Une étude sur les marées noires «irréaliste»

Dans la simulation de Corridor Ressources, un déversement... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Dans la simulation de Corridor Ressources, un déversement de pétrole qui surviendrait à la suite d'un accident de forage ne toucherait jamais les côtes.

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La société Corridor Resources, qui veut forer un puits d'exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, doit refaire sa simulation d'accident de forage, car elle sous-estime les risques de marée noire.

C'est ce qui ressort des commentaires du ministère des Pêches et des Océans (MPO) du Canada au sujet de l'étude environnementale réalisée par Corridor à l'appui de son projet Old Harry.

Selon le ministère fédéral, «les trajectoires de la marée noire ne sont pas calculées de façon réaliste».

De son côté, Corridor maintient sa version en présumant que le pétrole s'évaporerait avant d'atteindre les côtes.

L'Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers examine le projet de Corridor Resources, qui veut forer vers une cible identifiée comme Old Harry et qui contiendrait peut-être du pétrole. L'endroit est situé à mi-chemin entre la côte ouest de Terre-Neuve et les îles de la Madeleine, à environ 80 km des côtes québécoises.

Ce serait le premier forage au coeur du golfe du Saint-Laurent, une étendue d'eau complexe et très dynamique bordée par cinq provinces. Les communautés côtières s'inquiètent des projets de forage dans le golfe.

Dans la simulation de Corridor Resources, réalisée par la firme d'experts S.L. Ross, un déversement accidentel qui surviendrait à la suite d'un accident de forage ne toucherait jamais les côtes.

La nappe de pétrole simulée par les experts reste en place et son diamètre ne dépasse jamais la dizaine de kilomètres. Selon ces simulations, le pétrole s'évaporerait en arrivant à la surface.

Résultat «irréaliste»

Un tel résultat apparaît "irréaliste" aux yeux de Pêches et Océans Canada. Les experts fédéraux estiment que, dans certaines conditions, «le pétrole atteindrait les côtes».

Pour Sylvain Archambault, de la Coalition Saint-Laurent, Corridor devra refaire son travail. «Les commentaires de MPO sont forts, dit-il. L'Office ne peut autoriser le forage à moins que Corridor ne corrige le tir et refasse la simulation. Et s'ils le font, il y a des chances que la nappe de pétrole touche les côtes. Toutes les autres simulations le montrent.

«Après, ça va se jouer au sein du public, ajoute-t-il. Les gens de Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et les îles de la Madeleine vont dire: «Attention, on va écoper.» »

Deuxième critique

Pêches et Océans est le deuxième ministère à critiquer ainsi le travail de Corridor Resources.

En avril, Environnement Canada soulignait aussi les lacunes de l'étude, affirmant entre autres que l'entreprise faisait fausse route en présumant que le pétrole qui jaillirait de Old Harry serait de type très léger, et donc moins polluant.

À cela, Corridor Resources avait répliqué qu'elle maintenait ses conclusions quant à la simulation de marée noire. «Nous ne croyons pas devoir faire d'autres travaux à ce sujet», avait affirmé en avril dernier Dena Murphy, directrice, environnement, santé et sécurité chez Corridor, dans une lettre à l'Office.

Hier, Corridor a adopté le même discours dans un courriel envoyé à La Presse. «Corridor croit que la modélisation de déversement réalisée par ses consultants comporte un degré approprié de rigueur scientifique. L'Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers devra examiner la preuve et prendre une décision.»

L'entreprise ajoute qu'elle s'en tient fermement à son objectif de réaliser un forage exploratoire en 2015 ou 2016.

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Des golfes comparables?

Doit-on tirer des leçons de la marée noire du golfe du Mexique en 2010 dans l'étude d'impact sur le projet Old Harry? Pour les experts fédéraux, cela tombe sous le sens. «La nature du pétrole et les caractéristiques physiques des deux régions, qui sont des mers semi-fermées, font qu'il est approprié de se servir de l'expertise acquise dans le Golfe du Mexique pour évaluer les risques potentiels dans le golfe du Saint-Laurent.»

Mais pour Corridor Resources, les deux situations sont distinctes: «Le comportement d'une explosion à faible profondeur sera différent d'un événement à grande profondeur comme celui du Deep Water Horizon dans le golfe du Mexique.» Selon Corridor, dans le cas d'un puits moins profond, le gaz naturel qui jaillit en même temps que le pétrole le propulse jusqu'à la surface. Dans le cas du puits Macondo, le gaz avait tendance à se solidifier et le pétrole se dispersait dans l'eau avant d'atteindre la surface. Corridor prévoit en outre que le pétrole de Old Harry sera plus léger que celui de Macondo.

En chiffres

> Puits Macondo: 1520 mètres sous l'eau

> Puits Old Harry: 470 mètres sous l'eau

> Golfe du Mexique: 1 500 000 km2

>Golfe du Saint-Laurent: 236 000 km2

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