Les orphelins haïtiens s'adapteront bien, croit le Dr Chicoine

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La journaliste Katia Gagnon suit deux familles de la grande région de Montréal qui ont adopté des orphelins haïtiens. »

Katia Gagnon
La Presse

En février dernier, le Dr Jean-François Chicoine a examiné 130 orphelins haïtiens recueillis par des familles québécoises après le tremblement de terre. Si les défis qui attendent les familles adoptives sont importants, la plupart de ces enfants finiront par s'en tirer plutôt bien, croit le pédiatre, spécialiste de l'adoption internationale.

Le médecin, qui a répondu à l'appel d'Immigration Canada et de Santé Québec, a mis la main à la pâte pour dispenser une première consultation médicale aux petits orphelins. «Je les ai vus quelques heures après leur arrivée. Ils étaient dans la réaction très primitive au choc», raconte-t-il. Huit d'entre eux ont dû être hospitalisés à cause de problèmes de santé. La plupart des enfants qu'il a vus souffraient de malnutrition et de parasites intestinaux.

«Mais une fois ces problèmes réglés, ce sont des enfants qui ont de grandes possibilités d'attachement parce que, souvent, ils ont passé les premiers mois de leur vie avec leur mère. Ils ont été abandonnés à 6, 7 mois. Ici, ils évoluent généralement bien.» Les orphelins haïtiens sont donc de meilleurs candidats à l'adoption que ceux qu'on recueille dans les orphelinats de l'Europe de l'Est, croit-il.

Mais pour ces enfants, l'adoption est un traumatisme beaucoup plus grand que le séisme, estime le pédiatre. «Le stress pour l'enfant, c'est plus l'adoption que le séisme. Sauf pour les plus vieux, qui ont vu des morts, pour les plus petits, la vie continuait après le tremblement de terre.» Face à un changement de pays, de domicile, face à de nouveaux parents, les enfants adoptés vivent un stress intense, auquel ils réagissent de façon très différente. Il y a trois grands types de réactions, que le pédiatre rassemble sous les trois f?: fight, flight ou freeze.

Les enfants de type fight sont habitués à l'adversité. Ils ont parfois été battus, ont subi des agressions. «Face à un stress, ils se défendent. Ils sont en panique totale.» Ces enfants font des crises, hurlent. Les enfants de tempérament flight, eux, ont vécu beaucoup de négligence. «Ils ne font pas vraiment confiance aux adultes, mais ne s'en méfient pas. Ils prennent ce qui passe. On les change de bras et ils s'adaptent.» Enfin, les enfants freeze vivent énormément d'anxiété. Ils ont perdu une figure d'attachement importante et ont tendance à pleurer beaucoup et à s'attacher aux bras de leurs parents adoptifs. Chez les petits Haïtiens, le Dr Chicoine a vu beaucoup d'enfants de tempérament flight, signe que ces enfants ont plutôt été laissés à eux-mêmes dans des orphelinats bondés.

Évidemment, les parents adoptifs doivent réagir en conséquence, en allant chercher l'attention, par exemple, des enfants qui ont tendance à fuir. «Prenez-le. Insistez pour tenir le biberon. Faites en sorte qu'il vous regarde en tétant. Il faut rendre l'enfant dépendant de ses parents. L'autonomie, à cet âge, ce n'est pas souhaitable.» Avec les enfants anxieux, les parents devront se faire rassurants, en insistant pour que l'enfant arrête de pleurer avant de le prendre. Des jeux comme la cachette sont souvent bénéfiques. Enfin, avec les enfants bagarreurs, les parents doivent rapidement imposer leurs limites. «Ne vous laissez pas frapper ou mordre. L'enfant ne vous respectera pas. Ces enfants ont besoin d'amour, mais aussi de discipline et d'encadrement.»

Les défis qui attendent les nouveaux parents sont donc importants. Le spécialiste croit d'ailleurs que tous les parents qui désirent adopter un enfant devraient suivre une formation obligatoire avant l'arrivée de leur enfant. «Ce sont des enfants différents, qui ont des besoins psychologiques particuliers.»

Le pédiatre souligne aussi l'importance du réseau de soutien, surtout dans le cas des mères célibataires qui adoptent un enfant. «Au bout de six mois, certaines d'entre elles sont très seules. Il ne faut pas négliger la possibilité de la dépression post-adoption, certainement aussi fréquente que la dépression post-partum.»

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