Travaux routiers : le marché du travail a besoin de solutions créatives

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« Le ras-le-bol est tel que 27 % des travailleurs sondés accepteraient une baisse de salaire, si cela réduisait le temps de leurs déplacements », écrit l'auteure.

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Manon Poirier

CRHA, directrice générale, Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

L'état du réseau routier du Québec n'aura jamais autant fait la manchette. Les images diffusées aux actualités, les déclarations des élus, les bulletins de circulation, on ne risque pas d'oublier à quel point les déplacements sont devenus difficiles, particulièrement sur l'île de Montréal.

La situation a connu son point culminant à la suite de la publication en septembre dernier du sondage CROP-CRHA sur l'impact des travaux routiers sur les travailleurs québécois. Parallèlement, nous avions aussi sondé nos membres sur le même sujet. Les résultats combinés de ces deux sondages sont pour le moins inquiétants.

Ainsi, selon le premier, mené auprès de 541 travailleurs, le fait de subir les travaux routiers pour se rendre au travail entraîne du stress pour 47 % d'entre eux, de l'irritabilité pour 51 % et de la fatigue pour 45 %. Ces pourcentages sont tous plus élevés, de 10 à 17 %, pour les travailleurs âgés de 18 à 34 ans. Imaginez l'ampleur de la situation si seulement la moitié de l'effectif des entreprises montréalaises vit chaque jour ses déplacements dans ces conditions !

CANDIDATURES PERDUES

Dans le deuxième, 915 professionnels membres de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés affirment à 82 % que les entraves routières entraînent des retards chez les employés. Comparativement à un sondage semblable mené en 2014, les retards de 15 à 30 minutes ont même augmenté de 17 %. Ce qui est plus grave, 30 % des répondants indiquent avoir perdu des candidats potentiels et 29 %, avoir subi des départs volontaires en raison de la localisation de leur entreprise et des travaux routiers. L'absentéisme a également augmenté, ce que confirment 46 % des professionnels interrogés.

Le ras-le-bol est tel que 27 % des travailleurs sondés accepteraient une baisse de salaire (de 1000 $ à 10 000 $), si cela réduisait le temps de leurs déplacements.

Les répercussions sur les individus et sur les organisations sont importantes, voire déterminantes. Productivité réduite, climat de travail sous tension, atteintes psychologiques et physiques, difficulté de recrutement, instabilité de l'effectif, ces effets peuvent rapidement devenir catastrophiques.

ÉVITER LE PIRE

La situation n'étant pas près de s'améliorer, qu'est-ce que les entreprises et les travailleurs peuvent faire pour limiter les dégâts ?

Dans la province, 60 % des travailleurs se déplacent seuls dans leur véhicule et ce pourcentage grimpe à 72 % à Québec.

La culture de l'automobile est ancrée si profondément qu'il faudra encore de grands efforts et sans doute toute une génération pour la changer.

Les données sur les préférences des futures générations, qui poussent l'industrie de l'automobile à investir dans des technologies permettant la conduite autonome, nous laissent entrevoir l'espoir d'une transformation du type de relation que les gens entretiennent avec leur véhicule.

On ne peut ignorer la configuration insulaire de Montréal qui, en elle-même, pose problème. Pourtant, le développement du transport collectif et actif a été plutôt lent. De même, le covoiturage, qui aurait un impact instantané sur la congestion, est manifestement sous-utilisé, alors que l'étalement urbain occasionné par le difficile accès à la propriété sur l'île se poursuit.

DES MESURES EFFICACES... PARFOIS

Certaines entreprises adoptent des mesures pour contrer les effets néfastes qu'imposent les conditions routières. Le paiement des titres de transport, le télétravail et les horaires flexibles sont les plus courantes, mais elles ne s'appliquent pas à tous les types d'organisations ni à toutes les activités.

Les entreprises qui doivent assurer la livraison de biens ne peuvent pas se mettre à livrer la nuit ! Par ailleurs, les parents de jeunes enfants ne peuvent décaler la journée de travail, puisque les écoles et les services de garde s'inscrivent dans une plage horaire stricte. Ces seuls exemples démontrent que, malgré toute la bonne volonté des dirigeants et des professionnels en ressources humaines, les solutions apportées localement ne règlent pas tout.

Quoi qu'il en soit, la situation est sérieuse et les moyens de limiter les dégâts, pas toujours simples à trouver ni à appliquer. Il faut malgré tout faire confiance à la bonne volonté et à la créativité des travailleurs, des dirigeants et des professionnels en ressources humaines pour non seulement traverser sans trop de mal la période particulièrement intense qu'on connaît aujourd'hui, mais aussi pour faire émerger des idées novatrices durables pour l'avenir.

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