Le Clézio se porte à la défense de la rivière Romaine

Les opposants au projet de barrages d'Hydro-Québec sur la rivière Romaine, sur... (Photo: Reuters)

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La Presse Canadienne
Paris

Les opposants au projet de barrages d'Hydro-Québec sur la rivière Romaine, sur la Côte-Nord, viennent de recevoir un appui de taille: le prix Nobel de littérature 2008, l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui dénonce ce «monstrueux projet» dans une tribune publiée mercredi dans le quotidien Le Monde.

Dans ce texte intitulé Quel avenir pour la Romaine?, J.-M.G. Le Clézio s'indigne des conséquences de ce projet sur «un de ces lieux merveilleux qui ont survécu sur notre planète très maltraitée par la civilisation industrielle».

«Regardez bien la photo qui accompagne cette tribune, car dans quelque temps, elle ne sera peut-être plus qu'un souvenir», écrit-il, avant de prédire que «la forêt disparaîtra ainsi que toute vie» si les barrages géants sont construits. «Le résultat, poursuit-il, sera pendant longtemps la décomposition végétale et l'asphyxie de l'écosystème.»

Pour Le Clézio, la «destruction de la rivière Romaine» sera clairement une «catastrophe écologique», qui privera d'un «seul coup» la nation innue «de son lieu de vie». L'argument a des chances d'être entendu en France, où on est très sensible au sort des premières nations.

«Depuis toujours, ce fleuve est le domaine où nomadisent les Innus, tribu indienne connue au Québec sous le sobriquet de Montagnais», rappelle l'écrivain. «Les Innus vivent en harmonie avec la rivière Romaine, elle est leur mère nourricière (...) Pour eux, elle est une rivière sacrée, parce qu'elle est liée à leur histoire depuis des millénaires, et parce qu'elle est leur pourvoyeuse en gibier, en poissons, et aussi en plantes médicinales et en baies pour la collecte.»

Du même souffle, Le Clézio rend hommage à la poétesse innue Rita Mestokosho, de Mingan, qui a décidé de livrer combat pour sauver la Romaine. «Elle parle de la fragilité de cette rivière, du désastre écologique que représenterait l'inondation de la vallée, des routes qui sabreront la forêt autour du chantier. Elle parle de la fragilité de son peuple, que le projet condamne à mort», raconte-t-il.

Elle voulait aller jusqu'au procès, mais le procès n'aura pas lieu, comme vient de l'apprendre l'écrivain, la nation innue ayant décidé de se rallier au projet, «sous la pression des avocats de Hydro-Québec» et contre «la promesse d'une amélioration économique, d'emplois pour la jeunesse».

«Il est facile, dans une situation de confort moral, de critiquer cette décision», reconnaît Le Clézio. Selon lui, «la destruction de la rivière Romaine reste néanmoins un drame irréversible dont personne ne peut mesurer les conséquences».

«Si, malgré l'évidence des erreurs de choix du monde technocratique moderne, la rivière Romaine venait à disparaître, nous aurions tous perdu quelque chose dans cette bataille, et nous serions en droit de nous interroger avec amertume sur le futur qui se prépare pour notre descendance», estime aussi le prix Nobel.




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