Premier succès pour un fermier péruvien contre un géant de l'énergie

Saul Luciano Lliuya, agriculteur et guide de haute... (PATRIK STOLLARZ, ARCHIVES AFP)

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Saul Luciano Lliuya, agriculteur et guide de haute montagne, a décidé en 2015 d'attaquer RWE en justice au motif que le groupe allemand est l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, bien qu'il n'ait aucune centrale au Pérou. On le voit ici photographié en 2016, alors qu'il se rendait à la cour à Essen, en Allemagne.

PATRIK STOLLARZ, ARCHIVES AFP

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Peter WIRTH, Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
Hamm et Berlin

La justice allemande a franchi un pas inédit en acceptant jeudi d'examiner la requête d'un paysan péruvien, qui veut contraindre le géant de l'énergie RWE à réparer les effets du changement climatique dans les Andes.

La bataille aussi personnelle que symbolique entreprise par ce fermier « est recevable », a décidé la cour d'appel de Hamm (nord), alors que la même demande avait été d'emblée balayée en 2016 en première instance.

Les magistrats ont ordonné une série d'expertises pour établir le lien entre les rejets polluants de RWE et les dommages constatés au quotidien par Saul Luciano Lliuya, agriculteur et guide de haute montagne à Huaraz, dans le nord du Pérou.

Cette décision n'équivaut pas à donner raison à ce père de deux enfants, qui avait attaqué RWE en justice en 2015 au motif que le groupe allemand est l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, bien qu'il n'ait aucune centrale au Pérou.

Mais en faisant entrer la procédure dans la phase suivante, la cour allemande avance d'un pas dans la logique de « justice climatique mondiale », un concept politique qui obligerait le « Nord » polluant à dédommager les pays du « Sud » affectés.

Portée « mondiale »

« Le simple fait d'entamer les débats sur le fond, dans cette affaire, écrit une page d'histoire du droit », s'est réjouie Roda Verheyen, avocate du requérant, citée par l'ONG Germanwatch qui appuie toute la démarche.

M. Lliuya, rentré au Pérou après une première audience le 13 novembre en Allemagne, a estimé que « les entreprises qui contribuent le plus fortement au réchauffement climatique doivent maintenant assumer leurs responsabilités ».

« C'est un grand succès, pas seulement pour moi mais aussi pour tous les habitants de Huaraz, et plus largement partout où les risques climatiques menacent », a-t-il poursuivi, tandis que Germanwatch a salué la « résonance mondiale » de cette décision.

Contacté par l'AFP, RWE maintient « que cette action est injustifiée, parce qu'un seul émetteur ne peut être tenu responsable de phénomènes obéissant à d'innombrables causes », selon son porte-parole Guido Steffen.

« On se retrouverait dans une situation où tout le monde attaque tout le monde. Quiconque se sent lésé dans un coin du monde pourrait demander des comptes », et « pas seulement à une compagnie d'énergie » mais à n'importe quel pollueur, « jusqu'au touriste qui prend l'avion », a-t-il développé.

Dans le détail, les experts doivent désormais déterminer le rôle des émissions polluantes de RWE dans la fonte de gigantesques blocs de glace dans les Andes : transformés en lagunes, ils menacent d'engloutir la localité péruvienne de M. Lliuya.

Bouc émissaire ?

Complexe, et découpée en une série de questions portant sur les rejets exacts de RWE, leur impact sur le réchauffement climatique et sur la situation locale andine, la procédure promet de durer et la cour n'a fixé aucune échéance pour sa décision finale.

Il revient néanmoins au fermier péruvien d'avancer les 20 000 euros nécessaires pour entamer les expertises, précisent les magistrats.

Cet agriculteur et guide, qui chiffre à 0,47 % la part de RWE dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre, réclame le financement par le groupe d'une partie des travaux de sécurisation contre les risques d'inondation de la communauté de Huaraz, capitale de la province de Ancash dans le nord du Pérou.

Il veut aussi le remboursement des 6300 euros de travaux effectués pour protéger sa maison contre la montée des eaux.

« Pour moi, la victoire c'est déjà de pouvoir être ici au tribunal et de parler de notre démarche, ce que nous n'avons pas pu faire jusqu'à présent », s'était félicitée le 13 novembre son avocate, Me Verheyen, qui réfute l'accusation d'avoir fait de RWE un bouc émissaire symbolique pour les maux de la planète.

Le titre RWE a plongé en Bourse à l'annonce de la décision, et a fini en forte baisse de 1,94 % à 19,25 euros à la Bourse de Francfort.




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