Technologie : une drogue dure

« L'utilisation prolongée du cellulaire en tout temps conduit... (PHOTO RICH SCHULTZ, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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« L'utilisation prolongée du cellulaire en tout temps conduit à une perte d'autonomie, de vocabulaire et de repères culturels diversifiés », tranche Guy Ferland.

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Guy Ferland

Enseignant de philosophie au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

C'est une drogue dure qui a envahi toutes les couches de la société.

Moins chère que la cocaïne et en distribution libre et légale partout, elle s'attaque au cerveau et détruit peu à peu ceux qui la consomment sans modération. Elle entraîne une dépendance irrémédiable qui provoque d'énormes manques chez tous ceux qui s'en privent, même momentanément.

L'utilisation du cellulaire est devenue une plaie pour la société et une maladie chez les individus de tous les milieux. On ne peut plus s'en passer, même quelques instants. Les yeux rivés sur notre petit écran lumineux, nous sommes hypnotisés par notre téléphone portable.

Ce psychotrope possède en outre la capacité de rendre accro en douceur, sans que l'on s'en aperçoive. À table, il faut jeter un oeil subrepticement à son portable. Constamment. En famille, en réunion de travail, en compagnie de ses amis, le besoin de prendre en main son bel objet de « communication » se fait sentir. Irrépressible.

Éteindre pendant quelques heures ou quelques jours devient un exploit. On en parle comme d'une épreuve à surmonter. On en est fier.

Écouter un film, une pièce de théâtre, un cours à l'école, un spectacle sans son téléphone intelligent en main suscite un malaise.

Le plus étonnant, c'est que cette drogue sécrète sa propre substance hallucinogène autoréférentielle.

Lors des partys de bureau, des soupers familiaux, des rendez-vous galants ou simplement entre amis, on ne parle que de la nouvelle vidéo qui contamine les réseaux sociaux. On la montre sur son portable aux non-initiés qui font figure de dinosaures.

À l'école, les professeurs qui font encore référence au cinéma deviennent démodés. On en est rendu à se rabattre sur les événements viraux et les vedettes des réseaux sociaux pour capter l'attention des étudiants.

Enlever les cellulaires à l'école ou interdire les téléphones portables en classe relèverait aujourd'hui d'un crime de lèse-majesté.

Cela provoquerait la panique chez les élèves. Ce serait la même chose si l'on demandait à ses invités d'éteindre leur cellulaire en entrant dans sa maison.

Effet secondaire non négligeable, l'utilisation prolongée du cellulaire en tout temps conduit à une perte d'autonomie, de vocabulaire et de repères culturels diversifiés. Ce qui facilite le contrôle des populations par les gouvernements.

Diviser pour régner. Les politiciens de tout acabit l'ont compris puisqu'ils profitent de l'isolement des citoyens, prisonniers de la toile, pour gouverner sans rendre de comptes, ou presque. Ils n'ont plus qu'à utiliser les réseaux sociaux pour se faire élire.

Pour le temps des Fêtes, je nous souhaite donc une immense thérapie collective pour nous libérer de ce mal qui ronge la société. Éteindre pour allumer l'esprit « sain » chez chacun de nous.




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