Libéraux et climat : lueur ou leurre ?

« La dernière fois que les libéraux étaient au... (Photo Jonathan Hayward, archives La Presse Canadienne.)

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« La dernière fois que les libéraux étaient au pouvoir, de 1993 à 2006, ils ont réussi une prouesse : ils ont signé le protocole de Kyoto ET simultanément fait augmenter massivement les GES produits par le Canada », écrit Thomas Mulcair. Ci-dessus : le gouvernement Trudeau a donné le feu vert à l'augmentation de la capacité du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan la semaine dernière

Photo Jonathan Hayward, archives La Presse Canadienne.

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Thomas Mulcair

Chef du Nouveau Parti démocratique

En réaction à l'éditorial de François Cardinal, « Déplaisant... mais pragmatique ».

François Cardinal est d'avis qu'on peut faire confiance aux libéraux en matière de changements climatiques. Il pense qu'on devrait dire oui à de nouveaux oléoducs et ensuite on pourra avoir un plan pour réduire les gaz à effet de serre. Le passé étant garant de l'avenir, regardons le bilan des libéraux en la matière pour en juger.

La dernière fois que les libéraux étaient au pouvoir, de 1993 à 2006, ils ont réussi une prouesse : ils ont signé le protocole de Kyoto ET simultanément fait augmenter massivement les gaz à effet de serre (GES) produits par le Canada.

Qu'à cela ne tienne, ils ont sorti une solution miracle de leur chapeau et annoncé un programme : Le défi d'une tonne. Puisqu'ils avaient raté leurs cibles d'environ 40 millions de tonnes, il suffisait que chaque Canadien réduise sa propre production d'une tonne et « l'affaire était ketchup ». Du cynisme politique à l'état pur.

Lorsque les libéraux ont perdu le pouvoir, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien a été plus candide. Il a en effet admis que le gouvernement libéral Chrétien-Martin n'avait jamais pu atteindre ses objectifs pourtant clairs de Kyoto pour la simple et bonne raison que le Canada n'avait aucun plan et que la signature du Protocole était simplement pour « galvaniser l'opinion publique ».

CQFD : pour les libéraux la signature de Kyoto n'était qu'un exercice de relations publiques.

Ce qui explique sans doute pourquoi, avec les libéraux, le Canada a affiché l'un des pires bilans d'augmentation de GES de tous les signataires de Kyoto.

J'étais à Montréal pour la COP 11. J'étais alors le ministre québécois de l'Environnement. Au cours des trois années où j'ai eu l'honneur et la responsabilité de mener notre plan de réduction des GES, le Québec les a réduites, car pour nous, il s'agissait d'une obligation vitale envers les générations futures.

J'étais là aussi pour voir les représentants libéraux fédéraux s'émouvoir, se pavaner, prendre des poses tout en connaissant parfaitement la vérité : en matière de changements climatiques, le Canada était l'un des pires cancres de la classe. Lors de la COP 11, le Québec avait convoqué une réunion de gouvernements « sous-nationaux » tels l'Écosse et la Wallonie, car nous y voyions une lueur d'espoir pour agir contre les changements climatiques. Depuis, cet espoir a été confirmé avec notamment la signature d'un accord entre le Québec et la Californie.

Présent au Parlement fédéral pour la quasi-totalité du triste règne conservateur, j'ai vu les cibles, le plan et les échéanciers pitoyables de Stephen Harper censés remplacer Kyoto.

PAS DE NOUVELLES CIBLES

J'étais présent dans la salle à Paris lorsque Justin Trudeau a ouvert grand les bras pour annoncer, en grande pompe, « Canada is back ». Il a juste oublié d'annoncer que le Canada était de retour avec les cibles, le plan et l'échéancier pitoyables de Stephen Harper. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : le Canada n'a pas de nouvellescibles pour réduire ses GES.

Le plan de Stephen Harper, même s'il est désormais livré avec le sourire, demeure le plan de Stephen Harper.

Il est impératif de réduire le réchauffement de la planète et la seule manière d'y parvenir est de respecter l'obligation énoncée dans l'accord de Paris de réduire notre production de GES. Les plus récents chiffres publiés la semaine dernière le confirment : si nous continuons à ne rien faire, l'augmentation maximum de 1,5 à 2 degrés Celsius pendant ce siècle sera largement dépassée, ce qui entraînera des effets catastrophiques sur la biodiversité, sur les régions côtières, sur la vie même.

Avec des cibles et des promesses pour 2030, les libéraux de M. Trudeau risquent de pelleter en avant, espérant que la promesse d'action sera perçue par le public comme un véritable progrès dans la lutte contre les changements climatiques. Il est de notre devoir envers les générations futures d'exiger des résultats tangibles dès aujourd'hui.

C'est en appliquant des principes de base du développement durable, comme l'internalisation de l'ensemble des coûts environnementaux, notamment la pollution par les GES, que le Canada pourra regarder ce qu'il est possible de faire ou de ne pas faire. Le gouvernement néo-démocrate de l'Alberta est effectivement le premier de cette province à établir un plan pour tenter de fléchir l'augmentation des GES. Contrairement au premier ministre Trudeau, la première ministre Notley a fait ses devoirs.

Loin d'être un prétexte pour rester inactifs, l'arrivée du gouvernement de Donald Trump, qui nie l'évidence sur les changements climatiques, doit être vue par le Canada comme le moment d'agir. Cette semaine, le premier ministre rencontrera ses homologues provinciaux pour discuter des changements climatiques. Si le premier ministre veut réellement honorer ses belles paroles, il est impératif que ces discussions incluent un réel plan permettant d'atteindre des cibles beaucoup plus ambitieuses que celles que les électeurs ont rejetées en 2015. C'est bien le moins que nous devons aux générations futures. Les Canadiens ne pardonneront pas au premier ministre s'il échoue dans ce dossier. Si nous comprenons l'urgence, nous y arriverons.




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