Dans un état de colère permanent

Des centaines de personnes ont manifesté contre la... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Des centaines de personnes ont manifesté contre la reconstruction de l'échangeur Turcot.

Photo: Robert Skinner, La Presse

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Carole Savard

J'entendais la semaine dernière un animateur de tribune téléphonique remarquer que la situation d'Omar Kadhr n'émouvait pas la population canadienne et québécoise puisqu'il n'y avait pas de manifestation dans la rue.

J'aimerais profiter de ce commentaire pour mettre en garde les journalistes et les commentateurs politiques de toutes sortes contre ce genre de raccourci logique. Il est frustrant de lire sans cesse qu'on mesure à l'aune des manifestations publiques l'importance que les citoyens sont censés accorder à une cause. Savez-vous que je vis dans un état de colère quasi permanent, comme la majorité de mes concitoyens, et que, si je sortais dans la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent et pour toutes les causes qui me tiennent à coeur, je vivrais dans la rue!

 

Or j'ai un travail et une vie familiale qui m'occupent amplement. Si je ne veux pas ajouter aux maux de notre société, déjà suffisamment éclopée, ceux des travailleurs et des parents en panne d'investissement professionnel et affectif, je dois donc prendre beaucoup de mon temps pour gagner ma vie et aimer les miens.

Puis-je cependant rappeler à tous et toutes que cet engagement ne signifie pas que je sois indifférente au comportement honteux et dangereux du gouvernement Harper, à la gouvernance aussi scandaleuse du gouvernement Charest, à ces innombrables liens étroitement malsains entre les «copains» du secteur privé et les «élus» qui doivent gérer le secteur public, à la corruption qui se camoufle au sein des municipalités et autres paliers de gouvernance, à la pratique répandue des bonus distribués à tous ces petits et grands cadres qui sont pourtant déjà pourvus d'un confortable salaire et qui n'ont de cesse de rogner sur celui de leurs employés ou subalternes, à la médiocrité de notre système d'éducation dont on en tait trop souvent les causes, à l'attitude irresponsable de ces nombreux travailleurs et citoyens qui refusent de payer leur quote-part d'impôt (êtes-vous capables de trouver un ouvrier qui fera les rénovations de votre maison pour un prix raisonnable avec facture?), à ces compagnies minières qui exploitent le sous-sol québécois sans nous payer des redevances décentes, à tous ces projets (autoroute 30, CHUM, autoroute Décarie, etc.) mal foutus, qui manquent de transparence, dont les factures ne cessent de gonfler mais que le «bon» contribuable devra assumer, à cette langue française qui décline emportant dans sa chute notre identité et notre histoire, etc.?

De grâce, cessez de culpabiliser les gens parce qu'ils ne sont pas dans la rue à crier leur indignation et leur rage, et réjouissez-vous qu'ils n'y soient pas parce que vous ne pourriez plus jamais circuler dans les rues de ce pays.

L'auteur réside à Salaberry-de-Valleyfield.

 




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