Les caprices du climat assèchent les vergers et les jus de fruits

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Anne CHAON, avec Hélène SEINGIER
Agence France-Presse
Paris et Rio

Ananas, mangue, orange ou passion, la salade de fruits fait grise mine cette saison: les dérèglements climatiques, en partie dus au phénomène El Niño, sèment le chaos dans les vergers et par ricochet dans l'industrie des jus de fruit qui manque de matière première ou la paye à prix d'or.

Excès de chaleur, de sécheresse ou de pluies, ces productions sensibles ont craqué dès la floraison ou perdu des fruits trop jeunes et fragiles pour résister. Du Brésil à la Thaïlande, de l'Espagne à la Californie, on ne compte plus les pertes et on redoute les pénuries qui s'annoncent.

Ainsi, le Brésil a d'ores et déjà prévenu cette semaine que sa production de jus d'orange, dont il est le premier exportateur mondial, sous forme de concentré, est attendue en baisse cette année en raison des fortes chaleurs.

«Les températures élevées ont entraîné l'avortement de nombreux fruits en tout début de croissance et il n'y a quasiment pas eu de nouvelles floraisons ensuite car le sol était humide» a expliqué le Centre d'études avancées en économie appliquée (Cepea), lié à l'Université de Sao Paulo (Cepea). Selon ces experts, les stocks des industries de la région de Sao Paulo devraient être limités au seuil critique de 300 000 tonnes de jus d'orange en équivalent concentré à la fin de la saison, début juillet.

Mais El Niño, qui affecte fortement le Brésil cette année, avec des sécheresses dans le Nord et le Nordeste et des pluies en excès au Sud - les experts évoquent un «méga El Niño» - touche d'autres cultures fruitières et ses effets doivent se poursuivre jusqu'à la mi-mars: mangues et papayes ont ainsi souffert du manque d'eau et des fortes températures, tandis que les restrictions d'irrigation dans les régions les plus sèches affectent les producteurs de bananes, raisins, melons et pastèques.

La saison s'avère également problématique pour l'ananas alors que la Thaïlande, principal producteur pour l'exportation, a essuyé de très violentes pluies et qu'une moindre récolte au Costa Rica a déjà été absorbée par le marché américain, indique Emmanuel Vasseneix, président d'Unijus, l'Union française des professionnels du jus de fruits.

«La volonté de lutter contre l'obésité aux États-Unis pousse à promouvoir la consommation de fruits frais, dont l'ananas» et il en reste donc moins pour fabriquer des jus de fruit, regrette-t-il.

Des prix qui s'envolent

Ainsi, le prix du concentré d'ananas a été multiplié par quatre, précise-t-il.

Pour la mangue, c'est l'Inde, principal producteur particulièrement exposé aux inondations liées à El Niño qui ne pourra répondre à la demande, ce qui fait grimper le prix de la matière première. Tout comme pour le fruit de la passion, produit dans des zones d'Asie et d'Amérique du Sud affectées par la sécheresse et dont le prix du concentré est passé de 5000 à 7000 dollars la tonne. Pour le jus de grenade, le prix a déjà doublé et pourrait tripler sans tarder.

Enfant terrible du climat, El Niño est un phénomène naturel qui surgit tous les deux à sept ans et se caractérise par une température anormalement élevée des eaux de surface du Pacifique au niveau de l'Équateur, modifiant la circulation atmosphérique et les cycles de précipitations pour les pousser vers les extrêmes.

«Il est difficile d'évaluer strictement l'impact d'El Niño mais les conditions climatiques ont très fortement influencé ce qui se passe» résume Emmanuel Vasseneix, qui dirige la Laiterie de Saint-Denis de l'Hôtel, premier conditionneur de jus de fruits en France.

De retour d'Espagne, deuxième fournisseur en jus concentré d'orange après le Brésil, il a constaté cette semaine des floraisons anormalement avancées sur les orangers et des mortalités de l'ordre de 30%.

La Californie et la Floride traversent simultanément une saison difficile, liée pour l'une au manque d'eau et pour l'autre au climat et aux maladies qui touchent les orangers tel le canker, ou cancer de l'arbre. «Elles sont dans les deux cas obligées d'importer elles aussi du Brésil», ajoute l'industriel.

«Auront accès à la matière première ceux qui la payent» prévient-il, d'autant que le cours du dollar renchérit les achats. Pour lui, les grandes marques vont sans doute s'accrocher pour rester sur le marché, mais les marques des distributeurs (MDD) passeront leur tour. Rares sur les arbres, les fruits le seront donc aussi dans les bouteilles.

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