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Des coupes forestières dans d'éventuelles aires protégées ?

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Après avoir progressé rapidement au cours de la décennie précédente - elle est passée de 2,88 à 8,13% du territoire québécois entre 2002 et 2009 -, la superficie totale des aires protégées s'accroît désormais plus lentement.

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Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ouvre la porte à l'exploitation forestière de territoires pourtant identifiés comme des aires protégées potentielles, déplore une coalition de groupes environnementaux.

Dans un document transmis à La Presse au nom de ces groupes, la SNAP Québec (section québécoise de la Société pour la nature et les parcs du Canada) relève trois exemples de secteurs, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et dans la région de la Capitale-Nationale, que le MFFP a identifiés comme des «secteurs d'intervention potentiels», c'est-à-dire comme des lieux de coupes possibles.

Or, dans chaque cas, les autorités régionales avaient déjà proposé, lors de consultations requises par le ministère de l'Environnement, qu'une partie de ces territoires soit intégrée au réseau québécois des aires protégées.

C'est le cas par exemple d'une section de 59 km2 près du lac Manouane, dans les montagnes Blanches, au nord du Lac-Saint-Jean. Le chantier a été proposé en avril 2014, alors qu'il représente 10% du territoire d'une aire protégée proposée l'année précédente dans ce secteur «à haute valeur écologique» pour le caribou forestier, une espèce menacée.

Manque de cohésion

Des cas similaires ont été observés dans la réserve de biodiversité projetée des drumlins du lac Clérac, près du lac Mistassini, et dans le secteur de la rivière aux Écorces, au sud de Saguenay.

Responsable du dossier conservation et foresterie à la SNAP, le biologiste Pier-Olivier Boudreault reconnaît que « tout cela est totalement légal». Il y voit néanmoins un manque flagrant «de cohésion entre les ministères». Et une source d'inquiétude, dit-il, «car le Québec a un bon historique de coupes dans des secteurs où on prévoit une aire protégée».

«Ça soulève des questions sur la collaboration interministérielle et sur la volonté réelle de protéger des territoires qui non seulement ont été déterminés sur des bases scientifiques, mais qui [l'ont aussi été au terme] d'une vaste consultation régionale», renchérit Sophie Gallais, chargée de projet en conservation chez Nature Québec.

Pour les organisations écologistes, qui incluent aussi Greenpeace, ces orientations contradictoires sont d'autant plus inexplicables que le Québec est en retard sur l'objectif qu'il s'est lui-même fixé pour la création d'aires protégées. «On a du mal à atteindre 9% alors que les orientations gouvernementales de 2011 prévoyaient 12% en 2015», souligne Mme Gallais.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, se défend en disant que le Québec possède «le régime le plus poussé sur le plan de l'harmonisation». «Tous les utilisateurs de la forêt, tant les villégiateurs, les observateurs d'oiseaux, les motoneigistes, les pêcheurs, que la SEPAQ, les parcs régionaux, etc., ont la chance de s'exprimer sur la planification opérationnelle» des coupes forestières, a-t-il dit hier en marge d'une conférence de presse sur le conflit du bois d'oeuvre.

«Les gens ont l'occasion de se faire entendre à un niveau vraiment local et il y a une coordination [intra] gouvernementale», a-t-il assuré. Il a donné l'exemple d'une entente conclue en Abitibi qui a permis qu'une société forestière (Tembec) épargne une partie du territoire convoité pour la création d'une aire protégée.

Après avoir progressé rapidement au cours de la décennie précédente - elle est passée de 2,88 à 8,13% du territoire québécois entre 2002 et 2009 -, la superficie totale des aires protégées s'accroît désormais plus lentement. Pourtant, plus de 34 000 km2 de territoire, assez pour frôler le seuil de 12%, ont franchi les étapes préliminaires de création d'une zone de protection, souligne la SNAP. «C'est sûr qu'accélérer le processus ne nuirait à personne», commente Pier-Olivier Boudreault. «On veut éviter que des secteurs soient abîmés écologiquement parlant pendant les 10 ans que ça prend pour franchir toutes les étapes dans la création d'une aire protégée.»

***

DES INVITATIONS LAISSÉES SANS RÉPONSE

La volonté politique du gouvernement de protéger la forêt peut être mesurée à l'aune de son intérêt à collaborer avec les organisations environnementales, estiment celles-ci. Or, elles disent n'avoir jamais rencontré officiellement le ministre Laurent Lessard depuis son entrée en fonction en avril 2014, malgré neuf demandes de leur part. À titre de comparaison, rien qu'en 2015, M. Lessard a rencontré 49 fois des représentants de l'industrie forestière. Laurent Lessard rétorque qu'il rencontre régulièrement les groupes environnementaux dans des «comités officiels» prévus par la loi et qu'ils ont accès au personnel de son cabinet. «Il y a peut-être Greenpeace que je n'ai pas rencontrée, mais je suis toujours enfargé dedans partout où je vais sur l'ensemble du territoire!»

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