mal répartie: 1,3 milliard de personnes n'ont pas l'accès à l'électricité et 2,7 milliards utilisent toujours la «biomasse traditionnelle» (bois, bouse séchée) pour cuire les aliments.

À moins, encore une fois, de décisions politiques, cette situation ne changera pas beaucoup, en dépit de l'investissement prévu de 38 000 milliards dans les systèmes énergétiques d'ici 25 ans.

Une fortune qui doit être dépensée différemment, selon Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki. «Si on prenait tout cet argent pour prendre un virage vers des énergies vertes, on aurait une chance de sauver le climat, dit-il. Ou bien on agit maintenant, ou bien on attend encore, ça coûte plus cher et c'est plus risqué.»

«Pendant ce temps, le gouvernement fédéral fait la promotion des sables bitumineux, ajoute-t-il. C'est dommage parce qu'on aurait pu exploiter cette ressource dans un contexte où il y aurait une taxe sur le carbone. Le Canada aurait pu prétendre être un pays responsable et vendre du pétrole réellement éthique.»

Steven Guilbeault, d'Équiterre, trouve les constats de l'AIE «déprimants» dans le contexte politique nord-américain actuel, qui remet toujours à plus tard l'action contre les changements climatiques. «On voit l'une des organisations les plus crédibles et conservatrices de la planète aller contre le discours de droite et nous dire: Il faut agir maintenant, plus on attend, plus ça va coûter cher. Je ne sais pas ce dont la droite républicaine et les conservateurs ont besoin de plus pour comprendre. Ce n'est pas juste Équiterre ou Greenpeace qui le dit.»




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