Sans défense

Francine Lanoix craint pour la sécurité de sa... (Photo: fournie par Francine Lanoix)

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Francine Lanoix craint pour la sécurité de sa mère depuis que cette dernière a été placée dans un CHSLD public de Laval.

Photo: fournie par Francine Lanoix

Francine Lanoix
Résidante de Laval
, l'auteure adresse sa lettre ouverte aux ministres de la Santé, Yves Bolduc, , des Aînés, Marguerite Blais.
La Presse

Ma famille et moi, nous désirons vous faire part d'une situation inquiétante qui nous fait craindre pour la sécurité de notre mère, placée dans un CHSLD de Laval en janvier dernier. Nous ne le nommerons pas, car nous savons que la situation est la même dans tous les autres CHSLD du réseau public.

Dans ces établissements, selon le mandat qui leur a été confié par le gouvernement du Québec, on place indifféremment les unes à côté des autres les personnes non autonomes, qu'elles soient saines d'esprit ou non, peu importe qu'elles souffrent de démence et qu'elles soient violentes et potentiellement dangereuses pour les autres.

En plaçant notre mère dans un CHSLD, nous espérions au moins atténuer ses inquiétudes et compenser un peu le traumatisme qu'elle vivait, en l'assurant qu'elle y serait en sécurité, qu'elle aurait droit à son intimité, à la paix et à la quiétude. Or, nous avons constaté que ce n'est pas le cas, à la suite d'au moins quatre incidents violents impliquant des résidants dont la chambre est à proximité de celle de ma mère.

> Un homme s'est introduit dans la chambre de ma mère en son absence (les chambres ne ferment pas à clé) et mes parents l'ont trouvé en train de fouiller dans les tiroirs lorsque mon père a ramené ma mère.

> Une femme s'est introduite dans la chambre pendant que ma mère et moi y étions; elle refusait de sortir et est devenue violente quand on a tenté de la chasser. Il a fallu faire intervenir le personnel.

> Ma soeur a été témoin, en présence de ma mère, d'une bagarre où une résidante en a battu une autre.

> Pendant que nous discutions paisiblement au balcon de la résidence, une résidante qui avait échappé à la vigilance du personnel est venue nous insulter et nous agresser verbalement. Elle aussi refusait de partir. J'ai alors appelé l'infirmière qui venait elle-même d'être agressée physiquement par cette femme en tentant de lui arracher les mains d'autour du cou d'une autre résidante qu'elle était en train d'étrangler.

Nous dénonçons vigoureusement cette situation qui est inacceptable. Ma mère et toutes les autres personnes âgées qui vivent le même sort sont sans défense. Elles sont prises en otages par le «système». Sous prétexte qu'elles sont non autonomes et donc placées en CHSLD, on bafoue leurs droits les plus élémentaires à la sécurité au moment où elles en ont le plus besoin. On leur fait courir des risques graves et on menace leur santé et leur vie.

Il y a pourtant une solution simple: le CHSLD où réside ma mère comporte plusieurs étages, chacun divisé en trois sections. Il serait facile de placer à des étages différents toutes les personnes saines d'esprit et toutes les personnes potentiellement dangereuses ou violentes.

Lorsque j'ai informé l'un des cadres du CHSLD de la situation et que je lui ai fait cette suggestion, il m'a dit qu'il n'y pouvait rien, que tel était le mandat qu'ils avaient reçu du ministère de la Santé: recevoir et placer côte à côte toutes les personnes physiquement non autonomes, sans tenir compte de leur santé mentale et des risques qu'elles font courir aux autres résidants. Il a reconnu lui-même qu'il y avait de tels risques et que ma mère n'avait d'autre choix que de s'en accommoder au péril de sa vie et de sa santé.

Qu'est-ce qu'on attend pour changer la situation? Faut-il, une fois de plus, un drame pour que les choses bougent? Faut-il que ma mère ou une autre résidante se fasse battre ou étrangler avant que le gouvernement agisse?

 




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