Une enclave ? Non merci !

« L'immigrant moyen, à Montréal, réside dans un quartier... (Photo André Pichette, Archives La Presse)

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« L'immigrant moyen, à Montréal, réside dans un quartier qui compte 30 % de personnes de la même origine que lui. Le taux dépasse 40 % à Vancouver, 50 % à Toronto », écrit François Cardinal.

Photo André Pichette, Archives La Presse

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Vous savez ce qui distingue Montréal des autres métropoles canadiennes ? L'absence d'enclaves ethniques.

Il y en a plusieurs à Vancouver. Il y en a de plus en plus à Toronto. Mais il n'y en a pas vraiment dans le Grand Montréal, une exception qui mérite d'être rappelée au moment où l'on propose de créer de toutes pièces un quartier musulman sur la Rive-Sud.

Oui, bien sûr, il existe des concentrations ethniques ou religieuses, à Laval et LaSalle, à Outremont et Saint-Laurent, dans Côte-des-Neiges et Rivière-des-Prairies. Mais rien qui s'approche de ce qu'on voit ailleurs au pays, rien qui ressemble à une enclave où la majeure partie de la population partage une même origine.

L'isolement n'est tout simplement pas un trait montréalais.

La mixité, la cohabitation, le mélange culturel le sont, mais pas la ségrégation, la ghettoïsation. À preuve, l'immigrant moyen, à Montréal, réside dans un quartier qui compte 30 % de personnes de la même origine que lui. Le taux dépasse 40 % à Vancouver, 50 % à Toronto.

Ne nous contons pas d'histoire, la métropole québécoise n'est pas le paradis du « vivre-ensemble ». Si la dispersion des immigrants y est plus grande, c'est parce que ceux-ci sont moins nombreux et plus diversifiés, mais c'est aussi parce qu'un peu partout à Montréal, les prix de l'immobilier sont bas.

N'empêche, le constat demeure : l'écrasante majorité des immigrants et des membres des minorités visibles partagent leur quartier avec des natifs, qu'ils habitent le Quartier chinois, le Petit Maghreb, Brossard ou Montréal-Nord.

Ce qui prouve, en soi, à quel point l'idée de tailler un quartier sur mesure, à l'écart, pour un groupe ethnique ou religieux est une pente glissante.

Les intentions du promoteur du projet, Nabil Warda, ne sont pas vilaines en soi. Les études montrent que le rapprochement des membres d'une même communauté peut parfois favoriser l'intégration à la société d'accueil. L'entraide, le soutien, les contacts permettent en effet de briser l'isolement... à condition qu'on mise sur une concentration, pas une exclusion. À condition, autrement dit, que l'environnement permette des échanges avec la société d'accueil, pas le repli sur soi.

Or, le promoteur a beau prétendre le contraire, bâtir sur un même terrain des dizaines de maisons « en fonction des préceptes de l'islam » est une façon de tenir à distance ceux qui ne les suivent pas. De la même manière qu'un musulman ne se sentirait pas le bienvenu dans un quartier développé en fonction des préceptes juifs.

On peut être très favorable à l'immigration, sans tout accepter.

On peut croire à l'intégration, sans en voir un menu à la carte, où l'on pige uniquement ce qui fait notre affaire.

L'immigration, comme le disent les anglos, est une « two-way street ». C'est un contrat entre deux parties qui, chacune, a son rôle à jouer, ses compromis à accepter. L'immigrant doit tolérer certaines choses qui l'irritent et la société d'accueil doit ménager certains accommodements... dans les limites du raisonnable.

La construction d'une enclave religieuse n'en fait pas partie.

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