Apprendre à tirer des leçons de l'histoire

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« Il nous fallait aussi corriger des erreurs du passé », explique Pauline Marois.

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Pauline Marois

L'auteure a été première ministre du Québec

J'ai eu le privilège d'être première ministre et d'être la première femme à occuper cette fonction au Québec.

Élue à la tête d'un gouvernement minoritaire, rescapée avec ma famille et les militants de mon parti d'un attentat politique meurtrier le soir de notre victoire, aux prises avec une situation budgétaire délicate, condamnée à un rendez-vous électoral dans un horizon plutôt court que long, le moins qu'on puisse dire est que les vents n'étaient pas favorables.

Avec un grand respect pour l'héritage du Parti québécois, nous avons gouverné en respectant le pacte de responsabilité au coeur de notre relation avec l'ensemble des Québécois.

Dans les mois qui ont précédé notre élection, le Québec vivait une crise sociale majeure. Notre système d'enseignement supérieur était paralysé et, chaque jour, des dizaines de milliers de personnes descendaient dans les rues. Le gouvernement libéral et ses alliés se comportaient comme si un peuple pouvait bâtir son avenir en étouffant sa jeunesse.

Le lendemain de notre élection, malgré le contexte de violence créé par l'attentat de la veille, il fallait prendre les décisions urgentes pour permettre aux Québécois de sortir des affrontements stériles entre les générations et pour assurer un retour à une vie civique normale, à une vie sociale pacifiée.

C'est ce que nous avons fait en annulant les hausses inconsidérées des droits de scolarité et en annonçant l'abrogation des dispositions de la loi spéciale qui limitaient les manifestations. Ces deux décisions ont permis de ramener la paix et de rétablir les droits et libertés. En quelques jours, la crise qui durait depuis des mois était terminée.

Il était essentiel de rétablir un climat de confiance entre les intervenants et de nous donner des objectifs d'avenir en matière d'enseignement supérieur et de recherche. Dans les semaines qui ont suivi, le grand sommet qui a réuni les acteurs du monde collégial et universitaire avec l'ensemble de la société civile nous a permis de construire des consensus et de regarder l'avenir ensemble.

Par la suite, c'est en pensant aux jeunes de toutes les régions que nous avons planifié une politique économique centrée sur l'innovation, le soutien à nos entreprises les plus performantes et une utilisation plus responsable de nos ressources naturelles.

Il nous fallait aussi corriger des erreurs du passé. Pour des raisons économiques et environnementales, il fallait mettre un terme à l'exploitation de l'amiante et stopper d'urgence la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly dans laquelle des centaines de millions de dollars avaient été investis en pure perte.

Je tenais aussi à connaître le véritable potentiel pétrolier d'Anticosti que certains évaluaient à 40 milliards de barils en 2011.

Les droits d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures de l'île avaient été complètement abandonnés au secteur privé.

Dans mon esprit, il fallait nous assurer que, si un jour le Québec y exploite des hydrocarbures, cela se fasse avec les normes environnementales les plus sévères. Il fallait aussi s'approprier les droits pour que cela soit au bénéfice de l'ensemble des Québécois.

Nous voulions aussi nous assurer que les profits éventuels de l'exploitation des hydrocarbures soient utilisés pour financer la transition vers des sources d'énergies propres. C'est aussi pour des raisons économiques et environnementales que nous avons présenté une politique ambitieuse d'électrification des transports, une politique avant-gardiste au potentiel immense.

Nous avons ouvert la voie à des politiques en matière de santé, de justice, d'équité fiscale. En droite ligne avec ce qu'avait fait Robert Burns sous M. Lévesque, nous avons adopté des lois pour assainir le financement des partis politiques et écarter les forces de l'argent du périmètre de l'action politique.

Malgré ces efforts, malgré le travail accompli en peu de temps, nous avons connu l'échec électoral. Pourtant, l'équipe que nous avons présentée avait les qualités pour former un des meilleurs gouvernements de l'histoire du Québec et notre programme électoral était de haut niveau.

Vous devinez que j'ai pris le temps de réfléchir et d'analyser cette défaite douloureuse.

Aujourd'hui, ma conclusion est claire.

Nous n'avons pas perdu en raison des politiques que nous avons adoptées.

Nous n'avons pas perdu en raison de notre volonté d'affirmer clairement la laïcité de l'État.

La raison de notre échec est simple. Et, a posteriori, facile à comprendre.

Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.

Nous avons perdu aussi en raison d'une candidature économique exceptionnelle, une candidature que je souhaitais et qui a éveillé les peurs profondes de nos adversaires politiques. La présence souhaitée de Pierre Karl Péladeau à nos côtés rendait crédible le discours de peur de nos adversaires.

Du jour au lendemain, ils se sont mobilisés par milliers. Nos adversaires se sont multipliés. Nous avons assisté à une campagne de peur aux caractéristiques référendaires.

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