Agressions sexuelles : la « parfaite » victime

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« Pourquoi ne croit-on pas une femme lorsqu'elle nous dit qu'elle n'était pas consentante ? », écrivent les auteures.

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Maude Cloutier, Marion Racine

Diplômées en droit de l'Université Laval

Pourquoi annonce-t-on dans les médias qu'Alice Paquet pourrait avoir été prostituée par le passé ? En quoi cette allégation, qu'elle soit vraie ou fausse, est-elle pertinente ?

Pourquoi ne croit-on pas une femme lorsqu'elle nous dit qu'elle n'était pas consentante ? Pourquoi faut-il automatiquement chercher des éléments qui nous permettant de remettre son témoignage en question et de la rendre responsable de son malheur ?

Notre méconnaissance de la réalité des agressions sexuelles nous amène à intégrer dans notre analyse de ce problème des idées préconçues, des préjugés, des stéréotypes. Nous nous représentons l'agresseur comme un individu dangereux, en marge de la société. Quant aux victimes, les stéréotypes de genre que nous avons intégrés nous amènent à dresser les caractéristiques ou comportements attendus d'une « bonne » victime. Ces représentations nous détachent des faits et nous conduisent vers des associations erronées.

Nos « parfaites » victimes adoptent un comportement bien précis à la suite de l'agression, portent plainte dès qu'elles le peuvent et n'ont surtout pas fait d'avances à leur agresseur. Nos « parfaites » victimes sont de « bonnes femmes », elles ont un comportement conforme en tout point à la morale catholique et respectent scrupuleusement les règles de prudence, prenant tous les moyens pour éviter d'attiser l'intérêt d'un agresseur auxquels nous attribuons également les caractéristiques stéréotypées d'un homme incapable de contrôler ses pulsions primitives de désir sexuel.

Ces représentations, qui sont des distorsions de la réalité, contribuent à la banalisation de la violence sexuelle envers les femmes et à l'inquiétante tendance à rendre les victimes responsables de leur agression sexuelle.

Elles nous portent à évaluer le niveau de correspondance entre la déclaration de la victime et notre conception d'une agression sexuelle plutôt qu'à comprendre la situation dans toutes ses nuances. Évidemment, lorsque les comportements de la victime et le portrait de l'accusé coïncident avec nos attentes générales d'une victime et d'un agresseur, il est plus facile de croire celle-ci, mais dès qu'ils s'éloignent de cette conception stéréotypée, nos préjugés nous encouragent à discréditer le témoignage de la victime. Or, cette divergence ne permet absolument pas de conclure qu'une agression sexuelle n'a pas été commise.

Des commentaires comme « elle n'aurait pas dû le suivre à sa chambre d'hôtel », « il paraît qu'elle a déjà été une travailleuse du sexe », « elle avait bu », « elle lui avait fait des avances » dessinent des tendances : on tend à considérer les victimes avec méfiance et comme responsables de leur malheur. Il faut combattre et s'opposer à ce genre de commentaires, puisqu'en étant sans cesse répétés, ils contribuent à la propagation de jugements erronés fondés sur des stéréotypes contraires aux valeurs fondamentales de liberté et d'égalité de notre société.

D'après les plus récentes statistiques, le taux de dénonciation des agressions sexuelles était évalué à 5 % (Statistique Canada, 2014).

Le climat actuel et les préjugés auxquels font face les victimes les enferment dans des représentations fausses qui les empêchent d'obtenir justice et de compter sur l'appui dont elles ont besoin.

Il est plus qu'urgent d'investir dans l'éducation sexuelle des jeunes, de ramener le respect de l'autre à l'avant-plan, d'expliquer ce qu'est le consentement, mais surtout d'écouter les victimes et de leur faire une place adéquate dans le débat pour que leur réalité soit comprise. Les stéréotypes échappent à notre conscience. Leur reconnaissance constitue donc en ce sens la manière la plus efficace de limiter leurs conséquences négatives et de rendre notre société plus juste et équitable.

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