Des silences troublants

Charles Castonguay.... (Archives La Presse)

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Charles Castonguay.

Archives La Presse

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Michel Paillé

L'année 2008 aura été une année de grandes colères. C'est le cas de celles de Charles Castonguay à l'endroit, notamment, de l'Office québécois de la langue française (OQLF). Il l'a fait, entre autres, dans des chroniques mensuelles parues dans L'Autr'Journal. Un recueil de ses articles vient de paraître dans Avantage à l'anglais, (Renouveau québécois, 152 pages).

Dans la dernière chronique toute récente qui clôture le recueil, il ne retient que la région métropolitaine de Montréal pour illustrer son propos. Or, ce choix n'est pas neutre, car il a pour effet d'exagérer l'avantage de l'anglais.

 

De quoi s'agit-il? Castonguay compare les personnes de langue maternelle française qui ont choisi de parler l'anglais au foyer, à celles de langue maternelle anglaise qui ont adopté le français. Ainsi, par simple soustraction, il détermine lequel des deux groupes linguistiques est avantagé.

Au recensement de 2006, la région métropolitaine comptait 57 300 francophones anglicisés contre 37 600 anglophones francisés. Dès lors, Castonguay peut affirmer qu'il y a «une anglicisation nette des francophones, de l'ordre de 20 000 anglicisés au foyer». (p. 142).

En tenant compte aussi de personnes de langues maternelles tierces (les allophones) qui parlent le français ou l'anglais au foyer, Castonguay conclut que «la population parlant l'anglais comme langue principale à la maison compte 178 000 personnes de plus que celle de langue maternelle anglaise, comparativement à un gain correspondant de 124 000 nouveaux locuteurs usuels pour le français». Ainsi, l'avantage net de 54 000 va à l'anglais avec un rapport de «144 personnes additionnelles parlant l'anglais au foyer pour 100 parlant le français». (p. 142).

Mais qu'en serait-il s'il avait choisi l'ensemble du Québec? En 2006, nous comptions 84 000 francophones anglicisés contre 74 000 anglophones francisés. À ce jeu, la perte nette de la majorité francophone est d'un peu plus de 10 000, soit la moitié moins que ce qu'en dit Castonguay. En incluant les allophones à l'exercice, les gains nets des francophones et des anglophones (168 000 et 181 000 respectivement) ramènent le rapport anglos/francos à 107, au lieu de 144, sur 100.

On aura compris qu'un tel écart provient de la situation qui prévaut dans les régions périphériques. En effet, à l'extérieur du Montréal métropolitain, c'est le français qui a l'avantage dans le jeu des choix linguistiques, avec un gain net de près de 10 000 locuteurs. L'ajout des allophones conduit à un rapport anglos/francos de sept anglophones seulement contre 100 francophones! Bref, net avantage au français hors Montréal, ce que M. Castonguay se devait de ne pas cacher.

Puisque Charles Castonguay analyse les données des recensements sur la langue depuis quatre décennies, ce n'est pas lui faire un procès d'intention de croire que c'est en toute connaissance de cause qu'il a fait le choix de la région métropolitaine de Montréal pour mieux accentuer sa thèse.

Les silences de Castonguay

Depuis un an, Castonguay a souvent reproché à l'OQLF d'avoir retardé la publication de plusieurs études. S'il aime bien en citer quelques-unes, il préfère garder le silence sur d'autres.

Silence d'abord sur une Note méthodologique parue dans la prestigieuse collection «Langues et sociétés» de l'Office (n° 44, 104 pages). Or, cette étude remet justement en question sa manière mécanique et aveugle de traiter certaines données atypiques (cas particuliers où l'on trouve plus d'une réponse sur les langues, soit 3% en 2006), car elle a pour effet pervers de créer de faux transferts linguistiques.

Si Charles Castonguay avait tenu compte de cette publication, l'anglicisation nette de 20 000 personnes recensées dans la région métropolitaine de Montréal aurait été réduite de plus de 16% (16 500). Pour l'ensemble du Québec, cette mesure est même érodée de plus de 20% (8400). En somme, la portée du discours de Charles Castonguay est affaiblie de manière non négligeable par la nouvelle façon d'analyser les données. D'où, probablement, son silence sur la question.

Silence aussi sur les nouvelles projections du démographe Marc Termote. Quand on lit dans l'ouvrage de ce dernier «que ce sont les processus démographiques qui sont déterminants pour l'avenir des groupes français et anglais du Québec, et non la mobilité linguistique», on comprend très bien alors le mutisme de Castonguay en la matière (Nouvelles perspectives démolinguistiques du Québec, OQLF, Étude 8, p. 52).

Bref, Charles Castonguay s'est placé dans la situation de l'arroseur arrosé. Après avoir reproché aux uns (l'OQLF) et aux autres (la commission Bouchard-Taylor) d'avoir longtemps «caché» plusieurs études, il fait pire par ses silences dans le petit livre qu'il a publié à l'automne 2008.

Démographe, l'auteur est chercheur associé à la chaire Hector-Fabre de l'UQAM. De 1980 à 2004, il a oeuvré au Conseil de la langue française puis à l'Office québécois de la langue française.

 




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