Les gangs de rue, les nouveaux proxénètes

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La prostitution à Montréal

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La prostitution à Montréal

Une incursion dans le monde de la prostitution. »

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Oubliez le cliché du proxénète en veston à rayures, arpentant les rues chaudes de la ville, scrutant les filles travaillant pour lui. Les membres de gangs de rue occupent aujourd'hui une place importante dans ce commerce aussi... Comme Max, 18 ans, recruteur pour les Bleus. Pour lui, « une fille en fugue, c'est le jackpot .» Il a fait ses débuts à l'âge de 15 ans. Lieux de travail : école secondaire, centre jeunesse, métro, partys dans des appartements et sites internet.

Pour une poignée de dollars, Max a déjà fait des vols et cassé des gueules. À 15 ans, il ne rejette aucun moyen rapide pour gagner de l'argent. Ce membre d'un gang de rue aime le bling-bling. Et il en veut toujours plus.

Un jour, un souteneur de son gang lui a proposé un nouvel emploi : recruteur de mineures. «Il y a plein de belles filles dans ton école. Elles pourraient être danseuses», lui explique-t-il.

Max étudie dans une école secondaire publique située dans un quartier pauvre de Montréal. La présence des gangs de rue affiliés aux Bleus y est forte. Max est lui-même enrôlé depuis l'âge de 12 ans. Des membres plus âgés lui ont appris le mode d'emploi.

Entre un cours de français et un cours de math, il doit trouver des futures danseuses et prostituées pour un proxénète. Le plus de filles possible. Dans la cour d'école, l'adolescent détecte les filles «naïves». Idéalement, des filles aux prises avec des problèmes à la maison et à l'école. Il prend le temps de les connaître. Avec sa voix douce et ses grands yeux bruns, il laisse son charme opérer.

Après quelques semaines, Max demande à la fille convoitée de quelle manière elle serait prête à faire de l'argent. Quand celle-ci répond «infirmière» ou «enseignante», il insiste. «Serais-tu prête à faire de l'argent d'une autre manière ?»

Max a ainsi abordé une dizaine de filles. Cinq ont répondu : «Je ne sais pas.» Pour lui, il s'agissait d'un oui. «Faut prendre le temps de bien leur expliquer, sinon tu manges une claque», raconte le jeune gangster. Il a répété ce que ses mentors lui ont enseigné : «Tu vas être logée, nourrie. Pas besoin d'avoir peur. On va venir te chercher chez toi si tu veux, et on va te ramener après le travail.» Une danseuse peut gagner entre 300 et 400 $ chaque jour, fait-il valoir.

Aucun problème pour fabriquer des fausses cartes et trouver des bars pour danser.

«J'ai une fille !» a-t-il annoncé au souteneur à cinq reprises. «Yo. Tu es fort, tu es fort» lui répondait son «employeur». Trois ans plus tard, Max est toujours aussi fier. «Je savais que je venais de réussir quelque chose de gros. J'avais toujours hâte d'arriver avec la fille», raconte-t-il.

Pièges à filles

Le mot «pimp» ou «proxénète» n'est jamais prononcé devant la fille. Il lui présente un «patnè» (partenaire en créole), un «super bon gars» pour gérer son argent et lui trouver un appartement. Ce gars touchera 40 % des revenus. Mais il s'agit plutôt de 60 %.

Max aussi touchait sa part. Il recevait 50 ou 100 $ sur-le-champ. Dans les jours suivants, le souteneur, fier de son entremetteur, venait le chercher à l'école. «Pas besoin de prendre l'autobus, c'était cool.» Max a obtenu de 500 à 600 $ par fille recrutée chaque semaine, et ce, jusqu'à ce que celle-ci change de souteneur ou cesse de danser. C'est plus qu'il n'en a jamais gagné avec des vols. «Ce sont des affaires qui ne durent jamais longtemps», précise-t-il toutefois.

Pour cinq filles, il a touché de l'argent pendant cinq mois. Il ne savait plus quoi en faire. «Je ne pouvais pas rentrer avec des palettes dans mes poches, alors j'en donnais à des amis.»

Certaines filles ont abandonné l'école pour devenir escortes. Max a plus ou moins de remords. «Je sais que j'ai scrapé leur vie en faisant cela. Mais je pense que si un autre gars les avait abordées comme moi ou mieux que moi, elles auraient fait la même chose. » Pas question pour lui de les aider à se sortir de ce milieu. « Je ne veux pas avoir d'arme pointée sur ma tête.»

Max a plus de respect pour les proxénètes que pour les filles. Dès qu'ils ont deux ou trois danseuses, ils quittent le «ghetto», raconte-t-il. Pour éviter que d'autres gars leur piquent leurs filles. «Certains sont rendus à 10 filles. Ils sont en haut de l'échelle. Ils n'ont pas besoin de travailler et l'argent rentre.»

Le gangster a toujours aimé les fêtes privées organisées par les «vétérans» (membres de gangs plus âgés). Le genre de fête où il y a des filles, de la drogue et de l'alcool en masse. «Les gars de gangs ne vont pas dans les fêtes pour voir leurs amis. Ils y vont pour les filles. Ils savent qu'il va se passer quelque chose.»

Pour Max, les filles dans ces fêtes sont des «putes». Et si elles refusent d'avoir des relations sexuelles, les gars mettent de la drogue dans leur verre. «Les gars les droguent quand elles ont le dos tourné. Les filles ne se souviennent plus de rien. Et si elles se souviennent, les gars les menacent de leur casser les jambes.»

Ces fêtes sont des lieux de prédilection pour le recrutement. «Il y a toujours des nouvelles filles, les gars en profitent.» Max n'amènerait jamais sa blonde à l'une de ces fêtes. « Je la respecte trop pour cela.»

Le «jackpot»

Les gars recrutent aussi aux abords des centres jeunesse, dans le métro et sur l'internet. «Les filles en centre jeunesse vont avoir de la difficulté à se faire une vie en sortant de là. Les gars le savent. Ils vont jouer dans leur tête.» Et si la fille est en fugue, c'est «le jackpot», raconte Max. Les sites de clavardage sur l'internet, comme Pouchons.com, sont aussi populaires. «Les gars ciblent les filles qui prennent des surnoms cochons comme Grosderrière ou Bigcochonne.»

Max a pensé à transformer son emploi à temps partiel en profession à temps plein. «Les filles, c'est moins pire que la drogue. Ce n'est pas de l'argent sale. Tu risques moins de te faire pogner par un agent double.» Mais il n'a «pas gravi assez d'échelons» avant de se faire arrêter. À 16 ans, il s'est fait coincer pour menaces de mort et agression armée.

Aujourd'hui, à 18 ans, il dit être «en périphérie de l'action». La naissance de sa fille y est pour quelque chose. Et si un gars comme lui approchait sa fille à l'école secondaire pour lui vanter les avantages de danser dans un bar ? «Je ne vais pas lui donner une trop grande liberté», répond-il, sûr de lui.

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