Je suis docteur en pharmacie. Comment puis-je vous aider ?

« L'ensemble des contribuables du Québec a consenti des... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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« L'ensemble des contribuables du Québec a consenti des sommes importantes pour former des pharmaciens capables de relever les défis modernes en santé de notre population », rappellent les auteurs.

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Lyne Lalonde*

Doyenne, Faculté de pharmacie, Université de Montréal

Mme Brisebois se présente à sa pharmacie de quartier pour renouveler ses médicaments. En faisant le suivi de sa thérapie, Simon Dupuis, étudiant en pharmacie, détecte qu'elle a des nausées et des étourdissements depuis quelques jours, en plus de se sentir faible à certains moments de la journée.

C'est que Mme Brisebois souffre de diabète et a commencé, il y a quelques mois, à prendre des médicaments pour le contrôler. À la suite de l'analyse de son dossier et en discutant avec elle, Simon remarque que ses taux de sucre sont souvent bas en fin de journée. Cet effet est probablement causé par l'augmentation récente de la dose de ses médicaments pour contrôler son diabète.

Grâce à une nouvelle législation adoptée en juin 2015 (la Loi 41), les pharmaciens sont maintenant habilités à aider Mme Brisebois de manière concrète.

Ils peuvent prescrire et interpréter certaines analyses de laboratoire, prescrire plusieurs médicaments et ajuster l'ordonnance du médecin, lorsque nécessaire. Ils peuvent même suivre des patients tels que Mme Brisebois et ajuster le dosage de leurs médicaments pour en maximiser l'efficacité et réduire les effets indésirables.

Presque toutes les provinces canadiennes ont précédé le Québec dans l'adoption de législations similaires. L'Alberta est en tête de file avec la possibilité pour les pharmaciens d'amorcer de manière autonome un traitement médicamenteux pour certaines maladies chroniques comme l'hypertension et l'hypercholestérolémie. Dans la majorité des provinces, les pharmaciens peuvent offrir des programmes d'immunisation ; ce qui n'est pas le cas au Québec. De nombreuses études démontrent que ces nouvelles pratiques sont à la fois efficaces, sécuritaires et peuvent réduire les coûts de santé. Sans oublier qu'elles contribuent à améliorer la qualité de l'usage des médicaments et la santé.

En usant de ces nouveaux pouvoirs, Simon a proposé à Mme Brisebois de diminuer la dose d'un de ses médicaments. Il lui demande d'utiliser plus fréquemment son appareil portatif pour mesurer et noter ses taux de sucre dans le sang à la maison. Par ces interventions, la patiente de Simon n'a pas eu besoin de prendre rendez-vous avec son médecin de famille ou de se présenter à l'urgence. Elle est retournée chez elle en toute tranquillité. Elle reviendra voir son pharmacien dans quelques jours pour s'assurer que son traitement est maintenant efficace et sécuritaire. Simon fera le suivi avec le médecin de famille de Mme Brisebois. Son intervention a été réalisée sous la supervision étroite d'un pharmacien expérimenté qui a été préalablement formé pour encadrer des étudiants en pharmacie. Il a ainsi pu mettre en pratique ses connaissances et ses compétences. Par ce travail d'encadrement, les pharmaciens contribuent de manière tout à fait exceptionnelle à la formation de la relève en pharmacie.

Pour être docteur en pharmacie, Simon doit compléter quatre ans d'université, incluant 40 semaines de stages. L'ensemble des contribuables du Québec a consenti des sommes importantes pour former des pharmaciens capables de relever les défis modernes en santé de notre population. Leur formation est à la fine pointe des connaissances. Ils deviennent ainsi des experts du médicament prodiguant des soins en partenariat avec le patient et ses proches aidants, dans un contexte de collaboration avec les autres professionnels de la santé, notamment les infirmières et les médecins de famille.

NÉGOCIATIONS HOULEUSES

Cependant, ces jours-ci, la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal et ses étudiants sont préoccupés. En effet, dans le cadre de négociations houleuses avec le gouvernement, de plus en plus de pharmaciens nous contactent pour nous aviser que, compte tenu de la détérioration de leurs conditions de travail, ils ne seront plus en mesure d'encadrer les étudiants en pharmacie au cours de leurs stages. Cette décision risque de mettre en péril la diplomation de près de 235 étudiants, et ce, seulement pour l'année universitaire 2016-17. Ce choix a également des retombées négatives pour la population. Sans l'apport des stagiaires, de nombreux patients, tels que Mme Brisebois, pourraient être contraints d'aller voir leur médecin ou de se présenter aux urgences.

Les pharmaciens sont des professionnels de la santé qui contribuent de manière substantielle à l'amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. En votant en faveur du projet de loi 41, nos législateurs ont misé sur le potentiel exceptionnel des quelque 6600 pharmaciens du Québec oeuvrant dans la communauté. Nous souhaitons ardemment que le ministre de la Santé et les pharmaciens du Québec s'entendent rapidement afin de permettre à nos étudiants d'obtenir leur diplôme et de trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences.

* Texte cosigné par Ema Ferreira, vice-doyenne aux études de premier cycle et Nicolas St-Onge, président de l'association des étudiants en pharmacie




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