Publicité : utiliser les enfants pour se remplir les poches ?

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La Loi sur la protection du consommateur protège réellement nos jeunes, affirme Corinne Voyer.

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Corinne Voyer

Directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids

Je trouve inacceptable que des personnalités de l'industrie québécoise de l'animation proposent d'utiliser les enfants pour renflouer leurs coffres en suggérant le retour de publicités commerciales ciblant directement ceux-ci.

Malgré que je sois sensible aux difficultés financières de cette industrie, il est inadmissible de perdre des acquis aussi importants que les articles 248 et 249 de la Loi sur la protection du consommateur. Malgré ce qui est allégué, cette loi protège réellement nos jeunes. Il suffit de faire un tour dans une province voisine pour constater l'immense différence.

Plus encore, la publicité commerciale qui cible intentionnellement les enfants est une pratique immorale, quel que soit le produit que l'on tente de leur vendre. On ne peut pas utiliser à moitié la vulnérabilité d'un enfant quand il est question de mousser la vente d'un produit ou d'un service. Les « bons » produits pour enfants, c'est aux parents qu'on doit les vendre, pas aux jeunes.

Si l'adulte est en mesure de discerner les intentions des publicitaires, ce n'est pas le cas des enfants, dont le stade de développement cognitif et social n'est simplement pas assez avancé.

Pour les jeunes, la publicité est perçue comme un véhicule d'information et de divertissement. Il est démontré que la publicité directe aux enfants influence négativement les habitudes alimentaires des jeunes, les rend fidèles à des marques, favorise l'attitude de consommation et augmente le harcèlement des parents. 

Voilà pourquoi la loi empêche de cibler les enfants de moins de 13 ans avec des intentions mercantiles. D'ailleurs, deux jugements ont donné raison au gouvernement du Québec quant à la supériorité de cet argument de protection par rapport aux intérêts commerciaux.

Certaines personnalités de l'industrie québécoise de l'animation soutiennent qu'on peut se permettre de cibler les jeunes à la télévision parce qu'ils peuvent de toute façon être joints sur l'internet. Cette affirmation démontre une méconnaissance de la portée de la loi et des impacts que la publicité a sur les enfants.

Comme en témoigne le guide d'application de la loi, « tous les supports et tous les médias sont visés, quand ils sont employés pour diffuser un message publicitaire à but commercial ». S'il y a de la publicité en ligne ciblant directement les enfants de moins de 13 ans en vertu des critères d'application, cette publicité est illégale et malicieuse. Au cours des dernières années, des sites web ont d'ailleurs déjà enregistré des plaidoyers de culpabilité à cet égard.

Enfin, ces personnalités donnent l'impression qu'elles n'ont pas fait leurs devoirs, parce qu'elles s'attaquent aux mauvaises causes pour expliquer leurs soucis financiers. 

On ne peut pas imputer à l'interdiction sur la publicité aux enfants, qui existe depuis plus de 35 ans, les problèmes que l'industrie vit depuis la dernière décennie. D'autres causes peuvent bien mieux expliquer le fait que l'on voit moins de contenu québécois pour enfants sur les chaînes générales aux heures de grande écoute.

La venue des chaînes spécialisées pour enfants, le développement des plateformes numériques, les services de visionnement sur demande, les nouvelles habitudes de consommation médiatique de la société et les priorités gouvernementales ne sont que quelques explications plus probables.

Pourquoi alors s'attaquer à la publicité aux enfants au lieu des vraies causes du problème ?

Qui plus est, même si l'hypothèse voulant que la publicité adressée aux enfants augmente le revenu des diffuseurs s'avère, il n'y a aucune garantie que ces derniers réinvestiraient leurs profits auprès de l'industrie jeunesse locale. Aucune ! C'est un raccourci.

Il y a des moyens éthiques et responsables d'agir. Il faut les mettre de l'avant. Permettre la publicité commerciale aux enfants n'est pas une option.

Aux bons maux, les bons remèdes !

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