L'homme bionique revient à la case départ

« Notre corps prend l'allure d'un joyau qu'il faut... (Photomontage La Presse)

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« Notre corps prend l'allure d'un joyau qu'il faut chouchouter, stimuler, entraîner et nourrir à la perfection », observe Pierre Desjardins.

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Pierre Desjardins

Philosophe

Tout tourne aujourd'hui autour des plaisirs corporels. Par exemple, faire de l'exercice de même que bien boire et bien manger se placent au sommet de notre nouvel ordre des valeurs.

Les librairies débordent de livres de cuisine et les émissions de télévision sur l'alimentation se multiplient de façon exponentielle. Dans un souci extrême, certains citadins se sont mis à cultiver sur leur toit leurs fruits et légumes et élèvent eux-mêmes en aquarium les poissons qu'ils vont manger...

Comment expliquer pareil engouement ? Disons d'abord que l'exploitation abusive de la nature nous a fait réfléchir. On s'est soudainement rendu compte que notre bonne vieille planète croupit sous des tonnes et des tonnes de déchets toxiques et radioactifs de toutes sortes.

De même, pendant que des dizaines d'espèces animales disparaissent chaque année, on a réalisé que nos eaux sont largement contaminées et que notre air empli de gaz carbonique devient progressivement irrespirable.

Et, à la suite des excès de la médicalisation, on doit de plus composer avec une multitude de nouveaux virus et de super bactéries. Sans compter qu'il s'est également développé une panoplie de nouvelles formes de cancers liées à notre nouveau mode de vie.

C'est donc tout l'ordre du vivant qui a été grandement perturbé par nos excès du passé.

Nous avons alors décidé de relever un défi de taille :  assumer pour les années à venir les changements provoqués par ce qu'on hésite à appeler encore le progrès scientifique.

Après les frasques de l'homme bionique du siècle précédent, nous voilà donc revenus à la case départ, celle d'un être humain cherchant à renouer contact avec la nature. Pour l'instant, nous oublions les implants de puces électroniques et autres bidules dans le cerveau.

Nous aspirons plutôt à nous rapprocher du monde du vivant, un monde que, dans nos folles ambitions, nous avions délaissé. Tous souhaitent un retour au vrai, au concret et à nos origines premières.

Déjà depuis, on ne se calme plus comme autrefois en fumant cigarette sur cigarette, mais en faisant de l'exercice et en suintant de tout notre corps ! Notre corps prend l'allure d'un joyau qu'il faut chouchouter, stimuler, entrainer et nourrir à la perfection.

Alors qu'au XXe siècle, l'humain tenait son orgueil de son savoir scientifique et minimisait son aspect corporel, voilà maintenant qu'il s'y réfugie avec fierté.

Mais il faut voir que notre participation au monde organique s'avère devoir être un exercice difficile. Bien au-delà d'un hédonisme facile où il ne s'agirait que de profiter aveuglément des plaisirs corporels, nous devons rapidement reprendre nos esprits et prendre conscience de l'ampleur de la tâche à accomplir.

ANCIENS DÉMONS

L'atteinte de notre nouvel idéal se verra tous les jours confrontée à nos anciens démons. Et parmi ceux-ci, certains sont plus tenaces que d'autres : qu'on le veuille ou non, l'argent et la volonté de pouvoir demeurent toujours au centre de nos préoccupations.

Un simple exemple : en matière de saine alimentation, on sait que la puissante industrie de la restauration rapide a réussi à s'imposer à la frange défavorisée de la population grâce à des campagnes de publicité massives. Le fast food et le junk food largement imprégnés de gras, de sucre et de sel sont bien ancrés chez elle.

Comment donc à l'avenir pourra-t-on réussir à concilier nos exigences économiques, toujours bien présentes, avec celles d'un corps qui, compte tenu du contexte environnemental défavorable dans lequel on l'oblige encore à évoluer, devient de plus en plus fragile ?

Au Canada, c'est 24 % de la population qui est atteinte d'obésité. Et aux États-Unis, c'est plus de 60 % de la population qui est en surpoids !

À la lumière de cet exemple, on ne peut que constater qu'entre la boulimie et l'anorexie, notre espace de vie, si naturel se propose-t-il d'être, demeure pour l'instant dans un couloir bien étroit ! À nous donc de relever le défi et d'en élargir les horizons !

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