Shell abandonne ses forages controversés en Alaska

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Greenpeace dénonçait les «immenses risques pour les populations de l'Arctique, la faune et le climat» que les forages représentaient.

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Patrice NOVOTNY
Agence France-Presse
LONDRES

Le géant pétrolier Shell a annoncé son retrait d'Alaska après une exploration au large jugée décevante, mettant un terme à des forages qui avaient provoqué la colère des écologistes remontés contre la gestion du dossier par l'administration Obama.

La compagnie a expliqué lundi avoir creusé «jusqu'à une profondeur de 6800 pieds» (environ 2070 mètres) sous la mer des Tchouktches dans l'Arctique, où se trouve son puits «Burger J» à environ 240 km au large de la petite ville de Barrow en Alaska.

«Shell continue de reconnaître un potentiel d'exploration important dans ce bassin» pétrolifère d'une taille équivalente à la moitié de celui du golfe du Mexique, «et cette zone devrait à terme revêtir une importance stratégique pour l'Alaska et les États-Unis», a déclaré Royal Dutch Shell dans un communiqué.

«Toutefois, le résultat de l'exploration est clairement décevant pour cette partie du bassin», a-t-elle ajouté.

Shell va donc «cesser toute nouvelle exploration au large de l'Alaska dans l'avenir immédiat». «Cette décision reflète à la fois le résultat du puits Burger J, les coûts élevés associés au projet et l'environnement de régulation difficile et imprévisible au niveau fédéral pour le large de l'Alaska.»

Le géant pétrolier avait débuté fin juillet ses opérations de forage dans cette zone, après avoir reçu l'accord du président Barack Obama, ce qui avait provoqué la colère d'organisations écologistes, Greenpeace dénonçant d'«immenses risques pour les populations de l'Arctique, la faune et notre climat».

Des défenseurs de l'environnement avait même fustigé l'«hypocrisie» du président américain qui martèle depuis plusieurs mois la nécessité de prendre des mesures ambitieuses dans la lutte contre le changement climatique, à quelques mois de la conférence de Paris (COP21), en décembre, qui vise à conclure un accord international pour contenir les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement climatique à 2 °C.

Impératifs financiers

Le président américain avait défendu son feu vert fin août avant un voyage dans la région. «Même si nous accélérons la transition (vers les énergies renouvelables), notre économie doit encore s'appuyer sur le pétrole et le gaz», avait expliqué M. Obama, soulignant qu'il préférait donner la priorité à une production énergétique américaine sur les importations.

«Je partage les inquiétudes exprimées sur le forage en mer. J'ai évidemment toujours en mémoire la marée noire de BP dans le golfe du Mexique», avait-il toutefois ajouté. En avril 2010, la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon explosait dans le champ pétrolier Macondo au large du sud-est des États-Unis, tuant 11 personnes et entraînant la pire catastrophe environnementale de l'histoire du pays.

M. Obama avait en conséquence assuré que les forages de Shell seraient menés selon «les règles les plus exigeantes possible, avec des exigences spécifiques aux risques liés aux forages au large de l'Alaska».

D'après Biraj Borkhataria, analyste du secteur chez RBC Capital Markets, la controverse avec les écologistes n'a eu toutefois qu'un rôle «limité» dans la décision de Shell d'arrêter l'exploration en Alaska. Il lie ce retrait davantage à un mouvement de fond chez les grandes compagnies qui se retirent des projets les plus coûteux ces dernières années.

«Le budget d'exploration au large de l'Alaska sera plus utile ailleurs, a fortiori avec un baril de brut sous les 50 $», a-t-il expliqué.

Shell a précisé qu'elle enregistrerait des charges financières à cause de ce retrait, qui seront détaillées lors de la présentation de ses résultats financiers le 29 octobre. La compagnie a simplement souligné que son activité en Alaska pesait quelque 3 milliards de dollars dans son bilan et qu'elle devrait payer environ 1,1 milliard de dollars aux sous-traitants en vertu d'engagements préalables.

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