Militairement, le Canada a-t-il les moyens de ses ambitions ?

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« Nos forces armées ont su maintenir jusqu'à présent une capacité opérationnelle qui fait l'envie de plusieurs pays, même si nos effectifs militaires sont peu nombreux », écrit l'auteur. Ci-dessus : des soldats canadiens à Erbil, en Irak.

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Rémi Landry

Lieutenant-colonel à la retraite et professeur associé à l'Université de Sherbrooke

Espérons que la nouvelle politique de défense, qui sera introduite au début de 2017, saura répondre à cette question. Rappelons qu'historiquement, aucun gouvernement n'a su remplir pleinement ses engagements envers les Forces armées (FAC).

Malgré la croissance et le renouveau que les FAC ont connu à l'arrivée du gouvernement Harper, lors de son dernier mandat, les FAC ont connu un retour aux coupes budgétaires et à des retards dans les programmes majeurs d'acquisitions. De 21,806 milliards qu'il était en 2009, le budget de la Défense a été réduit à 18,942 milliards en 2015, soit 0,98 % du PIB, un creux historique.

Parmi les 28 membres de l'OTAN, le Canada occupe le 23e rang pour ce qui est du pourcentage de son PIB en dépenses militaires.

En comparaison, les Américains ont un budget de plus de 600 milliards, soit plus de 4 % de leur PIB.

Faut-il rappeler que le Canada, depuis sa fondation, n'a jamais été en mesure d'assumer seul sa souveraineté territoriale. Il a toujours été sous la protection d'une superpuissance, ce qui, au cours des âges, a créé un sentiment de sécurité chez l'ensemble des Canadiens, lesquels ne perçoivent aucune menace directe à leur souveraineté. Ce constat explique la durée et la nature de nos engagements militaires avec le NORAD, pour la défense aérienne et maritime du continent nord-américain, et avec l'OTAN, pour la défense des pays de l'Atlantique Nord.

Par ailleurs, au cours des ans, ces alliances ont généré chez nos dirigeants un comportement resquilleur, leur faisant investir le minimum requis dans nos budgets militaires, tout en maintenant la perception auprès de nos alliés que nous fournissions notre quote-part dans la sécurité collective.

Cette attitude est souvent reprochée aux Canadiens. Nos alliés américains mentionnent ouvertement que notre programme de santé universel est en partie financé par eux, compte tenu du sous-financement de notre défense. Récemment, le président Obama n'a-t-il pas affirmé pas qu'il devrait y avoir plus de Canada sur la scène internationale ?

Malgré tout, nos FAC ont su maintenir jusqu'à présent une capacité opérationnelle qui fait l'envie de plusieurs pays, même si nos effectifs militaires sont peu nombreux. Mais serons-nous toujours en mesure de maintenir cette capacité avec des budgets non garantis et une interopérabilité avec nos alliés qui est de plus en plus coûteuse ?

NÉGLIGENCE DES POLITICIENS   

En plus de ce contexte, les FAC doivent composer avec la méconnaissance, la négligence et, à certains égards, l'incompétence de nos politiciens en matière d'acquisitions. Rappelez-vous le remplacement des Sea King prévu pour les années 90 ; leurs successeurs, les Cyclone, ne seront opérationnels qu'en 2025. Les Sea King auront alors plus de 60 ans et la saga aura coûté près de 1 milliard, excluant le coût des nouveaux appareils.

Le retard dans l'annonce du déploiement de 600 militaires avec les Nations unies et des détails du déploiement en Lettonie avec l'OTAN, les tergiversations sur la nature combattante ou non de la mission en Irak et l'acquisition impromptue de 18 chasseurs Super Hornet, sans connaître leur coût d'achat, leur intégration opérationnelle et les conséquences sur le programme de remplacement des CF-18, inquiètent et laissent songeur quant aux véritables motivations du gouvernement.

Si le Canada tient à jouer le rôle qu'il prétend vouloir jouer sur la scène internationale, dont la présente conjoncture annonce un futur des plus instable, il lui faudra se doter des moyens appropriés pour le faire, tout en assumant les conséquences qui les accompagneront, ou renoncer à ses projets d'interventionnisme.

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