Sur la route d'Énergie-Est: mobilisés pour protéger le fleuve

Plusieurs résidents de Saint-Augustin-de-Desmaures craignent une fuite de... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Plusieurs résidents de Saint-Augustin-de-Desmaures craignent une fuite de pétrole dans le fleuve et dénoncent le fait que TransCanada ne leur a présenté aucun plan d'urgence dans l'éventualité d'un accident.

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

(SAINT-AUGUSTIN-DE-DESMAURES) Jusqu'à dimanche, La Presse visite des communautés identifiées dans un récent plan stratégique développé pour TransCanada en raison de la force de l'opposition locale au projet de pipeline Énergie Est. Aujourd'hui : la municipalité de Saint-Augustin-de-Desmaures, où plusieurs voix décrient le passage annoncé de l'oléoduc sous le fleuve.

Le maire Marcel Corriveau nous attend dans sa voiture garée en bordure du vieux chemin du Roy. Un vent glacial et humide souffle, venu du fleuve qui s'étend aux pieds des terres agricoles, à un kilomètre de là.

L'élu de 66 ans a été un des premiers à écorcher publiquement le passage de l'oléoduc Énergie Est sur le territoire de sa municipalité.

La société TransCanada, bien au fait de la grogne suscitée ici par le pipeline, a d'ailleurs déjà accepté de modifier son tracé initial.

Mais le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, une ville de 18 000 habitants juste à l'ouest de Québec, continue à marteler son message. «Ce projet ne nous emballe pas. On aimerait mieux qu'il passe ailleurs.»

Il a vraiment du mal avec l'idée que 1,1 million de barils de pétrole brut puissent un jour parcourir quotidiennement sous le fleuve les quelques kilomètres de distance entre sa municipalité et Lévis, dont les falaises s'élèvent au loin.

«Le fleuve est notre joyau et notre réservoir d'eau potable ici», souligne-t-il.

Le maire Corriveau est d'autant moins enthousiaste que les cinq kilomètres de pipeline qui passeraient dans sa ville avant de passer sous le fleuve n'engendreraient pratiquement pas d'emplois ou de recettes fiscales significatives.

Bref, le maire, à l'instar de son conseil municipal, ne voit que des inconvénients dans ce projet, à commencer par l'éventualité d'une fuite dans le fleuve. «Ça serait catastrophique! Et on ne sait pas ce qui se passerait. Est-ce que le pétrole brut coulerait dans le fond, se retrouverait sur les berges? Et qu'en est-il du plan d'urgence d'intervention?», s'interroge-t-il.

Il estime tout de même que TransCanada agit correctement depuis le début du processus. Mais il réclame plus de transparence. «Est-ce qu'on nous garantit un fonds d'aide en cas de catastrophe ou est-ce qu'on va devoir s'organiser tout seul?», demande-t-il.

En attendant les réponses, le maire Corriveau continuera à poser des questions.

Inquiétudes

De fortes vagues se fracassent contre les rochers, sur les berges du Saint-Laurent au parc du Haut-Fond, dans la Réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures. Le sort de ce littoral de 12 kilomètres qui borde le fleuve entre Neuville et Cap-Rouge est en tête des préoccupations des gens du coin.

D'abord parce qu'il abrite une biodiversité unique au monde, mais aussi à cause des interrogations qui subsistent autour de la manière de creuser le pipeline sous les berges et le fleuve. «Est-ce qu'on va forer un tunnel? Une tranchée dans le sol? De quelle grosseur?», s'interroge Jacques Anctil, président de la Fondation québécoise pour la protection de la nature.

TransCanada a beau le rassurer en lui disant que le pipeline passera à des dizaines de mètres sous les berges, rien n'y fait: l'homme est convaincu que les fuites sont inévitables et redoute un désastre naturel. «Même si TransCanada met quelques minutes à stopper les vannes, des milliers de barils de pétrole se retrouveraient dans le fleuve et colleraient aux berges. Et ça sera pratiquement impossible de contenir les déversements avec les courants et les marées», plaide M. Anctil, qui, comme le maire, n'a jamais entendu parler de l'existence d'un plan d'urgence concret.

«Le risque zéro n'existe pas»

Situé à l'extrémité est de la Réserve naturelle des battures, le marais Léon-Provancher est le rendez-vous des ornithologues de la région. On y retrouve plus de 230 espèces d'oiseaux. «Le rapport du projet a été déposé rapidement devant l'Office national de l'énergie, qui aura 15 mois pour l'accepter ou non. C'est court», estime la porte-parole et coordonnatrice de l'organisme Stop Oléoduc Portneuf Saint-Augustin Anne-Céline Guyon, qui craint de voir un jour ce paysage majestueux défiguré.

«Je suis sûre que TransCanada ne veut pas que ça se passe mal, mais le risque zéro n'existe pas et la compagnie ne pourra jamais tout encadrer», explique la femme de 35 ans, qui n'avait auparavant jamais milité de sa vie.

«Il y a un an, les gens nous disaient que notre combat était perdu d'avance. Depuis peu, les choses ont changé. On est en train de remporter la game des relations publiques. La population s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas faire confiance aux gouvernements», résume Mme Guyon, dont l'organisme pilote la campagne Coule pas chez nous!, qui vit des moments de grâce depuis l'explosion de dons inattendue depuis dimanche, suscitée par l'initiative de l'ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois.

Réplique de TransCanada

Le maire Corriveau a tort de croire que l'oléoduc ne rapportera rien, souligne TransCanada. La société explique qu'en plus des milliers d'emplois créés au pays, le projet générera des revenus en taxes dans chaque municipalité concernée. Quant aux risques de fuites et de déversements dans le fleuve ou les berges, TransCanada assure que la sécurité est au sommet de ses priorités. Il est par ailleurs prématuré, aux yeux de l'entreprise, d'ébaucher le moindre plan d'urgence avant d'avoir un tracé définitif et un feu vert de l'Office national de l'énergie. En ce qui concerne la technique utilisée pour traverser le fleuve, TransCanada souligne qu'elle n'est pas encore choisie, mais qu'elle sera réalisée dans les règles de l'art.

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