Les sceptiques confondus?

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Des employés haut perchés, s'activent à refaire le toit du Musée d'art de Denver, au Colorado.

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La Presse

Au moment d'écrire ces lignes, la récession américaine est probablement terminée alors que plusieurs indicateurs économiques à haute fréquence donnent à penser que le produit intérieur brut réel américain (PIB) s'apprête à relever la tête au troisième trimestre de l'année en cours. Il semble donc permis à ce stade-ci de faire un bilan du revers de conjoncture enregistré au sud de la frontière.

En rétrospective, la récession américaine aura été longue et de grande amplitude, mais elle aura surtout touché le secteur des biens, par opposition à celui des services. De fait, depuis décembre 2007, date officielle du début de la récession américaine, le PIB réel des services n'a pas reculé aux États-Unis. À l'opposé, le secteur des biens a connu toute une déconfiture, enregistrant une chute de 9,3% de son activité réelle au cours de la même période.

 

Or, sur le plan du marché du travail, les entreprises américaines n'y sont pas allées avec le dos de la cuillère. Bien que la production réelle du secteur des services ait progressé de 1% depuis décembre 2007, les entreprises ont tout de même retranché 3% du total de leurs effectifs dans ce secteur ou 3,3 millions d'emplois. L'absence de baisse de production combinée à des licenciements massifs aura réussi à pousser fortement à la hausse la productivité de la main-d'oeuvre dans le secteur des services. De sorte que, contrairement à l'ensemble des récessions depuis 1960, la croissance de la productivité a démarré en pleine récession plutôt qu'à sa fin.

Cela constitue bien davantage qu'un simple détail. Cette dynamique inhabituelle de la productivité, causée par des licenciements démesurés, nous laisse croire que la réaction du marché du travail face à une hausse de la production devrait être plus rapide qu'à l'accoutumée.

À partir de maintenant, il sera beaucoup plus difficile pour les entreprises américaines de pousser encore à la hausse la croissance de la productivité de leur main-d'oeuvre, car le mouvement a déjà été enclenché bien avant la fin de la récession.

Dans ce climat, une hausse de la production devrait plus aisément se traduire par des gains d'emplois. Nous avons donc de bonnes raisons de croire que les statistiques de l'emploi au sud de la frontière sont sur le point de redevenir positives.

Au-delà de l'argument de la productivité, n'oublions pas que les effets des stimulants budgétaires commencent à peine à se faire sentir au sud de la frontière. Malgré qu'au Québec, il soit difficile de circuler sans observer de nombreux chantiers, l'emploi dans le secteur de la construction ainsi que les dépenses gouvernementales n'ont pas encore solidement relevé la tête aux États-Unis.

Dans un avenir rapproché, l'économie américaine devrait bénéficier de stimulants budgétaires totalisant plusieurs centaines de milliards de dollars. L'activité économique sera toutefois déjà en reprise avant même que ces stimulants n'entrent en jeu.

Dans ce contexte, il ne faut donc pas s'étonner si l'indice phare de la Bourse américaine, le S&P 500, a rebondi de 50% par rapport au creux du marché de mars dernier. Les sceptiques de la reprise pourraient bien être confondus.

Yanick Desnoyers

L'auteur est économiste en chef adjoint de la Banque Nationale.

 




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