Forum de l'eau: les «alternatifs», la voix des démunis

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Une affiche qui indique « la privatisation, non merci !», à Istanbul.

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Nicolas Cheviron
Agence France-Presse
Istanbul

Défenseurs des droits de l'Homme ou militants environnementalistes, syndicalistes ou activistes d'extrême-gauche, les «alter-forumistes» ont débarqué à Istanbul pour dénoncer en marge du 5e Forum mondial de l'eau l'accaparement des richesses aqueuses par les multinationales.

«La rétrogation des citoyens au rang de clients est un désastre, surtout pour les plus pauvres parce qu'elle les exclut, les marginalise»: dès l'ouverture samedi de «l'anti-forum de l'eau», l'économiste espagnol Pedro Arrojo a donné le ton, critiquant le néolibéralisme ambiant et la privatisation des services de l'eau.

Plus alarmiste, l'écrivain britannique Jonathan Neale, militant de la lutte contre le réchauffement climatique, a décrit les contestataires réunis dans des locaux de l'université de Bilgi, à quelques centaines de mètres du Forum «officiel», un avenir apocalyptique.

«Quand se produit un changement climatique massif et que l'eau est gérée comme elle l'est les conséquences sont la famine -des centaines de millions de personnes vont mourir-, les réfugiés -nous allons en avoir des centaines de millions- et la guerre -nous vivions au temps des guerre du pétrole, nous allons vivre les guerres de l'eau», a-t-il prédit.

Venus du monde entier, les militants du non à la marchandisation de l'eau avaient jusqu'à dimanche pour échanger leurs expériences dans la «gestion écologique de l'eau» ou débattre sur le thème de l'«eau et des femmes».

Leur point de ralliement: un même mépris pour le «vrai» Forum de l'eau, qui réunit depuis lundi et pour une semaine quelque 28 000 participants dont de nombreuses délégations ministérielles et d'entreprises, des associations et des universitaires.

«L'autre Forum est une institution représentant les forces capitalistes et les gouvernements, les gens qui veulent faire de l'argent avec l'eau», accuse Wilfred D'costa, un syndicaliste indien interrogé au milieu des étals vendant les oeuvres complètes de Léon Trotski, des «pogaça» -petits pains au fromage turcs- ou encore les rapports d'Amnesty International.

Membre d'une association écologiste japonaise, Aoi Horinchi a assisté aux deux Forums avant de choisir son camp.

«Là-bas, j'ai assisté aux sessions consacrées aux finances. Ils parlaient des moyens les plus efficaces pour faire payer les factures même par les gens les plus pauvres», a raconté le jeune homme avec une mine dégoutée.

Deux autres «alternatifs» infiltrés au Forum «officiel» ont été abondamment applaudis par leurs pairs samedi: deux jeunes femmes, arrêtées par la police puis expulsées de Turquie pour avoir déroulé lors de la cérémonie d'ouverture une banderole dénonçant les dangers de construction de barrages.

Les militants doutaient de l'issue des efforts de certains pays pour faire inscrire dans la déclaration ministérielle finale du Forum l'accès à l'eau comme un «droit» et non comme un simple «besoin».

«Je doute qu'ils parviennent à un résultat. Au Mexique déjà (lors du 4e Forum, en 2003), certains pays d'Amérique latine défendaient l'accès à l'eau comme un droit humanitaire. Finalement, il y a eu deux déclarations», a souligné Gökçen Sahin, membre d'une association turque de lutte contre le réchauffement climatique.




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